Manchester United - Solskjaer vs Mourinho : football ennuyeux et mauvais résultats, y a-t-il une vraie différence ?

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Getty/Goal
Après des débuts prometteurs, Ole Gunnar Solskjaer n'a plus le même impact à Manchester United. L'effet Solskjaer est-il déjà terminé ?

L’une des principales questions soulevées par la défaite de Manchester United 1-0 lors du match aller en quart de finale de la Ligue des Champions contre Barcelone mercredi était de savoir si José Mourinho aurait agi différemment qu'Ole Gunnar Solskjaer dans ce choc. Pour aller encore un peu plus loin loin : qu'est-ce que José Mourinho aurait pu faire différemment s'il avait toujours été aux commandes ? La réponse aux deux questions est la même : probablement rien.

Barcelone fait partie des favoris de la Ligue des champions parce que l'écurie catalane compte Lionel Messi dans ses rangs, déjà, mais aussi des joueurs supérieurs à Man United dans pratiquement toutes les lignes. Que ce soit à domicile ou à l'extérieur, Untied apparait comme un adversaire largement à la portée du Barça. Et ce n'est pas Ole Gunnar Solskjaer, trop limité tactiquement pour le moment, qui peut modifier ce constat.

Solskjaer se considère à juste titre comme un héritier de Ferguson. À ses côtés, il a un lieutenant, Mike Phelan, qui a longtemps travaillé avec Ferguson, ainsi que d'autres têtes de son staff qui connaissent parfaitement les méthodes de l'Ecossais. Solskjaer a repris les mêmes éléments de langage que le manager mythique des Red Devils. Quelle que soit l’opposition, il ne se prosterne jamais. Manchester United joue tous les matches pour les gagner. C'est ce que les amoureux du club veulent entendre après avoir mangé leur pain noir sous l'ère Mourinho.

Mais comme on l'a vu contre le Barça, la réalité est toute autre. Malgré un système supposé défensif en 3-5-2, Manchester United n'est pas parvenu à garder sa cage inviolée. Car le système est une chose, mais l'animation en est une autre. Il devient de plus en plus évident que le United de Solskjaer joue de la même manière contre tout le monde. Le problème, c'est qu'il ne dégage pas la même force que celui de Ferguson. Cette équipe joue à l'énergie, sans discernement, contre tous ses adversaires, de Watford au PSG, en passant par les Wolves ou le Barça.

Chris Smalling Manchester United 2018-19

La différence entre Solskjaer et Mourinho, c'est l'indulgence accordée à Solskjaer pour trouver des solutions. D’une, parce qu’il est une légende du club, ayant remporté la Ligue des champions en 1999, et de deux, parce qu’il a su créer une dynamique en ayant un maximum de réussite à son arrivée. Maintenant que la chance s’est un peu envolée, United est en train de régresser. Comme avant. Le club mancunien a perdu quatre de ses cinq derniers matches. Il est sorti de la FA Cup par la petite porte et a tout simplement perdu ses chances de glaner un ticket pour la Ligue des champions par le biais de la Premier League. Une élimination, plausible, dans la prestigieuse compétition, noircirait un peu plus le tableau.

Pour tout dire, cette saison correspond plus ou moins à ce que l'on attendait de Manchester United, quel que soit le technicien aux commandes. Mais l'affect entre le méchant Mourinho et le sympathique Solskjaer n'est pas le même. D'autant qu'en plus de ses bons débuts, Solskjaer a marqué les esprits en conduisant ses troupes à une victoire miraculeuse à Paris (1-3). Cette victoire - impressionnante dans la forme - a fait son effet, forcément, puisqu'elle est un éveil aux plus glorieux souvenirs des époques dorées de l'ère Fergusion. Mais dans le fond, elle est aussi difficile - voire concrètement impossible - à analyser tant elle a quelque chose d'irrationnel. En ce sens, la chance dont a bénéficié United a été sous-estimée en Angleterre. Non seulement le PSG était sans Neymar - ce qui équivaut à un Barça sans Messi - mais il s'est aussi tiré une balle dans le pied.

Après ce résultat, Ed Woodward a pourtant immédiatement préparé un contrat de trois ans à Ole Gunnar Solskjaer. Il ne fait aucun doute que le Norvégien a changé l'ambiance à l'entraînement et convaincu tout le monde, mais cette décision n'était pas fondée sur grand chose. Actuellement, United bénéficie surtout des prouesses de son gardien David De Gea pour marquer plus de buts que ses adversaires quand il en vient à bout. Cette équipe a des lignes étirées, un bloc trop poreux, et chacune de ses rencontres ressemble à un match de ping-pong.

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Il n'y a donc pas de grandes différence savec l'ère Mourinho dans la balance entre ses qualités et ses défauts. Mourinho avait un football ennuyeux ? Solskjaer ne maîtrise pas mieux son sujet. La prestation incroyable de De Gea à Wembley contre Tottenham au début de son règne en est le symbole (0-1). Cet après-midi-là, l'Espagnol a enregistré son plus grand nombre d'arrêts sur un seul match depuis le début de sa carrière.

Ander Herrera Manchester United 2018-19

Il n'y avait pas de grand plan derrière les victoires des Mancuniens. Tout tenait aux exploits de De Gea et aux inspirations de Pogba. On pourrait facilement comparer la victoire à Paris avec celle que Mourinho a remportée en phase de groupes contre la Juventus plus tôt cette saison. United était dépassé, de bout en bout, mais a finalement réussi à obtenir un résultat au finish.

Les Red Devils ont joué de cette façon récemment contre les Wolves, où ils ont perdu - et contre Watford, où ils ont gagné. Les résultats sont en dent de scie mais le contenu, lui, est moins bon. Et ce n’est pas une bonne nouvelle.
Solskjaer n’a pas encore trouvé de sécuriser son équipe et les issues de ses matches ressemblent un peu au lancer d’une pièce de monnaie : ça rentre ou ça ne rentre pas, ça passe ou ça casse. Et comme l'a prouvé le match contre Arsenal, si De Gea n'est pas dans un grand soir, ce n'est plus la même musique. Les fans de United, comme Woodward, ont été trompés par l'effet de contraste dû aux différences de tempérament entre Mourinho et Solskjaer, mais la lune de miel est bel et bien terminée.

D'ici le début de la saison prochaine, tout le monde sera confronté à la morosité de la situation : Manchester United vient de recruter le manager de Molde et s'attend à ce qu'il procède à une refonte complète de l'équipe dans l'un des mercatos les plus excitants de l'histoire. Barcelone a déjà recruté Frenkie de Jong. Le Real Madrid a attiré Eder Militao. Le Bayern Munich s'est renforcé avec Benjamin Pavard et Lucas Hernandez. Ces grands clubs ne traînent pas. Ils réparent les défauts de leur équipe. United, en revanche, fait encore pire que de rester immobile. Le club est sur le point de perdre Ander Herrera - probablement sa meilleure recrue depuis que Ferguson est parti - sans rien toucher et pourraient voir l'une de ses deux stars, Pogba ou De Gea, migrer sous d'autres cieux.

Par ailleurs, le contrat d'Alexis Sanchez - d'une valeur de plus d'un demi-million de livres sterling par semaine - engendre non seulement des pertes par rapport à son rendement, mais est également au centre de toutes les négociations pour les autres joueurs notables de l'effectif. Pourquoi un joueur comme Marcus Rashford ne reverrait-t-il pas ses exigences à la hausse quand il voit ce que touche le Chilien ? Solskjaer est en charge d’une équipe articulée autour de trois recrues XXL et quelques restes de l'ère Ferguson. Il aura aussi besoin de ses propres joueurs, tôt ou tard.

Il a donné un coup de pouce à United à un moment crucial, mais l'effet s'estompe. Au lieu de lui serrer la main et de le remercier pour le travail bien fait, sa direction a choisi de tout miser sur lui. C'est un risque considérable. Y a-t-il une réelle différence entre faire garer le bus par José ou avoir Ole au volant ? Pas vraiment. Manchester United fait du sur-place.

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