ENTRETIEN – Rony Lopes : "J’ai appris à penser un peu plus à moi"

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Auteur de la meilleure saison de sa carrière, Rony Lopes revient sur son parcours et explique les clés de sa transformation à l'AS Monaco.

C’est un matin de brouillard sur le plateau de La Turbie mais rien n’entame la bonne humeur de Rony Lopes. Après une séance collective et un passage aux soins, le petit attaquant portugais nous rejoint et ponctue la plupart de ses réponses par de grands sourires. Pas toutes, néanmoins, car certaines concernent les difficultés de son parcours et ses périodes de doutes. Dans un français impeccable, le joueur de 22 ans retrace le chemin qui l’a amené à devenir cette saison l’un des éléments clés de l’AS Monaco.

Ce n’est pas encore tout à fait l’heure des bilans mais quel regard portez-vous sur votre saison ?

Rony Lopes : Individuellement je pense que c’est une saison très positive pour moi. J’ai réussi à faire de bonnes choses comme mon premier match en Ligue des champions, marquer mon premier but dans cette compétition et être appelé pour la première fois en sélection. J’ai mis des buts et donné des passes décisives aussi donc j’aime bien ma saison même si elle n’est pas tout à fait terminée.

Avec 49 matches joués cette saison vous êtes le joueur le plus utilisé de l’effectif, le saviez-vous ?

Ah non je ne le savais pas ça ! Je me prépare pour jouer chaque match et être celui qui en a le plus joué c’est très bien pour moi. Ça faisait quelques saisons que j’avais des problèmes de blessures donc c’est beau pour moi de pouvoir beaucoup jouer aujourd’hui. J’ai réussi mes objectifs de la saison, maintenant il faut les augmenter. Je suis comme ça, à chaque début de saison je me fixe des objectifs et je fais tout pour les atteindre.

Vous êtes parti très jeune de Benfica pour Manchester City avant d’être prêté à Lille, acheté par Monaco puis de nouveau prêté avant de pouvoir jouer en Principauté. À un moment, vous-êtes vous dit que votre parcours ressemblait à celui d’un jeune talent parti trop tôt ?

Quand je suis parti de Benfica, je savais que j’étais trop jeune. Mais au Portugal c’est un peu spécial parce que quand tu es jeune et que tu signes un contrat professionnel, c’est plus difficile après de partir. J’ai eu une opportunité à 15 ans avec l’intérêt de Manchester City et j’ai pensé que c’était bien pour moi. Et franchement ça l’était, j’ai appris plein de choses. C’est bien d’avoir quitté le pays assez jeune, j’ai pu connaître deux championnats professionnels et je ne le regrette pas.

Quand les gens parlent de vous comme un phénomène alors que vous n’avez que 15 ans et que la suite du parcours se révèle plus compliquée que prévu, y a-t-il des moments délicats à gérer ?

Pour moi le plus dur, c’était les blessures. Je sais ce que les gens se sont dits me voyant partir à 15 ans à Manchester City,  ils s’imaginaient que je serai titulaire à 17 ou 18 ans. C’est vrai, j’ai vu ce genre de commentaires mais je suis toujours resté tranquille parce que je savais que c’était compliqué avec tous ces joueurs d’expérience. Ensuite, peut-être que beaucoup ont pensé que rejoindre Lille était une mauvaise chose mais moi j’y ai vu une opportunité pour apprendre et c’est ce que j’ai fait. J’avais toujours ma famille et mes amis avec moi, ils m’ont beaucoup aidé et moi je n’ai pas baissé la tête.

Tout le monde est unanime pour dire qu’aujourd’hui vous êtes devenu un autre joueur. Quelle importance ont eu ces expériences dans votre évolution ?

Je pense que ces expériences ont été importantes. Le fait d’avoir commencé à jouer avec Manchester City trop jeune m’a beaucoup aidé. Après, j’ai travaillé. Je pense aussi que je n’ai pas pu montrer mon niveau lors de ces saisons là à cause des blessures. Mais j’ai aussi appris à faire avec ça. Maintenant je connais mon corps, je sais ce que je dois faire. J’ai progressé sur ces choses et c’est ce qui fait qu’aujourd’hui je peux faire une bonne saison.

Votre parcours fait que pour la plupart des gens vous considère comme un joueur aguerri. Pourtant vous n’avez que 22 ans. Vous considérez-vous encore comme un jeune joueur ?

Oui je suis encore un jeune joueur. J’ai encore beaucoup de choses à apprendre, ça c’est sûr. J’en ai beaucoup appris cette année. Il y a quelque temps quelqu’un au Portugal m’a dit la même chose : « On entend parler de Rony depuis plusieurs années mais il est encore jeune, il n’a que 22 ans, quand même ! » Et c’est vrai que certaines personnes entendent parler de moi depuis que j’ai 15 ans donc ils considèrent que je suis un joueur d’expérience maintenant. J’en ai un peu, mais j’ai encore beaucoup à apprendre.

Cette saison est aussi inégale pour vous avec une première partie de saison plus discrète jusqu’à décembre (3 buts et 6 passes D contre 12 buts et 3 passes D en 2018). Avez-vous eu un déclic ?

Depuis le début de saison je savais sur quoi je devais progresser. Je savais que j’avais déjà fait de bons matches mais aujourd’hui, si tu ne marques pas ou ne fais pas de passes décisives personne ne parlera de toi. C’est pour ça qu’en début de saison j’ai essayé de voir ce que je ne faisais pas bien et pourquoi je ne marquais pas. J’ai travaillé avec le coach et avec une coach mental. Jusqu’à maintenant 2018 est une année magnifique pour moi. Même si je ne suis pas un attaquant, je veux être un joueur qui marque des buts et qui fait la différence. Je suis content de le faire en ce moment.

On note que vous étiez davantage passeur que buteur et que la tendance s’est inversée. Est-ce le fruit d’un travail particulier ?

Oui, quand j’ai commencé à travailler avec la coach mental on s’est rapidement dit que je pensais trop aux autres et que je donnais tout le temps le ballon même dans des situation où je pouvais marquer. Je pense que j’ai progressé là dessus. Bon, du coup je ne fais plus beaucoup de passes décisives même si j’en ai fait quelques unes. Je ne suis pas égoïste mais j’ai appris à penser un peu plus à moi sur le terrain.

Renato Paiva, votre ancien entraîneur au Benfica, disait ceci à Goal il y a quelques mois : "Leonardo Jardim est convaincu du potentiel de Rony. Il travaille avec lui pour qu’à partir de sa position d’ailier, il se retrouve plus souvent dans la surface. Avec nous il jouait derrière l’attaquant parce qu’il a une grande capacité à marquer des buts. Quand il l’aura exploitée, il sera à maturité". Qu’en pensez-vous ?

Oui c’est vrai. À Benfica je jouais derrière l’attaquant, au poste que je préférais parce que j’avais la liberté de bouger partout sur le terrain. Avec le coach Jardim on a travaillé sur le problème que j’avais de ne jamais rentrer dans la surface. Il m’a simplement fait comprendre que pour marquer plus il fallait être plus souvent dans la surface. C’est aussi pour ça que je marque plus désormais, grâce à mon placement.

Vous dîtes "c’est aussi pour ça" que vous marquez davantage désormais. Y a-t-il un autre paramètre ?

Je pense que les blessures m’ont fait perdre un peu de confiance en moi. Je savais que j’étais capable de faire beaucoup de choses mais c’était comme si… (il réfléchit). Comme si j’étais arrivé là (il place sa main à une certaine hauteur), que je me savais capable d’aller jusque là (il place sa main deux crans plus haut) mais que je n’arrivais pas à faire le chemin. J’ai cherché le problème et je l’ai identifié. Depuis j’ai travaillé dur avec Monaco, avec la coach mental et j’ai repris confiance en moi. En football, la confiance fait toute la différence.

Des 5 grands championnats européens, vous êtes le meilleur buteur portugais derrière Cristiano Ronaldo. C’est une belle statistique…

Oui j’ai vu ça sur internet (rires). C’est une belle chose pour moi. Tout le monde connaît Cristiano. Être le deuxième buteur portugais derrière lui c’est magnifique et je suis très content.

Propos recueillis par Julien Quelen, au centre d'entraînement de l'AS Monaco. 

 

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