En 1995, France Football opérait une grande révolution dans son règlement du Ballon d'Or. Au bout d'une longue période de quarante ans où seuls les joueurs européens étaient en mesure de concourir pour ce titre, l'hebdomadaire français choisissait d'élargir son champ de sélection en levant la restriction des nationalités pour les joueurs évoluant sur le Vieux Continent. Une décision qui a été saluée par tous, mais qui a aussi causé quelques frustrations. Le grand attaquant brésilien, Romario, avait de quoi être amer pour le scrutin de 1994, remporté par le Bulgare Hristo Stoichkov.
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En janvier 1995, Romario a reçu un objet en or qui récompensait sa superbe année. Mais ce n'était pas celui dont on se rappelle à l'issue d'une carrière et qu'on chérit orgueilleusement. L'international auriverde a eu le droit au Onze d'Or, décerné par le mensuel onze mondial. Une bien maigre consolation. De même que pour le titre de meilleur joueur FIFA qui, à l'époque, n'avait pas la même importance qu'aujourd'hui. Le natif de Rio De Janeiro avait eu la malchance de briller un an trop tôt car il aurait sans doute remporté le Ballon d'Or si FF avait avancé la "mondialisation" de son prix douze mois plus tôt.
En 1994, Romario a été exceptionnel. Son parcours professionnel s'est étiré sur vingt-quatre ans (de 1985 à 2009), mais c'est assurément cette année-là qu'il a atteint le somment de son art tout en accédant à la consécration suprême, à savoir le titre de champion du monde. C'est en grande partie grâce à lui que la Seleçao a mis fin à une traversée du désert longue de vingt-quatre ans, en renouant avec le titre planétaire. Aux Etats-Unis, il avait inscrit pas moins de cinq buts, dont deux très importants lors des matches couperets contre les Pays-Bas et la Suède. Le duo d'attaque qu'il formait avec Bebeto était le plus performant du circuit. Les deux compères ont d'ailleurs cumulé 49 buts en Liga 1993/1994. Romario terminait même Pichichi avec un total de 30 réalisations.

Il aurait pu réaliser une carrière encore plus belle
Il n'y avait donc pas qu'en sélection que le joueur de Vasco da Gama faisait parler la poudre. Au Barça, il était le finisseur attitré de l'équipe, à tel point que le coach Johan Cruyff devait céder à tous ses caprices. L'anecdote restée célèbre est celle du jour où l'attaquant avait demandé à être dispensé d'un match afin de pouvoir arriver à temps au carnaval de Rio. Le technicien hollandais avait trouvé un compromis ; il a promis à son protégé de le sortir du terrain dès qu'il aurait mis deux buts. Romario s'exécuta et réussit cette prouesse au bout de vingt minutes de jeu seulement. L'entraineur a tenu parole et l'a sorti dès la mi-temps pour qu'il puisse prendre son avion.
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Cette histoire cocasse dépeint parfaitement le personnage qu'était Romario. Joueur habile et impressionnant sur le terrain, il était un peu incontrôlable en dehors. Son appétence pour les excès n'est pas sans rappeler celle de son compatriote Ronaldinho. Et nul doute que sa carrière aurait été encore plus réussie s'il avait su respecter une meilleure hygiène de vie. Quand en 1997, à seulement 29 ans, il décida de tourner le dos à l'Europe pour retourner auprès des siens à Flamengo, le sentiment qui a prédominé chez tous ses admirateurs était celui de gâchis. Même s'il est revenu ensuite pour une courte pige à Valence, ce choix de vouloir profiter de la vie plutôt que de se consacrer pleinement à sa carrière lui a clairement porté préjudice.
Romario n'a peut-être pas atteint le niveau des Pelé, Garrincha ou de Ronaldo. Et auprès des Brésiliens, il ne jouira jamais de la même notoriété que ces trois illustres joueurs. Mais, il ne serait peut-être pas exagéré de dire que s'il avait voulu, il aurait pu, à défaut d'être leur égal, s'inviter à leur table. Comme tout grand footballeur qui se respecte, il avait son geste bien à lui qui faisait chavirer les amoureux du ballon rond, à savoir cette conclusion du pointu qui a mis à mal un grand nombre de gardiens. Durant sa carrière, il a d'ailleurs trouvé le chemin des filets à 688 reprises (!) Ce simple chiffre suffit pour comprendre l'attaquant racé qu'il était. Un attaquant qui, par choix ou par malchance, est passé à côté de quelques belles conquêtes. Comme ce Ballon d'Or 1994 qu'il a vu filer sous ses yeux pour atterrir dans les mains d'un de ses meilleurs amis, Hristo Stoichkov.
