Il y a quelques mois, après un succès étriqué à Séville, Luis Suarez avait marmonné que Lionel Messi pouvait "jouer partout, dans toutes les positions". C’est une réflexion que Javier Mascherano avait lancée, aussi. En bons admirateurs de l’artiste, Suarez et Mascherano avaient un peu forcé le trait, mais l’idée prend forme. Le temps file et le champ de possibilités de Lionel Messi reste toujours aussi vaste. La perspective de le voir reculer au milieu est même devenue une réalité. Sera-t-elle vraiment explorée dès cette saison ? Surtout, est-elle indispensable ?
La fin de l’ère Enrique a annoncé la tendance
L’environnement d’une année chaotique laisse toujours des traces, mais il amorce des tests, induit de nouvelles expériences et annonce, parfois, une vraie évolution. L’image résume bien la dernière campagne de Luis Enrique à Barcelone. Il a été reproché à l’Espagnol d’effriter l’ADN du club parce que son milieu de terrain avait perdu de sa superbe. Or, dans la culture du Barça, le milieu sera toujours la salle des commandes. C’est dans ce contexte, au pied du mur, que le prédécesseur d’Ernesto Valverdea glissé Lionel Messi à la pointe haute d’un milieu en losange dans un système articulé en 3-4-3. L’urgence détermine tout, souvent, et la déroute à Paris (4-0) avait incité Enrique à altérer l’historique 4-3-3 des Blaugrana.
Utilisé lors de la fameuse Remontada, ce schéma a été reconduit plusieurs fois, au printemps, avec une réussite variable. Il a comme finalité de rééquilibrer les forces d’une équipe dépendante de sa MSN et donc condamnée aux exploits individuels quand son trio magique est trop isolé. Le constat irrite en Catalogne. Xavi n’est plus là, Iniesta a les jambes lourdes et le profil plus neutre de Rakitic ne pallie pas ce déficit de créativité.
Getty ImagesLe replacement de Lionel Messiau cœur du jeu sert l’équipe, déjà. Mais il ne rebute pas l’intéressé, loin de là. En grand champion, l’Argentin n’a que peu goûté le parcours de la saison passée. Une vidéo récente relayée par Sky Sport démontre son état d’esprit du moment. Invité à faire un choix entre l’organisation et le talent pour déterminer le facteur le plus important dans le football, Messi avait lâché une réponse nette : "C’est l’organisation. De nos jours, plus que jamais, la chose la plus importante est d’avoir une équipe organisée, compacte et qui sait répondre à tout type de situation".
Une évolution naturelle, mais déjà programmée
Les desseins de Messi sont donc collectifs. Dans son éternel mano a mano avec Cristiano Ronaldo, il est possible que l’Argentin ne place plus les chiffres au cœur du débat. Ces deux-là veulent et doivent durer pour renforcer leur légende. Là où CR7 s’est déjà mué en CR9 pour continuer à aiguiser son (énorme) sens du but, Lionel Messi est naturellement appelé à se recentrer, aussi, mais plus bas, dans un rôle d’organisateur. Son bagage dans le registre créatif (passes décisives et occasions créées) est immense. Et son physique - qui ne lui a pas fait de cadeaux - sera moins exposé dans une zone stratégique où il est amené à prendre moins de coups.
Bien-sûr, rien n’est encore figé, mais cette animation sera certainement explorée la saison prochaine, d’autant que Barcelone, qui comptait aussi sur Marco Verratti pour accroître sa maîtrise au milieu, doit se faire une raison pour le petit Italien. Ernesto Valverde aurait bien l’intention d’utiliser Lionel Messi dans un rôle de créateur. En 3-4-3 ou en 4-3-3 ? Les premières sorties estivales seront épiées. La deuxième option serait encore plus significative que la première. Il y a quelques mois, l’Argentin avait laissé son poste d’attaquant droit à l’inégal Rafinha. Le retour au bercail de Gerard Deulofeu renforce l’idée d’une réattribution du poste et ce qui s’apparentait à du bricolage est aujourd’hui une évidence. Le profil de Messi l’appelle. La nécessité de gagner aussi.
Le natif de Rosario reste celui qui en parle le mieux, finalement. "Beaucoup de joueurs reculent sur le terrain au fil de leur carrière et c’est certainement une option pour moi", avait-il déclaré au média Squawka. "J’ai déjà joué au milieu de terrain et je couvre une grande partie du terrain. Je suis heureux d’évoluer au poste d’attaquant. Beaucoup de joueurs ont prolongé leur carrière en jouant à différents postes où vous n’avez pas tout le temps besoin d’explosivité". C’était il y a deux ans, exactement, et Lionel Messi avait vu juste. Comme d’habitude.
