Leonardo JardimGetty

Monaco - Leonardo Jardim : chronique d'une décadence

Les signes de déliquescence ne datent pas d'hier. D'ailleurs, si la question leur était posée, les acteurs principaux du titre de champion de France 2017 ne répondraient pas tous de la même manière quant à leur sentiment vis à vis de Leonardo Jardim. Le technicien portugais, respecté pour ses idées et son travail, exerce un management particulier avec ses joueurs qui n'y répondent pas tous de la même manière. Son incarnation parfaite du modèle économique et sportif de l'AS Monaco depuis sa prise de fonction - avec en point d'orgue l'extraordinaire saison 2016-2017 - aura largement contribué à faire de lui un personnage très apprécié par l'exécutif russe et  l'un des meilleurs entraîneurs de l'histoire du club. Mais cette saison, avec un groupe une nouvelle fois largement remanié aux contours très légers pour la Ligue 1, Leonardo Jardim n'a pas su insuffler la dynamique sportive qui occultait jusqu'à présent tous les à-côtés. Après avoir porté avec brio le costume de l'entraîneur idéal, Leonardo Jardim s'était semble-t-il lancé dans la saison de trop. 

Un technicien reconnu à la gestion humaine décriée 

Il y a une constante chez les joueurs avec qui le sujet Leonardo Jardim est abordé. Surnommé "El Tactico" par Benjamin Mendy la saison du titre, sa science du football n'est jamais remise en question par des interlocuteurs qui soulignent cependant un certain immobilisme post titre de champion de France. Mais si certains joueurs de l'effectif ont hésité à discuter des possibles évolutions avec leur entraîneur, ils n'ont jamais vraiment osé pousser la porte de son bureau. La faute à un relationnel compliqué et à des traits de caractère spéciaux que certains n'auront jamais vraiment cerné. À titre d'exemple, et même si leurs relations sont aujourd'hui apaisées, Youri Tielemans a longtemps été en conflit avec le technicien qui ne lui adressait quasiment jamais la parole la saison de son arrivée. Un traitement qui n'était pas une exception réservée à l'international belge. Ces deux dernières années, plusieurs joueurs se sont longtemps interrogés sur les raisons d'un silence parfois à la frontière de l'ignorance. "Au début je pensais que Jardim ne n'aimait pas, même si ce n'était pas une bonne interprétation", expliquait Rony Lopes en début de saison, verbalisant ainsi le ressenti de plusieurs de ses coéquipiers. 

Leonardo JardimGetty

"C'est un entraîneur de grande qualité mais il a une personnalité étrange que peu de monde comprend", souffle en privé un membre du club. Car Leonardo Jardim a toujours fonctionné en vase clos avec son staff, coupant par ailleurs les liens avec un vestiaire divisé à son sujet entre ses qualités de technicien et ses défauts de manager. Avec les nouveaux joueurs de son effectif, le coach portugais a souvent adopté une posture distante dont tous ne se sont pas servis de la même manière. "On n'a jamais vraiment compris sa position", appuie l'agent d'un joueur de l'effectif actuel. Parfois il le titularisait, la semaine d'après il le mettait en tribune sans aucune explication, aucune mise au point, rien". Dimanche dernier, après la défaite face à Rennes qui a scellé le sort de Jardim en Principauté, deux internationaux qui s'envolaient le lendemain pour retrouver leur équipe nationale avaient senti que la franche et inhabituelle poignée de main avec leur entraîneur avait des allures d'au revoir. 

Une relation improductive avec Michael Emenalo

La séparation entre l'AS Monaco et Leonardo Jardim - qui devrait être officialisée dans les prochaines heures - arrive en conséquence de résultats sportifs très insuffisants qui s'expliquent par différents prismes. L'adhésion déclinante de son vestiaire, qui ne l'a jamais vraiment lâché mais qui n'avait pas non plus tout le coeur à prolonger l'aventure, en est un. Selon nos informations, les joueurs auraient d'ailleurs été gratifiés d'une prime spéciale en cas de victoire face à Rennes, ce qui sur le terrain ne s'est pas franchement ressenti. Mais la décision des dirigeants russes s'explique aussi par des tensions avec Michael Emenalo avec qui il n'a jamais étroitement travaillé. La volonté du directeur sportif de vendre des éléments comme Rachid Ghezzal ou Adama Diakhaby, qui n'avaient pas vraiment donné satisfaction mais qui étaient voulu la saison passée par Leonardo Jardim, avait posé les premières pierres d'une collaboration compliquée.

Les entraînements jugés trop légers physiquement par l'ancien homme fort de Chelsea ou les griefs de l'entraîneur portugais envers le recrutement de l'été pour l'équipe première ont également contribué à la dégradation d'une relation de travail quasiment inexistante. La fonction de Michael Emenalo sera-t-elle modifée suite au départ de l'entraîneur ? L'hypothèse est à l'étude en haut lieu, là où l'avis de Leonardo Jardim sur les aspects sportifs a toujours eu beaucoup de considération. Le soutien de Vadim Vasilyev réaffirmé à plusieurs reprises en place publique n'était pas feint et le vice-président monégasque ne niera pas la responsabilité partagée par tout l'état-major. Mais puisque toutes les bonnes choses ont une fin, l'AS Monaco s'apprête à tourner la page. L'une des plus belles de son histoire. 

Publicité