Par son évolution, son universalité et sa variété, le football est le sport le plus indécis de tous. C'est ce qui fait son charme. Ses belles histoires rappellent qu'il ne ferme aucune porte, jamais. Alors comment peut-on dresser le profil de ses futurs vainqueurs ? C'est le défi que la rédaction de Goal a tenté de relever en s'appuyant sur les statistiques Opta à deux jours du coup d'envoi de la Coupe du monde en Russie.
Pour le moment, huit nations appartiennent au cercle fermé des anciens lauréats : le Brésil (5 victoires), l'Allemagne (4) qui remet son titre en jeu, l'Italie (4) qui n'est pas qualifiée, l'Argentine (2), l'Uruguay (2), l'Angleterre (1), la France (1) et l'Espagne (1). Voici les tendances importantes à connaître pour établir le portrait-robot du futur vainqueur.
STYLE DE JEU
Des philosophies variées pour un but commun : contrôler les matches
Avant d'entrer dans le vif du sujet, un premier constat s'impose : il n'y a pas de vérité absolue. Depuis l'édition 1966 - point de départ de notre étude - tous les plans de jeu ont trouvé leur salut. Le Brésil de 1970 reste une référence historique pour les observateurs en termes d'esthétique pure, mais d'autres équipes moins spectaculaires sont montées sur le toit du monde, comme la Seleçao en 1994, l'Italie en 1982 et bien-sûr, la France en 1998. Deux de ces trois formations avaient pourtant une possession de balle supérieure à 50%. Les intentions sont une choses, l'expression collective en est une autre.
L'Espagne et son tiki-taka a été adoubée grâce à une identité de jeu marquée, mais sa possession était aussi une arme défensive. Le modèle parfait n'existe pas et la Coupe du monde est un appel à tous les courants de pensée. Malgré cela, il est important de noter que sur un total de 13 vainqueurs depuis 52 ans, 9 nations ont - en moyenne - davantage eu le ballon que leurs adversaires. Seuls l'Angleterre de 1966 (46,09%), l'Italie de 1982 (48,78%), le Brésil de 2002 (48,87%) et l'Italie de 2006 (48,57%) ont été plus attentistes. Sans surprise, l'Espagne de 2010 (65,23%) reste un maître en la matière.
RENDEMENT OFFENSIF
Jouer sur ses points forts
Depuis 1966, un vainqueur de la Coupe du monde inscrit en moyenne 14 buts durant son parcours. Les formules ont évolué au gré du temps. De six matches au menu il y a 52 ans, un champion du monde doit aujourd'hui disputer sept rencontres. Dans le tableau actuel, cela représenterait un ratio de deux buts par match, ce qui requiert une attaque productive mais pas éblouissante. Avec 19 buts marqués, le Brésil de Pelé lors de l'édition 1970 reste l'équipe qui a fait le plus d'étincelles sur une Coupe du monde, suivi par celui de Ronaldo en 2002 et l'Allemagne de la dernière édition, en 2014 (bien aidée par son score fleuve contre le pays hôte). Plus étonnant, l'Espagne de 2010 présente le total de buts le plus faible pour un vainqueur avec 8 réalisations.
La Roja est également la nation affichant le plus petit pourcentage de tirs cadrés dans son parcours (35,4%), les différents lauréats ayant cadré 45,7% de leurs tentatives en moyenne. Sa force se situait au milieu, pas sur la ligne d'attaque. C'est ici que se situe la clé du succès : toutes les équipes qui entrent dans l'histoire savent jouer sur leurs points forts, qu'ils concernent un joueur précis ou une zone du terrain. Les phases de jeu sur ces bilans offensifs - attaques placées, attaques rapides - découlent ensuite du style de chacun. Les coups de pied arrêtés et les coups-francs en particulier ont aussi une importance non négligeable (9,4% inscrits sur cette phase arrêtée en moyenne).
SOLIDITÉ DÉFENSIVE
Une défense hermétique : presque une obligation
Le point primordial. Aucune équipe sacrée n'a encaissé plus d'un but par match à l'exception du Brésil en 1970 - qui en avait pris 7 en 6 rencontres. Une performance qui reste d'ailleurs remarquable si l'on regarde la prise de risques de la bande à Pelédans le jeu cette année-là. Tous les vainqueurs de la Coupe du monde depuis 1966 ont été des formations présentant des garanties défensives réelles. Certaines sont restées dans les mémoires pour leur hermétisme, à commencer par la France d'Aimé Jacquet il y a 20 ans, bâtie sur une ligne défensive implacable (Thuram-Blanc-Desailly-Lizarazu) devant un Fabien Barthez impérial.
Au total, les Bleus font partie des vainqueurs les plus solides de l'histoire avec deux petits buts encaissés durant leur édition, au même titre que l'Italie en 2006 ou l'Espagne en 2010 (autre preuve du côté calculateur de cette Roja). Carlos Alberto Parreira avait les commandes du Brésil en 1994. Parfois raillé pour son pragmatisme, l'entraîneur le plus capé en Coupe du monde assume. "Vous devez avoir un équilibre", a-t-il insisté dans un entretien accordé à Goal. "Vous devez savoir comment faire la part des choses. Et je pense que le grand avantage qu'avait cette équipe de 1994, bien qu'elle n'avait peut-être pas en son sein les meilleurs joueurs de l'histoire du football brésilien, sa grande force c'est que c'était une équipe équilibrée. Elle savait comment défendre et comment attaquer. Vous savez, certaines personnes au Brésil, la presse, ou plutôt une partie d'entre elles, ne font que critiquer. Moi, je sais que ce qui compte c'est la gagne, surtout en Coupe du Monde". Il est coutume de rappeler que les largesses défensives ne pardonnent pas dans une compétition comme la Coupe du monde. Cette affirmation n'a rien d'un cliché. C'est une réalité.
PROFIL TECHNIQUE DE L'ÉQUIPE
L'émergence des collectifs forts
Dans leur grande majorité, les nations titrées ont longtemps pu s'appuyer sur des leaders techniques exceptionnels pour aller au bout. Ils s'appelaient Pelé, Diego Maradona - dont l'impact sur une édition n'a jamais été égalé -, Zinédine Zidane ou Ronaldo pour citer les plus emblématiques. Mais depuis deux éditions, les lauréats construisent leur succès sur une base collective beaucoup plus homogène. Le sacre de l'Espagne a été la consécration d'une génération emmenée par Xavi, Andrés Iniesta, Iker Casillas ou Sergio Ramos. Celui de l'Allemagne a laissé la même impression avec un cru arrivé à maturité (Neuer, Müller, Özil, Kroos, Khedira) aux côtés du vétéran Miroslav Klose. Plus que l'expérience, cette notion de marurité prime.
L'autre grande tendance concerne la dévalorisation progressive des dribbleurs. Hormis l'Angleterre, l'équipe de France de 1998 a été la première à avoir un pourcentage moyen de dribbles réussis inférieur à 50% (45,3%). Une caractéristique qui ne s'applique pas au groupe actuel de Didier Deschamps, avec des joueurs comme Kylian Mbappé, Ousmane Dembélé, Nabil Fekir ou Florian Thauvin, tous à l'aise dans ce registre pour le remettre au goût du jour. Pour tout le reste, les Bleus connaissent la recette. C'est à eux, désormais, de cocher toutes les cases pour aller au bout de leur rêve.

Avec Opta.


