EXCLU Féminines - Aminata Diallo : "Mon expérience à Utah m'a rendue meilleure"

Commentaires()
Aminata Diallo
De retour en France après quelques mois aux Etats-Unis, la milieu de terrain du PSG Aminata Diallo (25 ans) raconte son expérience au bout du monde.

Aminata Diallo voulait découvrir autre chose. Elle se souviendra de ces quelques mois passés aux Etats-Unis. Prêtée par le PSG à Utah Royals en mars dernier , la milieu de terrain de 25 ans a pu apprécier un autre univers, loin de sa famille et de ses amis. 

Pleinement satisfaite malgré les aléas liés au Covid notamment, l'ex-Guingampaise a vite trouvé ses repères. Aujourd'hui, et à l'heure de faire le bilan, elle estime avoir grandi en tant que footballeuse, mais aussi en tant que femme. Une aventure plus que positive durant laquelle elle a continué à suivre l'actualité de son sport en France.

À lire - Toutes les informations pratiques avant Istanbul Basaksehir-PSG

Goal : Comment s'est passée votre aventure aux Etats-Unis et que retenez-vous de cette expérience ?

Aminata Diallo : Je retiens énormément de bonnes choses. Cette expérience a été bénéfique. Je suis allée chercher certaines choses et je les ai obtenues. Le club a tout fait pour que je me sente chez moi très rapidement. Ce n'était pas facile. J'allais au bout du monde, dans un nouveau cadre de vie, avec une nouvelle langue, une nouvelle philosophie de jeu. Il y avait beaucoup de changements, mais j'ai réussi à m'adapter très vite.

C'était un réel besoin pour vous d'aller découvrir quelque chose de complètement différent ?

J'ai ressenti ce besoin oui. C'était l'occasion pour moi de me mettre dans le dur, d'aller vers la difficulté. J'ai toujours eu besoin de ça pour continuer à avancer. Il fallait que j'aille voir ailleurs pour continuer ma progression.

Qu'est-ce qui vous a le plus surpris là-bas ?

Déjà, la place du foot féminin aux Etats-Unis n'est pas la même qu'en Europe. Les joueuses ont presque les mêmes droits que les garçons, elles sont toutes professionnelles. J'ai été agréablement surprise par l'ambiance familiale qu'il y a là-bas. J'ai adoré la mentalité. On a beaucoup travaillé avec les filles, mais on a aussi passé des bons moments ensemble. Il y avait tout le temps de la positivité, et ça m'a permis de comprendre pourquoi les Américaines ont très souvent un temps d'avance en équipe nationale.

Goal 50 Revealed: The best 50 players in the world

Aminata Diallo Utah Royals

Avez-vous continué à suivre à distance l'actualité du football féminin en France ?

Oui, oui. J'ai même suivi davantage le foot féminin en France que lorsque je suis ici. Malgré le décalage horaire, j'ai observé ce qui se passait au niveau de l'équipe de France, de la D1 féminine, de la Ligue des champions et du foot masculin.

Il ne vous a pas échappé que le PSG a encore échoué face à Lyon. Trouvez-vous tout de même que Paris continue de se rapprocher de l'OL ?

Depuis mon arrivée au PSG en 2016, il y a une certaine continuité. Les écarts sont serrés. Je me rappelle avoir gagné un match aller à domicile avec Patrice Lair comme entraîneur. On était en tête pendant un petit moment. On a rencontré Lyon lors des finales de Coupe de France et de Ligue des champions, où on avait perdu aux tirs au but. L'année d'après, on les a battues en finale de Coupe de France. Les scores sont proches, dans le jeu aussi il ne manque pas grand chose. Mais il manque ce petit truc pour passer devant et gagner des titres, parce qu'à la fin c'est tout le temps elles qui finissent par l'emporter. C'est quand même ce qu'on retient.

Ce petit truc vous l'aviez donc eu lors de la finale de la Coupe de France 2018. Quels souvenirs gardez-vous de ce match et quel avait été ce déclic qu'il faudra retrouver à l'avenir ?

Le contexte nous a beaucoup aidé. Avant le match, les gens se moquaient un petit peu de nous parce que notre coach (Patrice Lair) nous avait quittées deux jours plus tôt. La veille de la finale, je me souviens qu'on avait loupé le train. On était restées à la gare pendant 2-3 heures, mais bizarrement ça nous a donné un truc en plus. Ça faisait quelques temps qu'on travaillait très bien, qu'on avait un effectif qui progressait. Beaucoup de joueuses avaient passé un cap. On avait créé quelque chose, une ambiance qu'on n'oubliera pas. On était surmotivées. Mais les matches de haut-niveau ne se gagnent pas uniquement sur le mental, et ce jour-là on avait aussi réussi à les surprendre tactiquement. On avait joué dans un système inhabituel qu'on avait bien animé. Pendant les trente premières minutes, ça les avait énormément mises en difficulté. J'ai le souvenir d'entendre des Lyonnaises dire "Mais elles jouent dans quel système ?". C'est ça aussi qui a fait pencher la balance en notre faveur.

Retrouver ce côté imprévisible, c'est ça la clé ?

Il faudra forcément les surprendre même si aujourd'hui le PSG et l'OL sont deux équipes qui se connaissent très bien. Ce ne sera pas facile. Mentalement, il faudra peut-être montrer plus de maturité et de caractère, mais le PSG a mûri. Toutes les joueuses ont gagné en maturité. Maintenant, on défend assez bien. En revanche, il est clair que pour les mettre plus en difficulté il faut créer davantage offensivement en améliorant l'animation afin de se procurer plus d'occasions.

Aminata Diallo PS

Lyon fait l'actualité en ce moment avec l'absence d'Amandine Henry en équipe de France. Qu'en pensez-vous ?

Je n'ai pas de commentaires à faire sur l'absence d'Amandine. Elle n'en a pas fait elle-même, donc je ne vois pas pourquoi j'en ferai. Ce n'est pas mon rôle de commenter les choix de la sélectionneure (Corinne Diacre). Que l'on soit d'accord ou non, il faut les respecter. Moi aussi par le passé j'ai été déçue de ne pas être sélectionnée, mais j'ai dû l'accepter.

Est-ce vraiment compliqué d'être coachée par Corinne Diacre ?

Très honnêtement, quand j'ai connu Corinne pendant un an en sélection, ça s'est très bien passé pour moi. Je n'ai eu aucun souci avec elle. Sur le terrain, elle m'a appris certaines choses. Après, c'est le football... Dans chaque équipe, le coach ne ravit pas forcément tout le monde, c'est comme ça. Mais le plus important, c'est de se respecter et de faire en sorte de tirer dans le même sens, car l'objectif aujourd'hui pour l'équipe de France c'est de gagner un titre. On a le potentiel pour. Nos joueuses n'ont rien à envier aux joueuses des autres nations et il faut absolument qu'on avance ensemble.

On parle quand même plus de ce qui se passe en dehors que sur le terrain en sélection, ce n'est pas inquiétant ?

Ce serait malhonnête de dire qu'il n'y a pas de problèmes. Depuis des années, on le voit. Beaucoup de choses sortent dans les médias. Il y a des petits soucis dans cette sélection, et il y en avait déjà avant Corinne. Alors aujourd'hui, oui, on constate qu'il y a des tensions avec certaines joueuses. Maintenant, la Fédération lui fait confiance et pour l'instant elle est là au moins jusqu'à l'Euro. À partir de là, il faut que les joueuses, même si elles ne sont pas d'accord, se disent que la priorité c'est l'équipe de France et gagner des titres. Il faut améliorer cette atmosphère. Dans le cas contraire, on n'arrivera pas à atteindre nos objectifs, ce qui serait dommage vu la qualité de cette équipe.

"Clairement, retrouver l'équipe de France est l'un de mes objectifs à court terme"

Retrouver l'équipe de France pour laquelle vous n'avez plus joué depuis avril 2018 est-il un objectif prioritaire ?

Oui, bien sûr. Clairement, c'est l'un de mes objectifs à court terme. Il y aura l'Euro l'année prochaine, en espérant qu'on ne soit pas dérangés par une épidémie ou des choses qu'on ne maîtrise pas. Derrière, il y aura une Coupe du monde, les JO à Paris. J'ai l'objectif de participer à toutes ces compétitions et je vais faire le maximum pour revenir en équipe de France.

Une de ces compétitions vous motive-elle plus qu'une autre ?

Elles sont toutes agréables à jouer. Après, c'est vrai qu'une Coupe du monde et les JO c'est encore la classe au-dessus par rapport à un Championnat d'Europe. Mais c'est tout aussi agréable et excitant de jouer un Championnat d'Europe. Ce serait une fierté.

En quoi la Covid-19 a-t-il chamboulé vos derniers mois de joueuse professionnelle ?

Mon expérience aux Etats-Unis a été plus courte que prévu. Je devais arriver au mois de mars pour disputer le championnat du mois d'avril au mois d'octobre. En principe, il y a énormément de matches durant cette période, mais avec le Covid le championnat a été annulé. Ils ont essayé d'organiser un tournoi au mois de juillet. Puis on est partis sur quelques matches entre les équipes de l'Ouest et de l'Est. Je n'ai pas vécu la saison comme je l'aurais souhaité. J'ai dû jouer une dizaine de matches officiels et cinq-six matches amicaux. Mais malgré tout, ça a été une superbe expérience qui m'a apporté énormément.

L'article continue ci-dessous

Aminata Diallo PSG

Vous avez le sentiment d'avoir évolué dans certains domaines ?

Clairement, j'ai évolué. Là-bas, l'intensité est incroyable. C'est une autre culture du football. C'est une autre palette dans mon registre. J'avais besoin de retrouver ce que j'avais perdu, c'est à dire de l'intensité dans les courses, dans mon jeu, en me projetant plus vers l'avant. Et là-bas, c'est ça. On va d'une surface à l'autre, il y a beaucoup d'attaques rapides. Physiquement, il y a beaucoup d'engagement. J'ai progressé aussi là-dedans, et même techniquement. Ça va tellement vite, on te presse tellement rapidement qu'il faut être très propre techniquement pour ne pas perdre le ballon. J'ai progressé dans tous les domaines, humainement, en tant que femme aussi parce qu'une joueuse ne se forge pas que sur le terrain. Elle se forge aussi en dehors, et tout n'a pas été facile à Utah. Le propriétaire a eu des problèmes, il doit vendre le club. L'entraîneur et son adjoint ont été virés deux jours avant notre série de matches en septembre. Il y a eu des départs de joueuses, des prêts en Europe ainsi que des blessures. Mais comme je l'ai déjà dit, il y a toujours eu une bonne ambiance entre les filles, et ça m'a permis de travailler sereinement. Le fait d'être toujours positive, de voir les choses du bon côté, n'était peut-être pas très important pour moi avant. Mais aujourd'hui, je peux le dire, c'est très important, et c'est quelque chose qui peut permettre au PSG de gagner des titres parce qu'on a beaucoup de bonnes choses et on ne s'en rend pas toujours compte.

Malgré les difficultés, vous ne retenez que le positif finalement ?

Oui, je pense que ça m'a rendu meilleure, vraiment. J'en suis persuadée et c'est sûr que je vais revenir plus forte.

Comment voyez-vous la suite ?

Mon prêt à Utah était jusqu'au 31 décembre, donc je ne pourrai pas jouer de matches avant janvier. Je vais profiter du temps que j'ai devant moi pour me reposer mentalement et physiquement d'abord, parce que je suis très fatiguée. Puis après, je verrai, mais j'ai de grandes ambitions que ce soit en club ou en sélection. C'est un objectif de retrouver l'équipe de France et de gagner des titres en club. Je vais me préparer pour atteindre ces objectifs.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

Fermer