Payet Lyon Marseille Ligue 1Getty

EDITO : Tempête en tribunes, le naufrage est collectif

Touché à la tête par une bouteille lancée depuis les tribunes du Groupama Stadium, Dimitri Payet se souviendra longtemps de ce dimanche 21 novembre 2021, date du (non) match opposant Lyon à Marseille. "Touché psychologiquement" selon les dires de son président Pablo Longoria et absent de l'entraînement ce lundi matin, le Phocéen, déjà visé à Nice le 22 août dernier, a une nouvelle fois été la principale victime d'un naufrage collectif : celui du football français dans son entièreté.

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Car si le vrai fautif du soir, d'une lâcheté malheureusement devenue à la mode, est à la base celui qui s'est rendu coupable de ce jet de projectile, les responsabilités sont partagées. Et il serait trop facile de demander des comptes aux seuls supporters, dont la gravité des actes ne se discute pas et mérite des sanctions. Oui, la multiplication des violences dans nos tribunes, condamnable et inquiétante, relève du factuel. Non, elle ne résulte pas seulement d'une haine grandissante, mais aussi des trop nombreuses années dictées par des sanctions faisant rimer inutilité et inefficacité. Préfets, clubs, instances, supporters... La crise actuelle a au moins le mérite de mettre en lumière l'incontestable point commun de ces différents acteurs : leur médiocrité.

Une bouteille puis une imbuvable désorganisation

Médiocres, les garants de la bonne santé du football français ? Le propos aurait pu paraître brut de coffre si les évidences n'avaient pas été trop nombreuses... Car dimanche soir, lors du choc des Olympiques, le Groupama Stadium a été le théâtre malheureux de la chute d'un système tout entier. À peine 5 minutes de jouées que la fête était déjà gâchée, Dimitri Payet touché, le match arrêté. La suite n'a été que laxisme, guéguerres et dysfonctionnements. Presque deux heures pour mettre fin à ce marasme... Problématique.

Dimitri Payet Lyon Marseille Ligue 1 21112021Getty

Concrètement, du côté des différents décideurs concernés, qui ne débute pas cette froide semaine de novembre avec cette désagréable sensation de migraine ? Qui peut affirmer avoir été exemplaire dans la gestion de cet évènement qui, sans nul doute, fera date dans l'histoire de notre championnat ? Sûrement pas la Ligue de Football Professionnel (LFP). Habituée à condamner sans cesse les supporters à base de sanctions collectives (match à huis-clos, tribunes fermées, déplacements interdits), celle-ci se retrouve face à un terrible constat d'échec portant son nom. Et si cette politique répressive s'avérait infructueuse ? Question rhétorique... 18 huis clos (et bien d'autres par le passé) ont déjà été décidés depuis le début de l'exercice 2021/22, avec les piètres résultats que l'on connaît.

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Mais alors, Que faire ? À la LFP, décision a été prise de se dédouaner. Encore et toujours. "La Ligue regrette dans ces conditions la décision de reprise de la rencontre Olympique Lyonnais - Olympique de Marseille par le Préfet de région comme c’était déjà le cas pour AS Saint-Etienne – Angers SCO. À l’heure où la Ligue 1 Uber Eats connaît une attractivité retrouvée sur les terrains, ces graves incidents répétés détruisent l’image du championnat en France et à l’international", écrit ainsi l'instance via un communiqué publié tard dimanche soir, à l'heure où des milliers de spectateurs, dans l'expectative, attendent encore dans le froid de savoir s'ils doivent ou non prendre le chemin du retour.

Des mots lourds de sens, qui n'ont pas été du goût du Préfet de région, lequel s'est chargé de répondre dans les plus brefs délais. "Le préfet dément fermement les déclarations de la LFP. En aucun cas il n’a pris la décision de reprise du match, qui ne lui appartient pas. Cette décision a été prise par l’arbitre, en présence du préfet, de la vice-Procureure, du DDSP et des présidents de clubs",rétorque-t-il sur Twitter. Guéguerres entre instances et autorités compétentes sur les réseaux sociaux plutôt que des protocoles clairement établis, zéro jurisprudence créée depuis le match entre Nice et l'OM datant pourtant d'il y a déjà trois mois... On comprend mieux l'attente record pour arrêter définitivement la rencontre et l'incapacité chronique de celles et ceux qui en ont le pouvoir à rétablir la sécurité dans nos enceintes sportives.

Le nombrilisme des clubs a ses limites

Qu'on ne s'y trompe pas, les clubs ont aussi leur part de responsabilités. Et non des moindres. N'est-ce pas, Monsieur Jean-Michel Aulas ? Très à l'aise pour donner des leçons à ses concurrents quand ceux-ci se retrouvent confrontés à la bêtise de certains supporters, le président de l'Olympique Lyonnais l'est tout de suite beaucoup moins quand il est directement concerné. Comme son homologue niçois Jean-Michel Rivère, le dirigeant ne s'est pas vraiment distingué par son bon sens face aux Marseillais. D'abord, en faisant tout son possible pour reprendre le match sans prendre en considération la position des Olympiens, logiquement lésés et en incapacité psychologique de reprendre le match. Ensuite, en se livrant à une sortie médiatique qui ne l'honore pas devant les caméras de Prime Vidéo et de ses consultants totalement désabusés par ses propos, à l'image d'un Thierry Henry dont les réactions outrées appartiennent déjà à l'histoire.

Rivère Aulas Ligue 1Getty

"Il y a eu un tel mouvement de violence que M. Buquet a demandé à revoir le préfet et a inversé sa décision. Elle est incompréhensible (...) On est bien organisés sur le plan de la sécurité ici. Et comme l'auteur du geste a été incarcéré, on pense que le match pouvait reprendre sans problème", a déclaré celui qui, trois mois plus tôt, demandait de frapper fort contre ce genre d'agissements. "Je fais partie des gens qui pensent que la seule sanction possible pour freiner cet état de fait, que ce soit au niveau des joueurs, des dirigeants, des supporters, c'est la pénalité en points. C'est la seule qui fait vraiment peur (...) Il faut avoir le courage de le faire", avait-il pesté.

Le courage à géométrie variable, et plus globalement le nombrilisme dont font preuve les différents dirigeants des clubs français, autant de maux qui gangrènent une Ligue 1 pourtant si séduisante cette année quand les matches ont le bonheur d'être joués. Mais puisqu'un arbre qui tombe fait plus de bruit qu'une forêt qui pousse, nos chers voisins étrangers retiendront bien plus aisément les débordements en tribunes que ceux de nos latéraux. Loin d'être idéal pour négocier de meilleurs droits TV à l'avenir ? Pas de panique sur ce point, nos dirigeants se sont déjà royalement déjà sabordés. Hara-kiri.

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