Alonso Madrid player power GFXGetty/GOAL

Le vestiaire a gagné : pourquoi Xabi Alonso a échoué à "coacher l'incoachable" au Real Madrid

Xabi Alonso est un homme de principes, un bâtisseur d'équipes, comme il l'a prouvé à Leverkusen. Le Real Madrid, en 2026, est une collection de marques individuelles. Le mariage était condamné d'avance. L'incident de la haie d'honneur n'est que le symptôme final d'une maladie qui ronge le club : le pouvoir absolu des joueurs. Mbappé, Vinícius et Bellingham sont devenus plus grands que leur entraîneur, et peut-être même que le club. Alonso a essayé de les traiter comme des footballeurs ; ils ont répondu comme des PDG de multinationales.

Pourtant, l'histoire avait bien commencé. En mai dernier, Alonso parlait de "Madridismo", de jeu léché, et posait devant la Décima. Mais les promesses se sont fracassées sur la réalité dès le Mondial des Clubs aux États-Unis, géré en intérim post-Ancelotti, où l'équipe a semblé épuisée et déconnectée. Alonso a alors promis que le "vrai travail" commencerait après les vacances. Il n'a jamais vraiment pu le commencer.

  • Alonso MbappeGetty

    L'échec tactique : le dogme contre la liberté

    Sur le terrain, Alonso a péché par dogmatisme. Habitué à contrôler chaque aspect du jeu avec son 3-4-2-1 à Leverkusen, il a tenté d'imposer un 4-3-3 plus conventionnel pour accommoder ses stars, mais sans jamais trouver l'équilibre. Sans Toni Kroos ni Luka Modrić, le milieu de terrain est devenu un chantier permanent.

    L'absence de créativité sur les ailes, couplée aux blessures de Trent Alexander-Arnold (payé 10 M€ pour arriver un mois plus tôt), a rendu le jeu stéréotypé. Alonso voulait du pressing, du jeu de position, des circuits de passes. Ses joueurs voulaient de l'espace et de la liberté. Les équipes organisées comme Manchester City ou Liverpool en ont profité pour exposer les failles béantes d'un système hybride qui ne satisfaisait personne.

  • Publicité
  • xabi alonso viniciusGetty Images

    La guerre des ego : Vinícius vs Mbappé

    Le vestiaire est devenu un champ de mines politique. D'un côté, Kylian Mbappé, auteur de 29 buts en 25 matchs, s'est aligné sur le coach en acceptant un rôle axial. De l'autre, Vinícius Jr, frustré par ses remplacements systématiques et un rendement en baisse (son but en Supercoupe a mis fin à 18 matchs de disette !), est entré en guerre ouverte.

    L'incident du Clásico en octobre, où le Brésilien a explosé après sa sortie, a cristallisé les tensions. Vinícius, soutenu par Florentino Pérez, a refusé de prolonger son contrat tant qu'Alonso serait là. Alonso s'est retrouvé coincé entre le clan Mbappé et le clan Vinícius, avec Rodrygo et Bellingham en dommages collatéraux. Au lieu de l'harmonie promise, le vestiaire est devenu une lutte de pouvoir que le coach ne pouvait pas gagner.

  • FC Barcelona v Real Madrid: Spanish Super CupGetty Images Sport

    La chute finale et l'après

    Tout cela aurait pu être toléré si les résultats suivaient. Mais après un bon début de saison, le Real s'est effondré : une victoire sur les huit derniers matchs majeurs, quatre points de retard sur le Barça en Liga, et une défaite humiliante 3-2 en Supercoupe qui offre un deuxième titre consécutif au rival catalan.

    Dans un club où l'image compte autant que le résultat, la manière a été fatale. Alonso quitte Madrid avec sa réputation de tacticien intacte — beaucoup s'accorderont à dire que cette équipe est impossible à coacher par un puriste — et retrouvera sans doute un banc prestigieux (United, Liverpool, Bayern ?) très vite.

    Pour le Real, le problème reste entier. Alvaro Arbeloa, nommé successeur, hérite d'un monstre ingérable. Le club a donné le pouvoir aux joueurs en virant le coach qui osait les défier. À force de croire qu'ils peuvent s'élever au-dessus des lois du football collectif, les Galactiques de 2026 risquent de découvrir que sans guide, même les étoiles finissent par s'éteindre.

0