"J’ai inventé le football et l’ai exporté dans le monde entier. J’ai créé le championnat le plus médiatisé et le plus rentable de la planète. J’ai gagné une Coupe du Monde il y a bien longtemps mais jamais remporté le moindre EURO. Je suis, je suis ?" Pas besoin d’être un champion pour deviner qu’il s’agit de l’Angleterre. Le berceau du ballon rond est même l’équipe qui a participé au plus grand nombre d’éditions sans jamais soulever la coupe.
Mais comment expliquer cette anomalie ? Tout d’abord, l’Angleterre n’aime pas le championnat d’Europe. Parmi les 7 grandes nations du Vieux-continent, elle est celle qui affiche, de loin, le plus faible ratio de victoires, avec à peine plus d’un tiers de succès.
Si les Insulaires rechignent à traverser la Manche, ils auraient pu, ou dû, au moins briller lors de l’édition 1996 organisée sur leur sol. Après tout, n’ont-ils pas décroché leur unique trophée, la Coupe du Monde, devant la jeune reine Elizabeth II trente ans auparavant ?
Mais même « at home », les Three Lions ont été stoppés net dans le dernier carré. Ce qui reste tout de même leur meilleure prestation lors d’une édition, avec 1968. L’Angleterre possédait pourtant l’une des plus fines gâchettes de l’époque, en la personne d’Alan Shearer, meilleur buteur de l’édition (5) et 2e buteur le plus prolifique de l’EURO derrière Michel Platini (9) avec 7 réalisations (5 en 1996, 2 en 2000). Mais celui qui allait devenir le meilleur buteur de l'histoire de la Premier League (260 buts) n’a pas fait le poids contre l’adversaire le plus coriace des Britanniques: le « penalty curse » (malédiction du penalty).

Pour sa première séance en championnat d’Europe, face à l’Espagne en quarts de finale 1996, l’Angleterre avait pourtant franchi l’épreuve avec brio (4-2). Avant de tomber au terme du même exercice face à l’Allemagne, futur vainqueur, en demi-finale. Et de traîner dès lors un stress post-traumatique qui fait d’elle, en compagnie des Pays-Bas, l’équipe qui a perdu le plus de séances de tirs-au-but dans l’histoire du tournoi. Frustrant, surtout lorsque l’on affiche le meilleur pourcentage de tirs cadrés de l’édition 1996 (49.2%).
L’Angleterre a-t-elle laissé passer sa meilleure chance d’inscrire son nom au palmarès de l’EURO ? Peut-être. Elle attend toujours le successeur d’Alan Shearer, qu’elle a cru trouver en Wayne Rooney, 2e plus jeune buteur de l'histoire du championnat d'Europe (18 ans & 7 mois, derrière le Suisse Johan Vonlanthen et ses 18 ans & 4 mois) mais qui n’a pu emmener les siens plus loin que les quarts de finale (2004 & 2012), après avoir même échoué dans la course à la qualification en 2008. Quid de 2016 après un parcours parfait en éliminatoires ?
