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Comment un modeste stade est devenu un symbole de résilience, de solidarité et d’espoir

« J’ai franchi le terrain, longeant des tribunes en ruines et des couloirs jonchés de verre et de béton. Des enfants tournaient autour d’un grand cratère noir ; ils jouaient au football. La scène était poignante, mais elle m’a aussi profondément ému. L’ennemi avait bien détruit la pelouse, mais il n’avait pas éteint la passion de ces jeunes pour leur sport favori. »

Cette scène, à la fois émouvante et inspirante, évoque l’enfance d’Andriy Shevchenko, l’un des plus grands footballeurs ukrainiens de l’histoire. L’avant-centre, futur bourreau des défenses sur la pelouse légendaire de San Siro et membre de l’équipe considérée comme le meilleur AC Milan de tous les temps, a fait ses premiers pas sur ce terrain dévasté, traçant ainsi le sillon d’une carrière fabuleuse. Bien avant les tribunes bondées, les grands trophées et la gloire internationale, c’est lui qui filait sur cette pelouse, probablement avec un maillot trop grand, un short tombant sous les genoux, mais déjà porté par des rêves à la mesure de ceux des enfants d’aujourd’hui.


« Le gardien défend les buts, mais comment les protéger contre un missile ? » – Oleksandr Shovkovskyi, légende du Dynamo Kiev.


Telle est l’histoire du stade Chempion (« Champion ») d’Irpin, une banlieue de la capitale ukrainienne Kiev. L’histoire d’un lieu qui n’est pas seulement un terrain de jeu, mais un symbole de résilience et d’espoir.

  • House of Culture IrpinImago

    Les cicatrices

    La guerre qui a embrasé cette petite ville de quelque 80 000 habitants du 24 février 2022 à fin mars 2022 a laissé des traces profondes. Si les impacts de balle, les maisons détruites, les débris de béton et les infrastructures dévastées ne dominent plus le paysage urbain, ils n’ont pas pour autant disparu, qu’on le veuille ou non.

    À quelques pas du stade se dresse toujours l’imposante « Maison de la culture », où, pendant des décennies, les habitants se retrouvaient pour des pièces de théâtre et des concerts. Ses piliers blancs massifs et sa façade bleu clair, déjà impressionnants avant l’invasion, se détachent aujourd’hui davantage, la façade étant criblée d’impacts de balles.

    Non loin de là, la rivière Irpin, désormais connue dans le monde entier, a vu les Ukrainiens faire sauter un pont pour stopper l’avancée russe – une stratégie couronnée de succès. Plus de quatre ans après, les débris gisent encore à côté de la nouvelle structure, comme un joyau brisé rendant hommage à la ville.

    Ces stigmates, loin d’être seulement des cicatrices de destruction et de tristesse, sont aussi devenus des symboles d’espoir, de résilience et de résistance. Le stade, lui, témoigne de cette force : quelques jours après la fin des combats, les enfants y ont de nouveau fait rouler le ballon. « Nous jouons au football même dans ces conditions, car cela nous remonte le moral et nous permet de ne pas penser à la guerre », a déclaré au New York Times Daniil Kisel, l’entraîneur de 25 ans d’une équipe de l’Olymp Irpin.

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  • Irpin StadiumImago

    Là où se forgent les champions

    Inauguré en 2016 à Irpin, le stade multifonctionnel « Champion » occupe le lieu même où Shevchenko a effectué ses premiers pas de footballeur. Modeste par sa capacité (environ un millier de spectateurs), il n’en demeure pas moins le cœur battant de la ville. Chaque jour, environ cinq cents personnes s’y pressent : parents fiers, entraîneurs passionnés, visages rougis par l’effort, et enfants souriants qui filent sur la pelouse avec des rêves plus grands que les frontières de la ville.

    En plus d’abriter le club junior Olymp Irpin et l’école de football du Real Madrid, il accueillait des tournois nationaux et internationaux, ce qui lui donnait une résonance bien supérieure à sa taille modeste. On y venait pour gagner, pour perdre, pour se faire des amis, pour apprendre et pour garder des souvenirs. En somme, pour être enfant.

    Jusqu’à ce que la guerre éclate.

  • Irpin Stadiumimago

    Indépendant, mais pas résigné

    « J'ai immédiatement su ce que je devais faire en voyant le stade : il fallait le remettre en état, et c'est précisément ce que je vais faire. »

    En tant qu’ambassadeur de UNITED24, l’ancien buteur a immédiatement lancé une collecte de fonds. Des clubs de renom tels que l’AC Milan, le Shakhtar Donetsk et plusieurs formations de Serie A ont répondu présent, preuve que le football mondial perçoit l’enjeu symbolique bien au-delà d’un simple terrain.

    Pourtant, les dégâts causés par la guerre ne se réparent pas du jour au lendemain. Si des progrès sont visibles, notamment la remise en état de la pelouse, le chantier global reste très en deçà des attentes. L’ampleur des dégâts, plus importante que prévu, a fait grimper la facture à environ 5,5 millions d’euros, et les entrepreneurs se sont succédé à un rythme effréné. Plus de trois ans plus tard, le chantier n’est toujours pas achevé : de nombreux travaux ont été réalisés, mais aucune date de livraison définitive n’a été fixée.

    Entre-temps, un abri anti-bombes est aménagé sous les tribunes : là même où les parents viendront bientôt encourager leurs enfants, ils pourront aussi se mettre à l’abri si l’alerte aérienne retentit. En Ukraine, rêves et danger coexistent, conférant à cette reconstruction une dimension à la fois complexe et profondément significative.

    Car, quelque part sur cette pelouse, un garçon a un jour couru, vêtu d’un maillot bien trop grand et nourrissant des rêves encore plus grands. Il est devenu une légende. Et les enfants qu’il a vus tourner autour de ce cratère noir rêvent eux aussi. Mais les rêves ont besoin d’un lieu, et ils méritent de le retrouver.