Le 17 mars 2012, Fabrice Muamba s'effondrait sur la pelouse de White Hart Lane, à la 42e minute d'un Quart de finale de la FA Cup contre Tottenham. Son coeur a alors cessé de battre pendant 78 minutes. Pendant 78 longues minutes, l'ancien joueur de Bolton n'était plus en vie. Il était mort comme il dit. Mais grâce à sa volonté infaillible et à une intervention médicale vitale, la vie lui a offert un nouveau chapitre dont il profite à chaque instant.
Dans un entretien accordé à L'équipe, Fabrice Muamba raconte son histoire. "Je ne me sentais pas bien, je voyais double et, d'un coup, je suis tombé. Je n'avais strictement aucun contrôle sur ce qui m'est arrivé", confie-t-il en évoquant ces derniers souvenirs avant sa crise cardiaque. S'il a bien conscience d'être un miraculé, il ne pense pas, pour autant, être "quelqu'un d'extraordinaire, Je le répète. Je suis juste la preuve vivante de ce que peuvent faire les miracles. Ce qui m'est arrivé arrive à tellement de personnes à travers le monde. La différence, c'est que moi ça passait en direct à la télé pendant un match de FA Cup."
"Vous ne pouvez pas vivre dans le passé"
Celui dont la vie aurait pu s'arrêter le 17 mars 2012 est un survivant. Pourtant, lorsqu'il raconte son histoire, il parvient à prendre un certain recul. Comme s'il ne souhaitait pas perdre plus de temps à réfléchir sur le pourquoi du comment. Comme s'il souhaitait simplement profiter de sa vie. "Quand vous ne respirez pas pendant soixante-dix-huit minutes, comment pouvez-vous décrire la situation ? La mort, c'est quoi ? Oui, j'étais mort, je le crois. Jusqu'à ce que l'équipe médicale réponde à des milliers de prières. À moins que vous n'ayez une autre définition de la mort. (...) Vous ne pouvez pas vivre dans le passé. Je dois regarder devant moi et ne pas compter seulement sur les autres."
"Je ne me lève pas chaque matin en me disant : “Et si ceci, et si cela s'était passé autrement''. Ou pourquoi c'est arrivé à moi et pas à un autre ? Aujourd'hui, je vais bien, je ne cours pas en extérieur, mais je fais de la marche sur tapis. J'ai joué une fois au football en vacances, j'ai été très vite fatigué, mais je me sentais bien sur le moment ! Je peux jouer dans le jardin avec mes enfants, sans aucun problème. J'ai parfois quelques soucis de mémoire immédiate, mais c'est le seul inconvénient récurrent lié à mon accident. Je porte un défibrillateur interne, je fais un bilan médical chaque trimestre", poursuit-il à L'équipe.
"J'ai prouvé que rien n'était impossible"
Le joueur formé à Arsenal a reçu beaucoup de soutien après sa crise cardiaque. Il aime d'ailleurs se rappeler qu'un certain Thierry Henry est venu le voir à l'hôpital. "L'impact a été bien plus grand que je ne l'imaginais. Mes coéquipiers passés ou de Bolton ont été très présents, c'est normal. Mais des joueurs comme Beckham, Messi et Henry m'ont aussi manifesté leur soutien, en m'appelant ou me laissant des messages. Thierry Henry est même venu me voir à l'hôpital alors que j'étais inconscient, en passant par une entrée discrète. Ça, c'est Thierry ! Mon accident a uni le monde du football".
Ce footballeur alors âgé de 23 ans, luttant pour sa vie neuf mois auparavant, a été contrant d'arrêter le football. Un épisode qui reste douloureux pour cet amoureux du Ballon Rond. "Après l'avis négatif des médecins anglais qui m'ont sauvé, je suis allé consulter d'autres spécialistes en Belgique. Rejouer, ça aurait été l'issue parfaite à cette histoire. J'aurais alors battu absolument tous les pronostics après mon accident. Survivre et rejouer à haut niveau. Ouah ! Alors, arrêter à vingt-trois ans, ce n'est pas évident, mais il le fallait. Les risques étaient trop élevés, pour moi et surtout ma famille. C'était la bonne décision, même si je voulais tant rejouer", explique Fabrice Muamba qui a de quoi être fier. "De tous mes coéquipiers dans les équipes de jeunes à Arsenal, je suis celui qui a joué le plus de matches chez les pros. Je suis arrivé dans ce pays à onze ans sans parler un mot d'anglais, j'ai connu la Premier League, j'ai été capitaine de la sélection Espoirs. Combien de gamins nés ici auraient rêvé d'une telle chance ? Je suis heureux de tout ça. J'ai prouvé que rien n'était impossible. "
