L'histoire est vieille comme le foot, il n'y a pas de secret. Le rebond d'une équipe engluée dans ses problèmes appelle une multitude de leviers. Psychologiques, évidemment, athlétiques, parfois, et techniques, surtout. Rudi Garcia peut l'attester. La refonte de son équipe s'est faite au sens propre, dans le choix des hommes, en pleine saison, pour engendrer une dynamique nouvelle et sauver ce qui peut l'être. C'est comme cela qu'une solution externe, Mario Balotelli, est venue se greffer à de multiples ressources internes, dans toutes les lignes. Incontournables dans le paysage la saison passée, Dimitri Payet, Luiz Gustavo et Adil Rami en font les frais...
Payet : la perte d'influence
Par son profil de numéro 10 pur et dur, Dimitri Payet n'a pas de concurrent dans son registre, bien qu'il ait pu être mis en balance avec Morgan Sanson dans sa zone par le passé. Pour exister, l'international français a besoin d'avoir les clés du camion. Les systèmes articulés en 4-2-3-1 ou 4-3-3 étaient taillés pour cela, qu'il évolue dans une position de meneur axial ou plus excentré, à gauche. Mais depuis l'arrivée de Mario Balotelli, l'entraîneur de l'OM a enfin opté pour un schéma à deux pointes dans lequel Valère Germain épaule la recrue italienne. Plus que des performances de Germain, Payet est surtout victime du rôle de complément idéal de l'ancien Monégasque. Et comme Balotelli flambe... "Je suis plus un numéro 10 qu'un attaquant. Si je devais jouer dans les deux postes de devant ce serait plutôt derrière un attaquant, mais j'ai déjà essayé avec Flo numéro 9 (Florian Thauvin, à l'aller contre le PSG pour une défaite 2-0), ce n'est pas trop mon style. Lucas (Ocampos) a un coffre que je n'ai pas, c'est vrai, mais je suis tout à fait prêt à faire des efforts défensifs, je peux aussi jouer sur le côté gauche. S'il faut courir je peux le faire" , a reconnu Dimitri Payet dans des propos accordés à L'Equipe.
GettyLa pilule peut être difficile à avaler pour un joueur promu capitaine au détriment de l'historique Mandanda. "Je ne boude pas !" , assure pourtant le milieu offensif. "Quand une équipe tourne, je ne vois pas l'intérêt de la changer. Entraîneur, j'aurais fait la même chose. On a essayé beaucoup de choses, c'était sûr qu'on allait en arriver là à un moment donné. Une équipe tourne bien, logiquement elle continue. Je ne vais pas mentir en disant que je suis content d'être sur le banc. Si l'équipe ne tournait pas et que j'étais toujours remplaçant, j'aurais peut-être réagi autrement, mais là vous voulez que je dise quoi ? Que je veux être sur le terrain ? Il faut être patient, ne pas avoir d'états d'âme, ce ne serait pas correct vis-à-vis des joueurs qui sont sur le terrain. Je travaille et si on fait appel à moi, j'essaierai de répondre présent" .
Luiz Gustavo : reculer pour mieux sauter
Qui aurait imaginé il y a un an le chevelu brésilien abonné au banc ? Luiz Gustavo (31 ans, comme Payet) a fait son effet, vraiment, quand il a débarqué sur la Canebière avec son CV bien garni et sa voix rauque. Le Brésilien a amené son leadership, son âpreté, sa clairvoyance, sa justesse et même sa qualité de frappe pour s'offrir quelques buts bien sentis. Mais le décor a complètement changé cette saison pour l'international brésilien avec l'émergence du tandem Sanson-Lopes. Le comble, c'est que ce même duo, plus habile dans l'utilisation du ballon qu'actif dans sa récupération, symbolisait le début de saison complètement raté de l'OM version 2017-18 quand Luiz Gustavo a pris les commandes aux côtés du généreux Zambo Anguissa. Les cycles...
GettyEt puis Luiz Gustavo n'a pas seulement glissé dans la hiérarchie de l'effectif. Avant cela, il avait aussi glissé territorialement, en défense, et ses mauvaises copies dans ce rôle de défenseur central ont aussi contribué à sa situation actuelle. La défaite sèche à Lille (3-0), fin septembre, où le Brésilien avait été complètement à côté de ses pompes, a symbolisé cette période creuse. Actuellement, c'est en sortant du banc que l'international Brésilien doit jouer les compléments. Si son influence n'évolue plus, la fin de son histoire d'amour intense avec Marseille pourrait arriver plus vite que prévu. Il lui restera pourtant deux ans de contrat au mois de mai.
Rami : le blues après les Bleus
L'expression a pu interpeller. Il y a quelques semaines, Adil Rami a reconnu avoir fait "un burn-out" après son sacre avec l'équipe de France en Russie. Gagner une Coupe du monde est une forme d'aboutissement qui prend tout son sens au stade de carrière du défenseur central, âgé de 33 ans. "J’ai eu le burn-out. Oui je l’ai eu, exactement…" , avait-il confié sur Canal +. "J’en ai discuté, j’ai essayé de trouver des solutions. Je savais que je n’étais pas à 100% mentalement et physiquement. J’en ai parlé, j’ai même eu au téléphone un coach mental pour essayer de comprendre. Mais oui, c’était un burn-out. Je ne sentais même plus l’odeur de la pelouse. Je n’avais plus envie de ‘taper’ les attaquants. Je me forçais mais je n’y arrivais pas. Parfois, j’ai même été agressif envers des gens qui me demandaient des photos, qui m’ont filmé sans me demander. J’étais aigri avec mon entourage. Chose que je déteste faire ou montrer" .
GettyimagesL'ancien Lillois, qui a même déclaré avoir été "content d'être blessé" a pu se ressourcer mentalement après une phase aller particulièrement délicate, où ses deux énormes boulettes contre Monaco étaient restées dans les têtes. Le tandem Kamara-Caleta-car, qui représente l'avenir, a pris la relève avec un succès certain depuis un mois, mais il ne doit pas faire oublier l'importance d'Adil Rami dans l'épopée de l'OM jusqu'en finale d'Europa League la saison passée - un exercice où il avait été le joueur le plus utilisé par Rudi Garcia. Rami personnifiait la moelle de cette équipe. Dans une dernière ligne droite où les nerfs seront mis à rude épreuve, le champion du monde aura son mot à dire.




