Deux heures avant le coup d'envoi prévu de ce quart de finale aller de la Ligue des champions entre le Borussia Dortmund et Monaco, les mêmes odeurs que d'habitudes virevoltaient sur le parvis du Signal Iduna Park. Celles de bières partagées, de saucisses grillées et surtout celle qui annonce les grands matches. Mais alors qu'ils prennaient la route, les joueurs du Borussia Dortmund ont été visés par une attaque aux explosifs. Au point de rendez-vous, à une dizaine de kilomètres de l'hôtel des joueurs allemands, la rumeur est sortie de manière presque occulte avant de prendre de l'épaisseur, de courrir dans les couloirs de l'enceinte, d'occuper toutes les conversations puis, fort malheureusement, de se confirmer.
Ce que l'on sait des explosions
Des premières rumeurs au report : une heure de flottement
À 19h30, les sifflets des supporters allemands disparates accompagnaient les pas de Valère Germain, Kylian Mbappé ou Thomas Lemar venus reconnaître la pelouse. Les joueurs du Borussia n'y étaient pas. "Apparemment le bus de Dortmund n'est pas encore arrivé", a-t-on d'abord innocemment soufflé. Puis la première explication intrigante est apparue, provoquant des chuchotements parmis les plus alertes : il y aurait eu une explosion sur la route qu'empruntait le bus. Les bourgeons de ce genre fleurissent souvent bien trop vite. Le bus aurait été attaqué par des projectiles, un joueur serait blessé. Les pas tranquilles des journalistes se sont subitement accélérés dans les couloirs du Signal Iduna Park. Plusieurs explosions ont retenti sur le passage du bus, Marc Bartra, un des défenseurs centraux du Borussia, serait touché et aurait été transporté à l'hôpital.
GettyAux alentours de 20h00, la police avait confirmé les trois explosions et une personne, non identifiée, touchée par des bris de verre. La suite de l'histoire confirmera qu'il s'agissait bien de Marc Bartra, opéré dans la soirée d'un poignet et victime de coupures au niveau du bras. Puis vint la confirmation du club, via le speaker qui demandait à tout le monde dans le stade de rester calme, celle de toutes les télévisions puis de tout le monde. Le match sera-t-il annulé ? Reporté ? "Il vont commencer en retard, c'est une certitude", voulaient encore croire certains. 20h15, annonce officielle : "Le club annoncera à 20h30 si le match se jouera ou non". Plus personne n'avait en tête qu'il puisse avoir lieu.
Un calme désarmant
Ce stade qui sait pousser les décibels à l'extrême sait aussi les enterrer. Dès 20h30 et l'annonce officielle du report, tout le monde s'est dirigé vers la sortie, comme si le déclencheur n'avait été qu'un regrettable contretemps. Sans bruit, sans agacement, sans heurt, évidemment. Les portes se sont ouvertes laissant passer des milliers de personnes qui à aucun moment ne se sont bousculées. Un travail absolument remarquable du service de sécurité du stade, qui a piloté d'une main de maître l'évacuation rapide et efficace de tout le monde, Monégasques compris, une vingtaine de minutes après celles des maillots jaunes.
L'annonce du report du match au lendemain, 18h45, a été accueillie par quelques applaudissements et réjouissances timides. Comme si l'incompréhension avait totalement éclipsé une émotion pourtant visible sur les visages. L'enquête, immédiatement lancée, n'a pour le moment rien révélé de concret. Le chef de la police parlait hier soir d'une "attaque ciblée contre les joueurs du Borussia" et de la présence d'une lettre de revendication dont l'authentification était encore en cours. L'élan de solidarité qui s'en est suivi, notamment pour l'accueil à domicile de supporters monégasques, a rappelé combien le football pouvait être beau, aussi et surtout lorsqu'il passe au second plan. "Nous préparons une importante présence policière pour demain et ferons tout notre possible pour que le match puisse avoir lieu sans encombre", déclarait ainsi la procureure Sandra Lücke tard hier soir. Il reprendra donc très (trop ?) vite ses habitudes au premier.
Julien Quelen, au Signal Iduna Park.




