EXCLUSIF PSG - Julian Draxler : "Je suis sûr qu’on va gagner à Belgrade et se qualifier"

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Julian Draxler s'est confié à Goal en exclusivité sur son début de saison au PSG, la Ligue des Champions ou encore Neymar et Mbappé.

Julian Draxler se fait plutôt discret dans les médias mais que ce soit en zone mixte ou en interview, on se demande souvent pourquoi il ne prend pas la parole plus souvent, tant ses analyses sont pertinentes et ses prises de parole rafraîchissantes. Alors qu'il est de plus en plus une pièce importante de ce nouveau PSG, l'Allemand s'est confié à Goal sur son début de saison, sa relation avec Thomas Tuchel, la Ligue des Champions, les deux superstars Neymar et Mbappé et la Mannschaft. Entre autres.

Vous avez un nouveau rôle au PSG cette saison, êtes-vous en train de vivre votre meilleur début de saison depuis que vous êtes au club ?

Julian Draxler : Non, pas vraiment. Je pense que chaque saison est importante donc ce n’est pas une saison spéciale pour moi. Mais bien sûr, vous avez plein de bons joueurs donc il est difficile de trouver sa place dans l’équipe. Cela a été dur pour moi au début parce que je suis revenu d’une mauvaise Coupe du Monde avec l’Allemagne donc il était compliqué pour moi de bien m’entendre sur le terrain avec le nouveau coach et les nouveaux coéquipiers. À l’heure actuelle je me sens bien, je joue beaucoup donc je suis heureux.

Si on évite le discours "Je me sens bien n’importe où sur le terrain, tant que je joue je suis heureux", où vous sentez-vous le plus épanoui ?

Je pense que ce qui est bien avec moi, c’est que je peux jouer à plein de positions, donc je dirais que le mieux pour moi c’est le rôle de 8, plus particulièrement dans cette équipe parce qu’on a…vous savez…trois attaquants devant pas si mal ! Il est difficile de trouver une place en attaque mais je me sens vraiment bien en 8 et au milieu. Vous savez, j’ai même joué plus en sentinelle qu’en relayeur durant les derniers matches mais ça me va, je suis bon balle aux pieds. Je dirais de moi-même que je suis un joueur intelligent, c’est pourquoi j’ai peut-être trouvé la bonne position pour jouer plus.

Vous n’avez pas beaucoup joué en début de saison mais à chaque fois vous avez répondu présent dans le rôle que Tuchel vous a confié. Comment se passe cette relation de confiance ?

Au début ce n’était pas facile, parce que je ne connaissais pas le coach et vice-versa. C’est une bonne chose qu’il soit Allemand aussi, on parle énormément. Maintenant je sais ce qu’il attend de moi et j’essaie de l’amener sur le terrain, à chaque fois que je joue. Mais au début j’ai eu des blessures, après la Coupe du Monde, donc c’était compliqué. Je ne jouais pas bien, c’est aussi une vérité mais maintenant, l’entraîneur a confiance en moi et c’est pourquoi je joue plus.

De l’extérieur, on a l’image d’un coach protecteur mais qui peut être sévère quand il le faut. Pouvez-vous décrire la manière dont il vous gère et quel est selon vous son point fort en tant que manager ?

J’apprécie vraiment le fait qu’il nous protège des médias. Quand on ne joue pas bien il dit : "Ok, ce n’était pas si mauvais, on aurait pu faire mieux"… Il trouve toujours des aspects positifs dans le match mais vous pouvez être sûrs que dans le vestiaire, il peut aussi être différent. Il demande beaucoup à ses joueurs et si on ne joue pas assez bien il est très honnête avec nous, il nous le dit. Tout le monde sait ce qu’il doit faire et si quelqu’un pense qu’il n’a peut-être pas besoin de faire ce qu’il dit sur le terrain, il peut se mettre très en colère.

Face à Liverpool vous avez montré beaucoup de caractère, chose qui manquait au PSG. Pensez-vous que ce match a été le déclic ?

Je pense qu’on a montré qu’on pouvait se battre lors du second match contre Liverpool. Mais la Ligue des Champions est très importante parce que toutes les équipes sont de haut niveau, comme nous, et je pense que pour les matches comme ceux-là, vous ne gagnez pas qu'en jouant au football, vous devez vous battre. On l’a montré contre Liverpool mais dans cette compétition, vous devez le faire à chaque match pour aller le plus loin possible.

Thomas Tuchel PSG Liverpool UEFA Champions League 28112018

Vous allez jouer à Belgrade une finale, où ni Liverpool ni Naples n’ont réussi à gagner. Comment Thomas Tuchel vous prépare-t-il pour ce match ?

On doit le préparer de la même manière qu’on a préparé Liverpool parce que, comme vous le dîtes, c’est une finale. On doit gagner là-bas, au moins revenir avec un point. On a vu les matches de Liverpool et Naples là-bas, c’était difficile pour eux et ça le sera aussi pour nous. Mais on a battu Liverpool à la maison et on a de très grands joueurs donc je suis sûr qu’on va gagner à Belgrade et se qualifier pour la suite de la compétition.

Pensez-vous que le fait d’avoir battu l’Etoile Rouge (6-1) peut être piégeux ? Parce que vous avez eu une certaine impression de cette équipe au Parc des Princes…

Non, on ne peut pas penser comme ça parce que ce sera un match différent. On sait qu’on a été costaud au Parc des Princes mais…vous savez ces derniers matches vous avez pu voir qu’on a eu quelques problèmes en Ligue 1 aussi. Donc on sait que ce ne sera pas facile mais si on veut aller loin en Ligue des Champions, il est clair qu’on doit gagner là-bas.

Il y a deux catégories de personnes : ceux qui pensent que le manque d’adversité en L1 est problématique pour la C1 et ceux qui prennent exemple de la Liga ou la Bundesliga où deux équipes dominent le championnat mais sont performantes en Ligue des Champions. Où vous situez-vous ?

C’est difficile à dire, vous savez. On ne peut pas changer les choses en France. Je pense qu’on a de bons adversaires, de bonnes équipes en Ligue 1. Mais bien sûr, pour moi, on a de loin la meilleure équipe avec la qualité de joueurs qu’on a. C’est un fait. On ne peut pas changer donc on doit se concentrer sur nous-mêmes, on doit être dans la meilleure position possible. Je veux dire que physiquement, mentalement, on doit être prêt pour les grands matches qui arrivent. Je pense qu’on peut le prendre de ce côté. Mais nous sommes des professionnels, on ne peut pas changer le championnat, les adversaires, donc on se concentre sur ce qu’on fait et c’est justement le cas en ce moment. Je suis sûr qu’on fera mieux que ce qu’on a fait il y a deux ans par exemple.

C’est ce qui a changé cette saison ? Le fait d’être votre propre baromètre ?

Oui, je pense que c’est la seule manière de faire. On a 14 points d'avance sur notre dauphin, Lille, c’est beaucoup et si on ne prend pas les matches de Ligue 1 sérieusement on ne peut pas aller en Ligue des Champions et jouer à 100%. On doit être à fond à chaque match, Coupe de Ligue, Coupe de France, Ligue 1, pas de différence. C’est ce que les grandes équipes font et c’est ce qu’on fait cette saison.

On voit que l’équipe a un autre visage depuis que Neymar joue en 10. Comment vous adaptez-vous sur le terrain et qu’est-ce qu’il apporte de plus depuis qu’il évolue à ce poste ?

On sait que Neymar est un joueur de grande qualité, c’est un grand joueur donc on essaie de le trouver peu importe où il est. S’il joue à gauche, on essaiera de jouer sur la gauche, s’il joue en tant que numéro 10, ce sera au centre. Vous savez, il se fiche de la position dans laquelle il joue parce qu’en vérité il essaie d’être partout sur le terrain. Pour nous ce n’est pas une grande différence mais bien sûr, quand vous avez un joueur comme lui vous devez lui donner la balle. C’est aussi mon rôle en ce moment. J’essaie de bien défendre avec Rabiot, Marquinhos ou Verratti, peu importe qui est à mes côtés, et si on a le ballon on essaie de trouver Neymar ou Mbappé parce qu’ils sont dangereux. Ils peuvent marquer dans n’importe quelle situation…Donc on essaie de trouver Neymar à chaque fois et peu importe à quelle position il joue.

Mbappé a terminé quatrième dans la course au Ballon d’Or, qu’est-ce qu’il lui manque pour remporter le trophée ?

C’est difficile à dire, c’est déjà un joueur de classe mondiale. Mais il a 19 ou 20 ans, donc pour gagner le Ballon d’Or il a besoin de plus d’expérience, il est encore jeune. S’il continue comme ça il le gagnera un jour, c’est sûr. Parce que je n’ai jamais vu un joueur de cet âge jouer aussi bien. Il a déjà gagné la Coupe du Monde donc peut-être….ce serait bien pour nous qu’il gagne aussi la Ligue des Champions. Si vous me demandez, il gagnera la Ligue des Champions et l’année d’après le Ballon d’Or.

Kylian Mbappe Neymar PSG Paris Saint-Germain 2018-19

Justement…Pour vous, qui de Neymar ou Mbappé va gagner le Ballon d’Or en premier ?

Je ne sais pas. Vous savez, ça dépend de la forme, de la saison que vous avez jouée, quelle équipe vous jouez, et aussi parfois un peu de chance. Mais tout ce que je peux dire, c’est que ce sont deux joueurs fantastiques et qu’ils méritent tous les deux le Ballon d’Or un jour. Vous ne savez jamais. Cette année c’était Luka Modric, et personne ne s’y attendait avant la Coupe du Monde donc….C’est une bonne question.

Revenons à vous, vous avez joué 14 matches sur 17 possibles jusqu’à présent. En Allemagne, il y a cette impression que vous ne jouez pas de rôle important au PSG. Est-ce que vous en avez conscience et comment l’expliquez-vous ?

A chaque fois que je retourne en sélection nationale, je ressens que tout le monde pense que je ne joue pas beaucoup au PSG, que je suis toujours sur le banc. Mais je n’y porte pas beaucoup d’attention. Je sais ce que je fais, le club aussi, et le coach me fait confiance, c’est le plus important pour moi. Ce que les journaux racontent ce n’est pas le plus important. Bien sûr, je me rends compte que tout le monde en Allemagne a cette impression. Je suis à Paris depuis deux ans et demi et tout le monde pense que je ne joue jamais et je ne comprends pas pourquoi. Mais vous savez, comme je l’ai dit auparavant, je ne peux pas le changer. Je l’accepte et j’essaie de faire de mon mieux sur le terrain, c’est tout.

Quand vous parlez de ce sentiment, cela ne concerne-t-il que les médias ou également vos coéquipiers ?

Non ce sont les médias. Parce que mes amis dans l’équipe suivent ce que je fais au PSG. C’est pour cette raison que je m’en fiche, je me concentre sur mes coéquipiers, moi-même et je fais de mon mieux. S’ils prennent le temps et regardent les statistiques…Comme vous l’avez dit, j’ai disputé 14 matches sur 17 en Ligue 1 donc parfois c’est un peu bizarre pour moi.

Quand vous jouez au milieu, lequel de vos coéquipiers vous aide le plus dans ce rôle ?

En général, je dirais Marco Verratti parce que c’est un joueur brillant, il ne perd jamais la balle, vous vous sentez bien à ses côtés. Mais cela dépend aussi de l’adversaire. Quand vous jouez contre de grandes équipes, parfois c’est aussi bien de jouer avec Marquinhos, d’autres fois c’est aussi bien d’être sur le banc pour être honnête. Parfois vous jouez avec Rabiot qui est aussi un grand joueur.. donc pour moi ça dépend du match, des adversaires et bien sûr, si vous jouez deux ou trois mauvais matches d’affilée, vous vous retrouvez sur le banc. C’est normal dans les équipes comme celle-là. Quand je joue, je prends du plaisir donc ça n’a pas d’importance de savoir qui joue à mes côtés mais pour moi, tout particulièrement, Marco Verratti est un joueur très spécial.

Quand Thomas Tuchel vous a mis sur le terrain à la place de Rabiot vous avez été performant. Est-ce que ça a été une révélation pour vous ?

J’attendais cette opportunité. Le coach a décidé de me mettre sur le terrain en tant que titulaire à Marseille, j’ai fait de mon mieux, j’ai marqué un but et donc il était difficile pour lui de me sortir de l’équipe. Vous savez, c’est normal dans les matches comme ça. Tout le monde se bat pour sa place, on a de très grands joueurs dans l’équipe et tout le monde pense peut-être qu’il est le meilleur à telle ou telle position. J’ai confiance en moi et je sais que je suis un bon joueur et c’est pour cela que dès que j’ai l’opportunité, je veux montrer aux gens dans le stade, au coach et à tout le monde que je mérite de jouer. À la fin, c’est le coach qui décide ce qui est le mieux pour l’équipe.

Julian Draxler Mesut Ozil Germany

Est-ce que la concurrence est plus difficile sachant que Tuchel aime essayer les joueurs à de nouveaux postes ? Un défenseur peut devenir un milieu par exemple…

De nos jours, on joue plus de 60 matches dans la saison. Donc le coach a besoin d’avoir au moins 15-16 joueurs de haut niveau dans l’équipe. C’est comme cela que fonctionnent les plus grandes équipes en Europe et on a besoin de cela aussi, c’est pour cela qu’on change autant de positions. Tuchel essaie de trouver de nouveaux postes à chaque joueur et c’est normal pour moi. C’est aussi normal de ne pas commencer tous les matches, parfois on est fatigué, blessé, et parfois on ne joue pas bien. Pour moi c’est le fonctionnement normal d’une équipe comme la nôtre. Bien sûr, vous avez toujours deux ou trois joueurs qui sont très très importants comme Neymar ou Mbappé. S’ils sont en forme, ils débuteront toujours parce qu’il y aura toujours un moment dans le match où ils feront la différence et ça, tous les joueurs ne peuvent pas s’en vanter. Je ne suis pas inquiet me concernant car je fais confiance au coach, lui aussi, c’est pour cela que je me sens bien.

L’un des problèmes du PSG était le manque d’automatismes. Le fait que le coach change souvent de schéma tactique d'un match à l'autre, et pendant les matches, ainsi que de XI de départ, n’est-il pas un inconvénient pour créer ce collectif ? 

Si vous jouez des équipes avec des formations différentes alors vous devez vous adapter et changer votre propre schéma tactique. Parfois on joue à 4 défenseurs, parfois 3 ou même 5. Vous savez, ça fait partie du football moderne. Si vous regardez les statistiques, on n’a pas perdu en Ligue 1, seulement à Liverpool en Ligue des Champions. On fait une très bonne saison jusqu’à présent. Pour moi ça n’a pas d’importance de jouer à 3 ou 5 derrière, c’est pareil puisque le plus important c’est de gagner. Je ne ressens pas qu’on n’est pas une vraie équipe, qu’on est nerveux sur le terrain. Je trouve qu’on a beaucoup de confiance et j’espère qu’on va continuer comme ça.

Donc cela ne vous perturbe pas plus que ça de jouer à différents postes, avec différents joueurs à vos côtés ?

Non, pas vraiment. Parfois c’est différent de jouer avec Neymar, Mbappé ou Di Maria sur le côté gauche. Mais si vous êtes un joueur intelligent, vous savez ce que les gens font et surtout ce que vos coéquipiers sont capables de faire. Quand Neymar joue, je lui donne la balle, il essaie de dribbler trois ou quatre joueurs…Si Angel (Di Maria, ndrl) est sur le côté gauche, j’essaie de le trouver sur son pied gauche parce que son droit n’est pas très bon (rires). Si vous avez des joueurs intelligents comme c’est le cas dans notre équipe, alors le schéma tactique importe peu.

Cette année 2018 a été difficile pour la sélection allemande, comment pouvez-vous l’expliquer ? Est-ce le moment opportun pour donner une chance aux jeunes ?

Oui, cette année avec la Mannschaft a été terrible. On a perdu beaucoup de matches, livré une mauvaise Coupe du Monde, on a eu des problèmes dans l’équipe, des difficultés. Avant le Mondial, on a eu des histoires comme celle avec Mesut Ozil et les joueurs d'origine turque de l’équipe. On a été confronté à plein de choses qui ne se sont pas bien passées. J’espère qu’on pourra repartir du bon pied avec une qualification à l’Euro 2020 parce qu’on a été éliminé de l’autre coupe, la Ligue des Nations, en terminant derniers de notre groupe. On doit construire une nouvelle équipe maintenant. Je pense que c’est important de toujours avoir le respect pour les anciens, qui ont maintenant 30-31 ans. On doit les respecter mais c’est aussi important que les jeunes leur mettent la pression et c’est ce qu’on fait en ce moment. Je fais confiance au coach (NDLR : Joachim Löw) et j’espère qu’il va faire du bon travail.

Depuis que vous avez fait votre célébration à Marseille, vous avez une place spéciale dans le cœur des supporters parisiens…

Oui j’ai vu qu’au match suivant, contre Lille, ils avaient reproduit ma célébration en image. Ça m’a rendu fier. Je ne l’ai pas fait spécialement pour les supporters mais quand on a joué à Marseille, ils ont balancé plein de choses sur Neymar, à chaque corner et c’était la raison pour laquelle j’étais énervé après le match. Donc quand j’ai marqué le 2-0, j’ai fait ça.

Julian Draxler PSG

Propos recueillis par Sabrina Belalmi.

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