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L'incroyable histoire de Promise David : le nomade du football qui n'a jamais abandonné

Baby Lukaku. C'est le surnom affectueux que les journalistes belges utilisent volontiers quand ils écrivent sur Promise David. Un surnom trouvé par son ancien entraîneur des attaquants, Kevin Mirallas. Mais pas besoin d'être Belge pour voir les ressemblances entre les deux joueurs. L'attaquant les illustre parfaitement le 30 mars dernier. Son Union Saint-Gilles reçoit le Royal Antwerp au stade Joseph Marien. Le Canadien est lancé en profondeur et a semé la défense anversoise.

Un certain Rosen Bozhinov multiplie les gestes irréguliers pour tenter de le stopper. Un détail : le joueur est fort, très fort même. Ce n'est pas pour rien qu'à l'Union, on doit le frapper avec un coussin lors des exercices de finition pour le déséquilibrer. « Pendant que je courais, j'ai senti une griffe dans mon cou », raconte-t-il dans le podcast de The Footy Culture à propos de ce but devenu viral. « Quand je suis allé me doucher plus tard, ça faisait vraiment mal, parce qu'il m'avait littéralement arraché la peau du cou. J'ai saigné pendant tout le match sans même m'en rendre compte. »

« Je fonçais droit vers le but, je ne voyais que du vert », poursuit-il. « Je ne voulais pas plonger ou tomber. Puis il m'a attrapé à nouveau. Je me suis dit : espèce de connard ! J'ai balancé mes bras en arrière et c'est là que mon maillot s'est déchiré. J'étais content, parce qu'à chaque fois qu'il tirait sur ce maillot, j'avais l'impression d'étouffer. » De son maillot jaune, il ne reste plus que la moitié. Il paraît invincible. Telle une bête impossible à maîtriser. Le maillot déchiré, David se libère enfin de Bozhinov. Mais son adversaire l'a considérablement ralenti. Un autre défenseur anversois a surgi, mais l'attaquant l'élimine d'une simple feinte. Il pousse le ballon au fond, martèle sa poitrine et hurle. « Après ma sortie, j'ai regardé mon téléphone. Le but était déjà sur les réseaux sociaux et les images étaient impressionnantes. C'était limite de l'agression ! »

« Notre directeur technique a exposé ce maillot dans nos nouvelles installations, à côté des autres tuniques historiques du club. Il a dit : ce maillot symbolise l'Union : la résilience, la force et le refus d'abandonner. » Ce sont précisément ces trois qualités qui symbolisent la carrière hors norme du joueur. Mais, rembobinons. Car, le chemin vers l'Union a été long, très long.

Un gamin hyperactif tombé amoureux du foot à Lagos

Enfant, David débordait d'énergie. « Mes professeurs me trouvaient gentil, mais aussi une source de distraction pour les autres », sourit-il. Il grandit à Brampton, une ville de la province canadienne de l'Ontario. Un réservoir de talents. L'actuel attaquant de Feyenoord Cyle Larin, Atiba Hutchinson (ex-PSV) et Tajon Buchanan en sont également originaires.

Pourtant, ce n'est pas au Canada mais à Lagos, au Nigeria, que le jeune garçon découvre sa passion pour le football. Bambin, il vit là-bas chez ses grands-parents. Son oncle est un énorme supporter de Chelsea. « Je n'oublierai jamais qu'il venait me chercher chez ma grand-mère », confie-t-il à Het Laatste Nieuws. « J'étais derrière lui sur sa moto et on allait ensemble au bar regarder les matchs. » Quand il retourne au Canada quelques années plus tard, il cherche un hobby pour canaliser son énergie. D'abord le piano, mais quand il se casse — « j'étais vraiment énervé ! » — le garçon cherche autre chose. Il trouve rapidement sa nouvelle passion : le football.

Le jeune garçon est repéré par l'académie du FC Toronto, mais à quinze ans, on l'en écarte. Il n'est pas assez bon. Il passe trois ans chez les semi-pros de Vaughan, au Canada. En 2019, à dix-huit ans, il obtient sa première chance en Europe, au NK Trnje, pensionnaire de troisième division croate. Ce n'est vraiment pas une histoire d'amour avec le football. Encore une fois : le parcours de l'attaquant est long. Et chaotique.

Promise David CanadaGetty Images

Racisme à Zagreb, larmes à Malte : l'enfer du baroudeur

« Des choses se sont passées en Croatie que je n'ai même pas osé raconter à mes parents », soupire-t-il. Il évoque un souvenir douloureux. Son entraîneur à Zagreb est raciste. « Il ne voulait pas de Noirs, pas d'Africains dans son équipe. Il tenait des propos choquants. 'Crnac' par exemple, un terme raciste. Une fois, mes coéquipiers ne m'ont traduit ses mots qu'un mois plus tard. Parce qu'ils trouvaient ça trop grave. Tout le monde s'est pétrifié quand il a dit ça. C'était quelque chose comme : 'Dieu m'en préserve de jamais aligner un joueur noir dans mon équipe.' » Le Canadien est relégué en équipe de jeunes, mais reprend du plaisir sous un autre entraîneur, Rajko Vidovic. Quand Vidovic devient peu après entraîneur de l'équipe première, il le surclasse. Il entre et marque immédiatement. « C'était ma plus belle revanche. Un pied de nez à ce type. »

Pourtant, le joueur quitte rapidement Zagreb. Son agent le fait revenir d'Europe et le place en deuxième division américaine, au FC Tulsa. Ce n'est pas un succès. Nouvelle tentative. À Valletta, club de première division maltaise. « J'ai perdu une finale de coupe là-bas. Ça m'a brisé. J'ai pleuré trois fois dans ma vie pour le foot. Ce match en faisait partie. Ma nièce Liz était au stade et elle a photographié l'écran géant au moment où j'apparaissais. Juste au moment où je pleurais. Mec, je suis moche quand je pleure. »

Quand son passage au Sirens FC maltais tourne également court — le joueur a désormais 21 ans — une carrière professionnelle semble compromise. « Mes parents voulaient que je rentre à la maison. Jusqu'alors, ils m'avaient toujours soutenu. Mais ils n'y croyaient plus. » Mais l'attaquant n'abandonne jamais. Abandonner ne fait pas partie de son vocabulaire. « J'ai demandé une dernière chance. »

Promise David UnionGetty Images

Estonie : de l'auberge de jeunesse à la révélation en 14 buts

Cette chance arrive. En Estonie, au Kalju FC. David se fixe un objectif. Il élabore un plan sur cinq ans. Le cœur du plan : travailler dur, marquer beaucoup en Estonie et décrocher un contrat dans un plus gros club scandinave. Et puis, plus ambitieux, marquer pour l'équipe nationale et participer à une Coupe du monde.

« L'idée était : soit jouer vraiment très bien au foot, soit être un raté », résume-t-il dans le podcast de The Footy Culture. « Je ne voulais vraiment pas reprendre les études. » Mais en Estonie aussi, il peine. On le voit comme un joueur à faire progresser et il doit d'abord rejoindre les espoirs de Kalju. Là, il marque énormément et obtient sa chance avec l'équipe première. Enfin, le baroudeur semble avoir trouvé son club. Faux.

« Je me souviens d'un match », se rappelle-t-il. « On menait 2-1 à la mi-temps et je jouais plutôt bien. Ils nous attiraient avant de balancer de longs ballons, donc je ne pressais pas quand on menait. »

« J'arrive au vestiaire, et là le président me saisit par le cou et me sort du vestiaire. 'C'est comme ça que tu veux jouer ? Tu ne sais pas tout ce que ton père fait pour que tu puisses rester ici ? J'ai soixante ans et je bouge plus que toi !', se rappelle David. « En seconde période, je marque à nouveau et on l'emporte 4-3. Tous mes coéquipiers célèbrent la victoire au vestiaire et moi je pleure sous la douche, parce que le président a appelé mon père et mon agent pour leur dire que c'était une grosse erreur de m'avoir fait venir au club. Je n'avais pas d'appartement, je vivais en auberge de jeunesse », décrit-il. « En même temps, tous mes amis terminaient leurs études. J'avais la carte bancaire de mon père, parce que le foot ne me rapportait rien. À ce moment-là, je me suis vraiment demandé ce que je faisais de ma vie. »

Une fois les émotions retombées et avec le temps, l'attaquant décroche enfin une place de titulaire. Lors de son exercice de confirmation, il marque quatorze buts en seize matchs. Kalju reconnaît enfin sa valeur. Mieux encore, le club refuse catégoriquement de le laisser partir. « C'était incroyable. Je les suppliais : laissez-moi partir. Cette période m'a fait comprendre ce que ressentent les gens coincés dans un boulot qu'ils détestent », dit-il au micro. Ses demandes finissent par porter leurs fruits. Kalju négocie avec l'Union Saint-Gilles et David part pour la Belgique.

Du « flop » au serial buteur : 17 buts pour faire taire les critiques

Là-bas, il doit vraiment prouver sa valeur et la presse belge le voit. Après un seul match contre le Club Bruges, le jugement tombe. David est un « transfert raté » et un « flop ». « Après un seul match ! », s'insurge David dans Het Laatste Nieuws. « Je suis rentré chez moi et j'ai écrit cette phrase. Chaque matin avant d'aller à l'entraînement, je la regardais. Ça m'a servi de carburant. Pour faire mieux, pour prouver le contraire à tout le monde. Dix-sept buts et cinq passes décisives… Ce n'est plus une blague ni un gaspillage, non ? », rappelle-t-il à cette même presse avec son excellente moyenne.

David peut effectivement prendre sa revanche. Désormais huit fois international canadien après avoir porté les couleurs nigérianes en jeunes, il enchaîne les buts en Belgique et brille également en Europe. Il a marqué contre l'Ajax de Francesco Farioli, et contre le PSV récemment. La semaine dernière, l'avant-centre a inscrit l'unique but du match contre Galatasaray et a arraché les trois points dans l'enfer d'Istanbul. L'attaquant est d'une solidité physique et mentale à toute épreuve et possède une vitesse de pointe impressionnante. Des atouts qui lui permettent de faire la différence dans n'importe quel match. Sans surprise, des clubs de Premier League le pistent.

Et pourtant, l'attaquant ne dissipe pas tous les doutes. Car le joueur manque encore de finesse dans son jeu, loin d'être un buteur d'une précision chirurgicale, et il perd parfois sa concentration en cours de match. David intrigue les recruteurs. Il ne maîtrise pas toute la technique, mais atteint ses objectifs, explique-t-il à Het Nieuwsblad. Il peut jouer un match médiocre et quand même marquer. C'est peut-être justement sa plus grande qualité. De quoi déstabiliser son entraîneur David Hubert. Mais Hubert ne peut se priver de lui, parce que son attaquant peut frapper à tout moment. Et son plan sur cinq ans ? Il l'accomplit en un an et demi. Promise David est arrivé à destination.

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