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Ce n'est pas une danse : comment le rituel secret « otçhulo » a offert à Salah l'identité de Trabzon en 10 secondes

L'arrivée de la star égyptienne Mohamed Salah en Turquie n'a pas été un simple accueil réservé à un nouveau joueur à l'aéroport d'Istanbul. La scène immortalisée par les objectifs des téléphones, montrant des dizaines de milliers de supporters exécuter un mouvement rythmé et synchronisé avec Salah, a révélé un rituel d'encouragement bien plus profond qu'une simple célébration : l'« Uçtu ». 

Un mouvement collectif qui dépasse le football pour devenir une déclaration d'appartenance, un message d'acceptation qui n'est accordé qu'à celui en qui le public turc voit l'un des siens. Alors, qu'est-ce que l'« Uçtu » ? Et comment est-il passé d'un chant dans les tribunes à un symbole de loyauté footballistique en Turquie ?

  • Qu'est-ce que le « Üçlü » (Ütchlü) qu'a exécuté Mohamed Salah ?

    « Üçlü » (l'Üçlü) est un mot turc qui signifie « le trio » ou « la trilogie », mais dans le lexique du football turc, il ne renvoie ni à une danse folklorique ni à un art traditionnel. Il s'agit d'un rituel d'encouragement collectif et rythmé, exécuté en harmonie entre les supporters et les joueurs lors des moments charnières : après les grandes victoires, l'obtention des titres ou l'accueil des transferts historiques.

    Quant à son déroulement, l'« Üçlü » repose sur trois éléments simultanés, que l'on peut présenter comme suit :

    Le mouvement : des applaudissements rythmés et unifiés, accompagnés de gestes corporels coordonnés, généralement menés par le capitaine des tribunes ou par l'un des joueurs.

    Le chant : de courtes phrases enflammées dont les mots varient d'un club à l'autre, mais qui s'accordent toutes sur une structure rythmique ternaire.

    L'interaction : elle est lancée à l'invitation des supporters, à laquelle répondent les joueurs sur la pelouse ou lors des célébrations, dans une scène qui efface les frontières entre les tribunes et le rectangle vert.

    C'est pourquoi la participation d'un joueur à l'« Üçlü » est perçue comme bien plus qu'une simple célébration ; il s'agit d'une signature tacite au bas du contrat d'appartenance, et d'une déclaration d'acceptation de la part du public reconnaissant que ce joueur est devenu « un enfant du club ».

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  • Les racines historiques : des tribunes de Beşiktaş à toute la Turquie

    La naissance de l'« Auçlu » remonte aux tribunes du club de Beşiktaş, à la fin des années 1970 ou au début des années 1980. Son invention est attribuée à l'un des plus grands meneurs de supporters de l'histoire du club, Cengiz Öncül, surnommé « Tatava Cengiz ».

    Selon le journal turc « Habertürk », ce qui avait commencé comme un moyen d'électriser les tribunes du stade « İnönü » s'est rapidement transformé en une véritable marque de fabrique des supporters de Beşiktaş, le « Çarşı ». Au fil du temps, l'« Auçlu » s'est immiscé dans la culture des autres grands clubs turcs, adopté par Galatasaray, Fenerbahçe et Trabzonspor, avec des variations dans le chant en accord avec l'identité, les couleurs et les symboles de chaque club.

    Cette diffusion a permis à l'« Auçlu » de dépasser le cadre local, au point que le magazine « France Football » l'a classé parmi les chants de supporters les plus marquants au monde, preuve de sa force symbolique et de sa capacité à créer une atmosphère exceptionnelle.

  • Pourquoi l'« Autchlo » n'est-il pas qu'une simple danse ?

    L'erreur courante consistant à décrire l'« Oçlu » comme une danse traditionnelle ou folklorique revient à ignorer son essence fonctionnelle et symbolique. Car la danse folklorique est par nature une œuvre artistique dotée de règles gestuelles fixes, exécutée dans des contextes culturels ou patrimoniaux précis, dans le but d'exprimer l'identité d'une région ou d'une époque historique. 

    L'« Oçlu », en revanche, se pratique en toute spontanéité et n'obéit à aucun critère esthétique ou artistique, mais à un seul et unique critère : parvenir à la synchronisation rythmique de milliers de personnes en un même instant. Quant à la deuxième différence, elle tient au contexte de la pratique, puisque les danses traditionnelles sont présentées dans les théâtres et les festivals culturels en tant qu'éléments du patrimoine immatériel. 

    À l'inverse, l'« Oçlu » naît et s'exécute exclusivement dans l'environnement compétitif du football, et plus précisément dans les moments de pointe émotionnelle : après un but assassin, lors d'un sacre, ou pendant l'accueil réservé à une recrue. Sa fonction n'est pas de documenter le passé, mais de façonner un présent chargé de ferveur.

    C'est ici qu'apparaît le point le plus important : l'objectif de la prestation. La danse folklorique exprime l'appartenance à une géographie ou à une culture, tandis que l'« Oçlu » exprime une allégeance instantanée et intense à une entité sportive. 

    Il s'agit d'un langage corporel collectif qui a condensé tous les discours d'appartenance en trois mouvements synchronisés. Ainsi, lorsque le nouveau joueur répond à l'appel du public et se joint à la prestation, il ne danse pas : il signe un pacte non écrit avec la tribune et proclame que la barrière entre lui et les supporters est tombée.

    C'est pourquoi classer l'« Oçlu » comme un rituel de soutien collectif est le plus juste. Sa force ne vient pas de la beauté du mouvement, mais de sa capacité à unir les sentiments de milliers de personnes en un seul rythme, et à transformer l'individu en une partie d'un bloc unique qui respire au nom du club.

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  • imago-sport-1080704670.jpgDepo Photos

    Mohamed Salah et l'« Utrecht » : une intégration dès le premier instant

    Le terme « Ouçlu » est revenu à la une de l'actualité mondiale, et la raison en est Mohamed Salah. En effet, dès son arrivée à l'aéroport d'Istanbul pour finaliser son transfert à Trabzonspor, la star s'est retrouvée entourée de milliers de supporters qui ont commencé à exécuter l'« Ouçlu ». 

    Ce qui a marqué les esprits, ce n'était pas seulement le chant, mais aussi la réaction immédiate de Salah. 

    Mohamed Salah, âgé de 34 ans, s'est joint au mouvement rythmé et a repris le chant avec les supporters, dans une scène qui a fait le tour du monde.

    Dans la culture footballistique turque, la participation d'un joueur étranger à l'« Ouçlu » dès le premier jour revêt une signification particulière, puisqu'elle constitue un « sacrifice symbolique » de la part des supporters qui l'acceptent, tandis que la réponse du joueur équivaut à relever le défi. Salah a condensé des mois de construction d'une relation avec la tribune en un seul instant, et a envoyé un message clair : il n'est pas venu comme un professionnel de passage, mais comme un joueur qui veut faire partie de l'identité de Trabzonspor.

    C'est pourquoi l'« Ouçlu » n'est pas qu'une simple série de trois applaudissements. C'est une constitution non écrite des stades turcs et un test de loyauté silencieux. Des tribunes de Beşiktaş il y a 50 ans jusqu'à l'aéroport d'Istanbul avec Mohamed Salah aujourd'hui, cette formule simple est restée l'expression d'un sens complexe : en Turquie, le football ne se joue pas seulement avec les pieds, il se vit avec des cœurs unis. Et la participation d'une star de l'envergure de Salah confirme que certains rituels sont plus forts que n'importe quel contrat professionnel.