La carrière de Cristiano Ronaldo n’est pas commune, mais elle a quelque chose de très cyclique. Il y a sa vie de joueur de club, réglée comme du papier à musique pour flatter son image et le porter toujours plus haut. Et il y a sa vie en sélection, plus gênante, plus laborieuse, plus ordinaire pour un joueur comme lui, qui ne l’est pas. Depuis une bonne dizaine d’années et la fin d’une génération dorée, le grand débat concerne son positionnement. Doit-il jouer avant-centre ou rester sur un côté ?
Le poids de l'attaque sur ses épaules
Il y quinze ans, Ronaldo faisait ses premiers pas sur l’aile droite avec son brushing et son visage juvénile. Tout était plus simple avec ses compagnons de route de l’époque, les Figo, Pauleta, Rui Costa ou Deco. Au cœur de cette équipe de rêve, Cristiano n’était pas encore CR7, mais il crevait déjà l’écran, et cette bande aurait dû grimper sur le toit de l’Europe avant de s'éparpiller. Les regrets sont encore là.

Aujourd’hui, Cristiano Ronaldo est (presque) le seul visage de la Selecção, mais le compétiteur qu’il est se passerait bien de cet honneur. Le rendement offensif de l’équipe repose sur ses épaules dans de trop fortes proportions. C’est un fardeau sur le terrain comme en dehors. Pour lui, déjà, être un danger bien identifié engendre un marquage plus serré. Et pour l’équipe qu’il personnifie, l’absence d’un avant-centre de haut niveau accroît sa responsabilité. Une dépendance est dangereuse, toujours.
Quel est son vrai poste, finalement ?
Envisager le Madrilène dans l’axe est un dilemme qui va à l’encontre de sa propre volonté. Ce débat tient encore car plusieurs arguments plaident pour : Ronaldo a toutes les qualités d’un finisseur hors-norme, sa palette est complète, ses armes sont nombreuses (frappe puissante et précise des deux pieds, jeu de tête redoutable, flair, placement, appels), et son jeu a beaucoup évolué depuis ses débuts. Cette saison avec le Real, il n'a inscrit que 13,8% de ses buts en dehors de la surface, contre 24,2% il y a six ans, lors de sa première saison en Espagne.
Ronaldo serait donc un attaquant de surface ? Oui et non. Là est toute la complexité du problème. Son jeu est à l’image de la gestion de sa carrière, très structuré. Le Madrilène se plait à errer près du but quand les attaques passent sur les côtés (son efficacité à la réception des centres ou sur les seconds ballons est stupéfiante), mais il aime aussi partir de loin quand les lignes sont plus étirées. Son apport est multiple, comme un contrat à plusieurs signatures. La vitesse sur les contres en est une autre. Les coups-francs aussi.

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L’idéal serait donc un système taillé sur mesure pour la star du Real. Depuis dix ans, les différents sélectionneurs (Luiz Felipe Scolari, Carlo Queiroz ou Paulo Bento) ont expérimenté le repositionnement du Portugais pour combler le vide laissé dans l’axe, même ponctuellement. Mais Fernando Santos, lui, a imaginé un autre plan. Plus hybride.
Dans les colonnes du journal A Bola, fin 2015, Santos détaillait ainsi sa stratégie. "Nous n’avons pas d’attaquants de pointe qui gardent bien le ballon dos au but, qui tiennent le ballon, temporisent et fassent monter l’équipe. Postiga était peut-être le dernier, comme l’était Nuno Gomes. Avec du temps pour travailler, je n’ai aucun doute sur mon option tactique... un 4-4-2 en losange avec deux joueurs devant, plus mobiles. Cela nous donne plus de possibilité de profiter du potentiel de notre meilleur joueur : Ronaldo".

L’idée a fait son chemin pendant les qualifications, où Ronaldo a parfois fait la paire avec Danny, mais le milieu offensif du Zenit, blessé, manquera l’Euro. Le Portugal reviendra-t-il à un 4-3-3 pour le tournoi ? Ce fut le cas lors du match contre la Norvège (3-0), avec Eder en pointe et… sans Ronaldo. Mais deux mois plus tôt face à la Belgique, les Portugais s’étaient offert un succès de gala (2-1) avec CR7 et Nani devant. Le joueur de Fenerbahçe connait Ronaldo sur le bout des ongles, comme Ricardo Quaresma. Ces deux lieutenants peuvent faire l’affaire pour accompagner la star dans un 4-2-2 en losange.
L’ultime option serait bien un retour au 4-3-3 avec Eder dans l’axe, qui s’effacerait au profit de Ronaldo si ce dernier débute à gauche. Mais le Portugal n’est pas le Real, et Eder n’est pas Benzema… Santos toujours. "Tu ne peux pas obliger un joueur, dont la matrice principale est de marquer des buts, à défendre comme les autres. Tu ne peux pas lui demander, en venant de la gauche, d’être un ailier. Que fait un ailier classique ? Il joue sur son aile et défend…". Comme pour démontrer une dernière fois que Cristiano Ronaldo, ailier ou avant-centre, ne sera jamais un joueur classique. C’est peut-être cela, le prix du contrat.


