Dans l'ère moderne du football, les ascensions fulgurantes ne se limitent pas aux extraterrestres du jeu. Parce qu'il n'appartient pas à la même galaxie, Clément Lenglet n'a ni le pedigree, ni la lumière de Kylian Mbappé, mais les fées se sont aussi penchées sur son berceau. Comme le prodige du football français, il n'était qu'un prospect sur la carte, un nom hypothétique de plus, aussi prometteur soit-il, lorsqu'il se rodait encore aux joutes du monde professionnel dans l'antichambre de l'élite avec l'AS Nancy-Lorraine, il y a trois ans à peine. De Séville à Barcelone, où il est aujourd'hui incontournable, le Picard a fait son chemin, discrètement mais vite. Très vite.
Apprentissage express
Il faut quand même recontextualiser un peu les choses pour mesurer ce que vit Clément Lenglet depuis son arrivée en Catalogne. Recruté pour endosser un costume de doublure (ou un peu plus si affinités), Lenglet, 23 ans, est aujourd'hui le 8ème joueur de l'effectif à cumuler le plus de minutes jouées cette saison toutes compétitions confondues. Quels sont donc les noms avec un temps de jeu plus important, par curiosité ? Piqué, Ter Stegen, Jordi Alba, Busquets, Rakitic, Suarez et Messi. Rien que cela. Le comble dans l'affaire, c'est que cette histoire, qui a quelque chose de conjoncturel au départ, est grandement liée à la saison délicate de son concurrent et compatriote. Samuel Umtiti ne s'en est pas caché : l'ancien Lyonnais a pris un risque en forçant sur son genou pour la grande aventure des Bleus en Russie. Cette situation a profité à Clément Lenglet, qui a pris le relais à la fin de l'automne. Bien que nécessaire, la phase d'acclimatation ne s'est pas éternisée, d'autant que le destin a voulu que le grand baptême ait lieu contre Séville en Supercoupe d'Espagne quelques mois plus tôt. Un joli clin d’œil.
GettyDans un entretien accordé à Goal, le jeune défenseur nous avait dévoilé ses premières impressions. Un profil technique ne suffit pas pour percer dans ce club. Barcelone, c'est un mode de pensée. Lenglet l'a rapidement intégré. "Vous devez réfléchir avant de recevoir le ballon, toujours bien vous positionner afin de pouvoir vous déplacer d'un côté à un autre et toujours penser au terrain", a-t-il détaillé. "C'est très compliqué pour un défenseur, car on défend très loin de nos cages et il faut toujours avancer. C'est difficile de s'y adapter, mais on apprend beaucoup de choses. Et quand on y arrive, on peut jouer de la manière que l'on veut. Et c'est la chose la plus difficile à réaliser en football". Son intelligence avec ou sans ballon, son aptitude à anticiper les trajectoires et sa lecture plus globale du jeu sont de précieux alliés depuis ses premiers matches. Sa qualité de relance (critère obligatoire), sa vitesse pour couvrir l'espace dans son dos et un jeu de tête aussi salutaire sur le plan offensif font le reste.
Régulier, professionnel, absolument fiable, et même fondamental. Ce sont les termes utilisés par Ernesto Valverde quand l'entraîneur du Barça, d'ordinaire plutôt taiseux, est invité à décrire le bonhomme. Comme il ne faut pas s'attendre à voir Clément Lenglet se pousser du col - pas le genre de la maison - alors les autres le font pour lui. "Beaucoup de gens m'en parlent, mais c'est juste ma façon d'être", nous avait-il glissé, presque gêné, lorsqu'on lui avait fait remarquer qu'il ne correspondait pas du tout aux clichés habituels du footballeur. "J'ai toujours travaillé de cette manière et je vais continuer à le faire. Pour moi, cela ne change rien de jouer avec le Barça ou en Ligue 2. Je joue au football pour le plaisir que cela me procure sur le terrain. Je veux profiter de ces moments, qui sont très courts. J'essaie de faire mon travail de la meilleure manière possible car au fond, pour moi, il est plus important d'être une bonne personne qu'un bon footballeur". Une philosophie de vie qui porte ses fruits aujourd'hui. Même depuis le retour de Samuel Umtiti, l'ancien Nancéien reste devant le champion du monde dans la hiérarchie pour le moment. Elle est là, sa prouesse.
Les Bleus, le prochain chapitre
On l'aura compris, la sobriété de Clément Lenglet se reflète aussi dans sa communication. Lorsque Didier Deschamps a concocté sa dernière liste, le défenseur du Barça pouvait légitimement espérer une première convocation dans le groupe France. Il n'en a rien été, mais le garçon est resté dans les clous. Sa réponse s'est faite par le prisme du jeu. "Je connais un peu la méthode du sélectionneur, qui aime prendre deux gauchers et deux droitiers en défense centrale", avait-il intelligemment noté sur le plateau du Canal Football Club la semaine passée. "Sam' (Umtiti) et Presnel (Kimpembe) sont des joueurs qui ont gagné la Coupe du monde, qui sont là depuis très longtemps, qui sont performants. Il y a une liste qui a été faite et je la respecte totalement". Pas un mot qui dépasse. Clair et limpide. Comme ses interventions sur le pré.

Bien sûr, la suite de l'histoire reste à écrire pour un défenseur central dont la marge de progression est notable. Son horizon sera bleu, peut-être. Il n'y a aucune raison qu'il ne le soit pas. Et le ciel devrait être tout aussi dégagé à Barcelone. Parce que Piqué est proche de la fin, surtout, et qu'Umtiti doit regagner ses galons de titulaire, aussi. Selon la presse locale, même ses potentiels concurrents, comme le talentueux défenseur de l'Ajax Amsterdam Matthijs de Ligt - que l'Europe s'arrache -, percevraient sa réussite comme une source d'inspiration. Bref, ne comptez pas sur lui pour le clamer trop fort, mais à vouloir emprunter un itinéraire bis, Clément Lenglet a bien pris la voie royale.




