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"Kamikaze" ou génie ? La défense suicide de Hansi Flick menace la saison du Barça

Samedi soir, le FC Barcelone a retrouvé le Camp Nou avec la manière : une victoire 4-0 contre Bilbao et, surtout, un but inviolé pour la première fois depuis fin septembre. Hansi Flick en a profité pour botter en touche face aux critiques. « Je pense toujours à répondre aux experts, aux anciens joueurs... mais je ne le ferai pas. Cela fait trop de bruit pour nous », a glissé l'Allemand.

Une prudence avisée. Car il en faudra bien plus qu'un succès face à une équipe de milieu de tableau pour faire taire les sceptiques. La porosité défensive du Barça est la raison principale pour laquelle le club risque de manquer la qualification directe pour les huitièmes de finale de la Ligue des champions, avant d'affronter un Chelsea en pleine forme à Stamford Bridge.

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    Un régal pour la télé, un cauchemar pour Henry

    Le Barça de Flick est le rêve de tout diffuseur télé : des buts, du spectacle, et zéro 0-0 depuis son arrivée à l'été 2024. Mais le revers de la médaille est brutal, comme l'a illustré le récent 3-3 contre le Club Bruges. Malgré une domination stérile et trois buts marqués, les Catalans ont dû courir après le score trois fois. Bruges, avec moins de 24% de possession, a eu autant de tirs cadrés et s'est régalé dans le dos de la défense barcelonaise.

    De quoi rendre fou Thierry Henry sur le plateau de CBS Sports : « On ne peut pas jouer la Ligue des champions avec une ligne aussi haute, je suis désolé. Contre de bonnes équipes, vous vous faites exposer. [...] Ce n'est pas normal que les défenseurs soient constamment en infériorité numérique. Avec le talent qu'a ce Barça, ça n'a aucun sens. Combien de temps va-t-on répéter la même chose ? »

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  • FC Barcelona v AS Monaco - Trofeu Joan GamperGetty Images Sport

    L'effet de surprise est passé

    La saison dernière, cette audace tactique avait pourtant été la clé du triplé domestique, avec notamment un Clásico mémorable au Bernabéu (4-0) où Mbappé avait été signalé hors-jeu huit fois. Mais l'effet de surprise s'est dissipé. Les adversaires ont étudié la mécanique. Ils savent désormais comment battre le premier pressing pour lancer des flèches dans les espaces béants laissés derrière les latéraux.

    « Si le Barça joue avec cette ligne, il y a une raison, c'est dur à contourner. C'est facile de savoir quoi faire, mais difficile à exécuter », tempère Sergi Darder de Majorque. Sauf que cette saison, de plus en plus d'équipes y parviennent. Le Rayo Vallecano a même innové en plaçant son attaquant volontairement hors-jeu de 15 mètres pour qu'il devienne en jeu une fois la ligne percée par un ailier.

  • SOCCER CL D4 CLUB BRUGGE VS BARCELONAAFP

    Une tactique "suicidaire"

    « Tous les buts encaissés sont identiques ! », s'est étranglé Ruud Gullit sur beIN Sports. « C'est une tactique kamikaze. C'est du suicide contre n'importe quelle équipe intelligente. Tout le monde étudie Barcelone maintenant. »

    Les chiffres ne mentent pas. Séville a déchiqueté les Catalans quatre jours après que le PSG les a punis en contre. Et lors du Clásico d'octobre (défaite 2-1), Mbappé s'est cette fois régalé.

    Plusieurs facteurs expliquent ce délitement. Le départ d'Iñigo Martínez à Al-Nassr a privé la défense de son patron, celui qui ordonnait quand monter et quand reculer. Jules Koundé, habituellement fiable, est aussi dans le dur, obligeant Didier Deschamps à voler à son secours : « Le Barça joue avec une ligne très haute, peu importe le moment du match. Cela met les défenseurs dans des situations impossibles. »

  • Hansi FlickGetty

    Flick persiste et signe

    À sa décharge, Flick n'a jamais blâmé ses défenseurs. Il sait que son système exige une synchronisation parfaite. Quand la "déconnexion" opère entre l'attaque et la défense, tout s'effondre. L'absence de Raphinha, premier défenseur de l'équipe, pèse aussi lourd. L'espoir est qu'avec un effectif au complet, la cohésion revienne.

    Mais Flick n'a aucune intention de changer son fusil d'épaule. « Nous sommes le Barça, nous jouons avec notre ADN », a-t-il martelé à Bruges. « Je ne changerai pas notre style par peur de perdre. Ce n'est pas une question de philosophie. Nous pouvons mieux faire. »

  • RC Celta de Vigo v FC Barcelona - LaLiga EA SportsGetty Images Sport

    Le spectre de l'élimination

    Il le faudra, car avec sept buts encaissés lors de la demi-finale contre l'Inter l'an dernier et aucun clean sheet en C1 cette saison, le Barça joue avec le feu. Avec seulement sept points en quatre matchs, une défaite à Londres mardi compromettrait grandement leurs chances de finir dans le top 8.

    « Pourquoi insister sur un plan voué à l'échec ? », demande Gullit. « On ne peut pas gagner de titres européens en jouant comme ça. » Flick pense le contraire, fort de sa Ligue des champions 2020 avec le Bayern, gagnée avec la même recette. Mais à l'époque, son pressing était dévastateur. Aujourd'hui, Gérard Lopez, ancien du club, tire la sonnette d'alarme : « C'est une chose de pousser vers l'avant, c'en est une autre d'être... suicidaire. »

    Flick ne se laissera pas influencer par les experts. Il continuera de jouer sa partition, espérant que la musique finisse par sonner juste. Qu'elle soit géniale ou folle, une chose est sûre : le Barça restera l'équipe la plus divertissante d'Europe. Pour le meilleur, et surtout pour le pire.

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