Est-ce ses deux échecs lors des finales de Ligue des Champions 2015 et 2017, respectivement contre Barcelone et le Real Madrid ? Au moment d’évoquer les raisons qui empêchent de placer Massimiliano Allegri au niveau des Pep Guardiola, Zinédine Zidane, Carlo Ancelotti ou encore Diego Simeone, seul cet argument semble tenir la route. Vainqueur à trois reprises de la Serie A depuis sa prise de fonction, l’entraîneur de 50 ans a su prendre avec brio le relais d’Antonio Conte qui avait décidé de prendre en main la Nazionale après avoir su remettre la Juventus sur la carte de l’Italie, en tant que machine implacable. Après son éviction de l’AC Milan, Max a su montrer qu’il pouvait réussir dans un grand club, où l’institution est placée au-dessus de tout.
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La consécration continentale se fait attendre
Cette saison 2017-2018 n’échappe pas à la règle. Alors que Naples présente de sérieux arguments pour décrocher le Scudetto en fin de saison, la Vieille Dame n’a rien voulu lâcher. Preuve de cette détermination : le but inscrit par Paulo Dybala en toute fin de rencontre du côté de la Lazio, après 90 minutes très médiocres. Cette même hargne s’est retrouvée lors du huitième de finale retour de la Ligue des champions contre Tottenham. Dos au mur et menée 1-0 à la mi-temps, la formation turinoise a montré une force de caractère unique en renversant la vapeur en deux minutes. La hargne de Giorgio Chiellini après un sauvetage inespéré. Cet état d’esprit plein de rage est sans doute la patte d’un entraîneur qui peut compter sur un groupe expérimenté et qui sait où il veut aller.
Cependant les deux finales perdues de C1 en trois ans n’ont pas permis à Allegri de monter sur le toit européen, ce qui aurait eu pour conséquence immédiate de changer sa dimension. Pourtant sa Juve a su réaliser des grandes performances pour en arriver là : le Real Madrid éliminé chez lui en 2015 en demi-finales mais également le Barça muselé au Camp Nou l’an passé. Le technicien, passé par Cagliari, cherche ainsi à enlever de la pression à ses joueurs dont certains, comme Gianluigi Buffon, courrent après de longues années. Le mois dernier il avait tenté de relativiser l’importance de la coupe aux grandes oreilles avant d’affronter Tottenham. "La Ligue des Champions ne doit pas être vécue comme une obsession, parce que quand on a une obsession, on ne gagne jamais ! Je pense que tout le monde à la Juventus devrait être très fier, car nous sommes devenus stables parmi les dix meilleurs clubs européens."
Getty ImagesSous contrat jusqu’en 2020 avec la Vieille Dame, Massimiliano Allegri n’était sans doute pas attendu pour durer aussi longtemps dans l’une des plus grosses écuries européennes. Force est de constater qu’il est aujourd’hui l’entraîneur italien avec les résultats les plus réguliers ces dernières années. Pour sa quatrième saison à la tête du club turinois, il semble avoir les pleins pouvoirs et n’hésite pas à le montrer quand il le faut. Le cas Dybala à mi-saison a illustré cette nouvelle stature d’Allegri qui n’a pas hésité à placer durant plusieurs matches l’Argentin sur le banc, alors qu’il avait réalisé un début de saison canon. Revenu en force ces dernières semaines, la Joya est plus que déterminante à l’heure où les échéances importantes s’enchaînent pour la Juve. Et l’on se dit que le technicien italien a eu le nez creux à propos de ce choix difficile.
"Je suis un créatif"
Si Pep Guardiola a pour lui la philosophie du jeu de possession tandis qu’un Diego Simeone a le profil d’un meneur d’homme, il est difficile de distinguer la principale qualité de Massimiliano Allegri et ce qui le distingue des plus grands techniciens de la planète. Dans un autoportrait réalisé dans La Repubblica en 2014, il tentait de définir lui même ce qui les différencie des autres. "Je suis un créatif. Je ne peux pas rester 24 heures d’affilée à chercher une solution, je dois attendre que me vienne l’inspiration, et la plupart du temps elle me vient quand je n’y pense pas : par exemple, cela m’arrive certaines nuits de changer la formation que j’avais décidé d’aligner. La réalité, c’est que l’on vit de sensations."

Si l’on peut lui reconnaître une faculté indéniable, c’est celle de l’adaptation en toute circonstance. Malgré un effectif de qualité, la Juve se retrouve souvent à court de profondeur de banc, en raison d’une infirmerie souvent pleine. Allegri est obligé de constamment jongler avec les forces en présence, d’en replacer certains comme Mandzukic sur l’aile gauche ou encore de ne pas inscrire Stephan Lichtsteiner sur la liste principale de la C1, afin qu’Alves puisse être à 100% dans cette compétition. Pour le quart de finale aller de C1 face aux Merengue, le Mister sera privé de deux pièces indispensables, à savoir Miralem Panic et Mehdi Benatia. Un nouveau défi et un sacré casse-tête en perspective, mais pour enfin être reconnu parmi les siens, il faudra bien surmonter l’obstacle que représente le double tenant du titre.


