L’Espagne a connu les sommets du football, mais aussi la chute brutale qui a suivi. En 2010, l’équipe nationale était imbattable. Puis vinrent des années de déceptions et d’éliminations précoces. Pendant plus de dix ans, l’Espagne a cherché une nouvelle identité. En 2026, elle vise à se racheter.
Nous revenons sur la magie de la génération dorée, sur l’effondrement soudain après le Mondial 2014 au Brésil et sur les années difficiles qui ont suivi. Mais nous regardons aussi vers l’avenir : un nouveau sélectionneur, un nouvel état d’esprit et une nouvelle génération de talents menée par Lamine Yamal, le prodige que beaucoup voient déjà conduire l’Espagne vers un nouveau titre mondial.
Il s’agit du dix-neuvième épisode de la rubrique « Legacy » de Voetbalzone consacrée à la Coupe du monde. Écoutez dès maintenant le podcast sur Spotify ou Apple.
D’un point de vue historique, l’Espagne a souvent frôlé la victoire dans les grands tournois. Le talent ne manquait pas, mais, aux moments décisifs, la chance tournait souvent du mauvais côté. Au fil des ans, de grands noms ont porté le maillot espagnol : Alfredo Di Stéfano, Paco Gento, Ricardo Zamora, Raúl González et Fernando Hierro. Leur statut dans le monde du football est indéniable, pourtant ils n’ont jamais remporté de titre mondial. Il faut attendre le début du XXIe siècle pour que la véritable période dorée débute.
Elle s’est ouverte avec l’Euro 2008, conclu par une victoire en finale contre l’Allemagne et un premier titre continental depuis 1964. Cette génération dorée comptait Iker Casillas, Carles Puyol, Sergio Ramos, Andrés Iniesta, Xavi, David Villa et Fernando Torres.
L’étape suivante fut la Coupe du monde 2010 en Afrique du Sud. Le début de tournoi fut laborieux : une défaite surprise contre la Suisse d’entrée. Il fallut ensuite négocier des duels élimatoires tendus, face au Paraguay en quarts puis à l’Allemagne en demi-finale. Malgré ces frayeurs, la Roja rejoignit les Pays-Bas en finale.
Le 11 juillet 2010, au Soccer City Stadium de Johannesburg, la Roja dispute peut-être le match le plus important de son histoire. Iker Casillas sort le grand jeu face à Arjen Robben, puis, en prolongation, Andrés Iniesta envoie le Jabulani au fond des filets. L’Espagne est enfin championne du monde.
Le conte de fées se poursuit en 2012 : la Roja remporte l’Euro pour la troisième fois en quatre ans. Mais, avec le recul, ce triomphe marque aussi le début d’un long déclin.
La chute
Dans le sport, une vérité est immuable : après l’excellence vient inévitablement le déclin. L’Espagne, alors au sommet, devait bien finir par céder. Mais peu d’observateurs anticipaient une chute aussi rapide.
Les premières fissures sont apparues au stade Maracanã. Lors de la finale de la Coupe des Confédérations 2013, l’Espagne affrontait le Brésil, pays hôte. Un jeune Neymar a joué un rôle clé dans une victoire convaincante 3-0. L’équipe de Vicente del Bosque a été complètement dominée ce soir-là. Rétrospectivement, cela ressemblait à un présage.
Un an plus tard, lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil, l’impensable s’est produit : le champion du monde en titre a été éliminé dès la phase de groupes. La Roja a d’abord subi une défaite cuisante (1-5) face aux Pays-Bas, avant d’encaisser le coup de grâce contre le Chili. Le tournoi s’est achevé avant même d’avoir vraiment commencé.
Les conséquences ont été considérables : plusieurs cadres de la « génération dorée » ont tiré leur révérence, et la nouvelle vague de joueurs a hérité d’une mission colossale, celle de ramener l’Espagne au plus haut niveau et de tenter d’égaler les exploits de leurs aînés.
Getty ImagesLes déceptions s’accumulent
Au niveau des clubs, l’Espagne demeurait une puissance majeure : le Real Madrid a remporté seize Coupes d’Europe/Ligues des champions, Barcelone disputait régulièrement la finale de la Ligue des champions et Séville s’imposait comme un spécialiste de la Ligue Europa.
Désormais, les projecteurs internationaux sont braqués sur l’équipe nationale. Depuis son triomphe en 2010, l’Espagne appartient au cercle très fermé des champions du monde. Mais peut-elle endosser durablement ce statut ? Sait-elle se relever après l’humiliation subie lors de la Coupe du monde 2014 au Brésil ?
La « génération d’or » avait placé la barre à un niveau exceptionnel. Leurs successeurs ont pour mission de perpétuer cet héritage, sans y parvenir pleinement : deux éliminations consécutives au stade des huitièmes de finale, en 2018 en Russie puis en 2022 au Qatar, attestent de la difficulté à égaler le niveau de l’ère Del Bosque.
Nombreux sont les supporters qui se souviennent avec nostalgie de cette époque où des légendes endossaient le maillot rouge et dominaient leurs adversaires. L’Espagne semblait alors invincible, maîtrisant le ballon et le jeu à sa guise.
Cette période d’exception s’est brusquement achevée après 2014, ramenant tout le monde à la réalité. Une question demeure : comment l’Espagne pourrait-elle retrouver ces jours de gloire ? Les fondations de cette génération dorée avaient été posées par le légendaire FC Barcelone de Pep Guardiola et son célèbre « tiki-taka », qui dominaient alors l’Europe. Fait marquant : le déclin de la Roja a coïncidé avec le départ de Guardiola du Barça en 2012, précipitant peu à peu le club catalan hors du cercle des cadors européens.
Pour retrouver les sommets, la Roja doit donc repenser son modèle. Comment nourrir à nouveau l’espoir d’un titre mondial ? Les cadres de l’époque – Casillas, Iniesta, Xavi, Villa, Torres et Puyol – ont tiré leur révérence. Il manque désormais une étincelle, un talent capable de rallumer la flamme. Treize ans après le sacre sud-africain, cet élan renaîtrait en Catalogne.
Issu de La Masia, le célèbre centre de formation du FC Barcelone ayant révélé tant de talents espagnols, Lamine Yamal est le nouveau joyau qui fait rêver les supporters d’une nouvelle quête du titre mondial.
Getty ImagesUn nouvel espoir
Le 29 avril 2023 restera gravé dans les mémoires. Ce jour-là, Xavi, icône de la « génération dorée » et alors entraîneur du FC Barcelone, lui a offert ses premiers pas chez les professionnels.
Son style de jeu rappelle immédiatement celui de Lionel Messi : il n’hésite pas à défier les défenseurs et semble avoir le ballon collé à son pied gauche. Un talent de ce niveau se montre rarement. À une époque où le FC Barcelone et la sélection espagnole cherchent encore leur identité, son émergence est perçue comme une bénédiction.
Moins d’un an et demi plus tard, il jouait un rôle central dans le renouveau de la Roja. À l’Euro 2024, il a contribué à la victoire finale contre l’Angleterre, confirmant l’éclosion d’une nouvelle génération formée à La Masia.
Les légendes d’antan – Casillas, Iniesta, Xavi, Ramos, Puyol et Villa – avaient tiré leur révérence, mais une nouvelle génération, emmenée par Nico Williams, Unai Simón, Mikel Oyarzabal, Pedri, Gavi et Marc Cucurella, était prête à prendre le relais. Au-dessus de tous, un adolescent au gauche magicien étonnait déjà la planète football.
Est-il équitable de confier les espoirs d’une nation entière à un joueur qui n’a pas encore vingt ans ? Probablement pas. Pourtant, Yamal a déjà prouvé, sur le terrain, qu’il pouvait assumer cette pression, et même aller au-delà. La comparaison est sans doute prématurée, mais il faut remonter à Pelé, qui, à dix-sept ans, conduisait le Brésil vers le titre mondial en 1958, pour retrouver un adolescent suscitant un tel espoir national.
Doté d’un talent brut capable de faire la différence au plus haut niveau, il a déjà brillé sur les plus grandes scènes. Pourtant, soulever le trophée suprême exige davantage que des qualités techniques.
Possède-t-il aussi les qualités de leader dont l’Espagne a tant besoin ? Et, si ce n’est pas le cas, un autre élément de la Roja est-il prêt à assumer ce rôle ?
Cette nouvelle génération regorge de talent et figure toujours parmi les meilleures sélections nationales du monde, même si elle n’est pas encore comparables à la légendaire équipe de 2010.
Getty ImagesSolder les comptes
Longtemps, l’histoire de la Roja, surtout au XXe siècle, a été synonyme de déceptions ; le titre suprême semblait toujours lui échapper. Mais le XXIe siècle a changé la donne : le monde ne voit plus l’Espagne comme un outsider, mais comme un prétendant légitime au trône.
Cet été, la Coupe du monde se tiendra aux États-Unis, au Mexique et au Canada, et la Roja n’a qu’un objectif : redevenir championne du monde.
La tâche s’annonce ardue, mais reste à portée de main. La concurrence s’annonce féroce : l’Argentine de Messi défendra son titre mondial, le Portugal de Cristiano Ronaldo visera un dernier éclat, tandis que la France de Kylian Mbappé cherchera à prendre sa revanche. Le Brésil est désormais dirigé par le légendaire Carlo Ancelotti, tandis que l’Angleterre, sous la conduite de Thomas Tuchel, espère enfin concrétiser son potentiel. Quant à l’Allemagne, même en perte de vitesse, elle demeure un adversaire redoutable.
Sans oublier les possibles révélations : le Maroc peut-il confirmer son statut de surprise, comme au Qatar ? Le Japon osera-t-il enfin braver les cadors ? Les pays hôtes, États-Unis et Mexique, feront-ils vibrer leur public ? Et l’Uruguay, soixante-dix ans après son dernier sacre, peut-il redevenir un prétendant crédible ?
Le chemin vers le succès s’annonce donc ardu. Pourtant, en Espagne, on y croit. La motivation pour atteindre à nouveau le sommet est peut-être plus forte que jamais.
Une grande partie de cet espoir repose sur la magie du pied gauche de Yamal. Il rêve de devenir champion du monde avant ses vingt ans, un exploit que seuls Pelé et Kylian Mbappé ont réussi auparavant. Pour Yamal, cette Coupe du monde pourrait être le moment où une carrière légendaire commence véritablement.
La Coupe du monde 2026 se rapproche : l’été prochain dira si l’Espagne a vraiment retrouvé son éclat ou si l’ombre du déclin post-2010 persiste.
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