ENTRETIEN - PSG-Bayern, Daniel Hechter : "Une finale, ça ne se joue pas, ça se gagne"

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Daniel Hechter PSG
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Figure emblématique du Paris Saint-Germain, l'ancien président Daniel Hechter se confie à Goal avant la finale de dimanche face au Bayern Munich.

En 1973, l'homme d'affaires Daniel Hechter reprenait le Paris Saint-Germain alors en troisième division. Un virage historique pour le club avec la consitution d'une section professionnelle, et sa promotion quasi-instantanée en première division. Aujourd'hui, l'ancien président emblématique du PSG s'apprête à vivre une finale de Ligue des champions dans la peau d'un observateur amoureux de son club. Il se confie à Goal avant le PSG-Bayern de dimanche (21 h).

Cela vous fait quoi de voir le PSG en finale de la Ligue des champions ? Vous en rêviez ?

Daniel Hechter : Je suis vraiment heureux que le PSG soit en finale, mais une finale ça ne se joue pas, ça se gagne. Quand j'ai monté le club, j'avais l'espoir que cela arrive. C'est le rêve de tout créateur de club d'aller au bout d'une compétition comme la Ligue des champions. L'émotion de la demie est retombée, j'attends la finale maintenant. J'espère qu'on va la gagner même si je sais que ce sera difficile. Avec son attaque, le PSG est capable de tout, mais je pense surtout que c'est l'équipe qui aura la maîtrise du milieu de terrain qui l'emportera.

Vous avez d'immenses souvenirs avec le PSG. Ce genre d’épopée vous rappelle-t-il des moments en particulier ?

La montée en première division a été un exploit extraordinaire. On est montés en D1 dès notre première saison en D2, avec des juniors, des amateurs et seulement trois joueurs professionnels ! C'était une aventure fabuleuse, une histoire d'hommes. L'année d'après, on disputait une demi-finale de Coupe de France. On devait battre Lens pour se qualifier en finale et être automatiquement européen, mais malheureusement on a été battus dans les dernières minutes. Il nous manquait sept joueurs ce jour-là. Ça a peut-être été le moment le plus dur à vivre pour moi qui aurais tant aimé qu'on soit européen dès notre première année en première division.

"Neymar, Mbappé, Di Maria : le PSG a la meilleure attaque qu'aucun club n'a jamais eue"

Si le PSG venait à remporter la Ligue des champions dimanche, ce serait un petit peu votre titre aussi ?

Oui et non. En 50 ans, de l'eau a coulé sous les ponts. Mais en effet, ce serait une grande joie de voir ce club, qui était un petit club populaire au départ, continuer à grandir en remportant sa première Ligue des champions.

Le fait que cela arrive l'année des 50 ans du PSG donne aussi une portée symbolique.

Peut-être, mais c'est aussi un hasard. Je suis très excité parce que le PSG a la meilleure attaque qu'aucun club n'a jamais eue. Neymar, Mbappé et Di Maria, c'est quand même extraordinaire. Mais je vous dis, il faudra avoir la maîtrise du jeu et dominer le match. Le Paris Saint-Germain sait le faire, mais il ne faut pas oublier que le Bayern a une énorme expérience de ce genre de rendez-vous. C'est un vrai grand club, ce n'est pas n'importe quoi.

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Daniel Hechter PSG

Neymar est à un match de gagner la Ligue des champions avec le PSG. Il est venu pour faire passer ce cap à Paris. Est-ce l'un de vos chouchous ?

Ce n'est pas mon chouchou, mais c'est un grand joueur. Mbappé est aussi un grand joueur, même chose pour Di Maria. Le Paris Saint-Germain a une chance de gagner cette finale, mais la chance il ne faudra pas la rater.

Ce serait aussi un aboutissement dans l'ère qatari de remporter ce titre. Cela vous inspire quoi ?

Rien de spécial.

"Les dirigeants actuels ne tiennent pas beaucoup compte du passé, Leonardo est une exception"

Comment avez-vous accueilli l'arrivée de QSI en 2011 ?

Ce qui manquait au PSG, c'était le nerf de la guerre. Les Qataris ont amené l'argent qu'il fallait et la première équipe constituée a vraiment apporté quelque chose. Leonardo y était pour beaucoup, et quand il est parti ça a flotté. Il n'y avait pas de directeur sportif. Il n'y avait plus de lien entre les dirigeants et l'équipe.

Leonardo est revenu l'an dernier justement. Trouvez-vous que le club met suffisamment l'accent sur ses historiques ?

Pas assez selon moi. Il y a quand même d'anciens grands joueurs du Paris Saint-Germain qui auraient pu soutenir, aider et travailler dans le club, comme ça peut être le cas au Bayern. Leonardo est une exception, mais je pense que Carlos Bianchi ou Bernard Lama par exemple sont d'anciens joueurs qui pourraient avoir une place.

Paris doit passer par là selon vous pour devenir définitivement un très grand club ?

Un grand club, c'est un club qui a une âme. C'est un club qui a un passé. Et malheureusement, les dirigeants actuels ne tiennent pas beaucoup compte du passé. Mais je crois quand même que le PSG frappe à la cour des grands. Maintenant, il faut gagner cette Ligue des champions.

Vous avez parlé de Leonardo, mais pas du président Nasser Al-Khelaïfi. Qu'en pensez-vous?

Je n'ai rien contre lui. Il fait son travail même s'il n'est pas autant impliqué que d'autres présidents. Je pense à Aulas à Lyon ou le président de Lens à l'époque (Gervais Martel). C'est différent.

"Je regrette de ne pas avoir été invité à cette finale..."

Cette saison, le PSG a fait le choix de rééditer le maillot historique du club, souvent appelé "maillot Hechter". Ça vous fait quelque chose ?

Ça me fait plaisir, oui, mais ce qui me fait surtout plaisir c'est qu'ils n'ont pas réédité ce maillot pour me faire plaisir à moi. Ils l'ont fait pour les supporters qui le réclament. Quand j'ai monté le club, peu importe si on jouait bien ou mal, si on gagnait ou on perdait, il y avait une âme. Just Fontaine, qui m'a aidé à monter le club, incarnait ça aussi. Je me souviens d'un avant-match contre Sochaux. Il avait regardé les joueurs et il leur avait dit : "je ne vais pas passer par quatre chemins pour vous motiver. Vous allez vous dépouiller parce que le président est dans la merde". Et on a tout de suite senti cette grinta sur le terrain. Les joueurs voulaient tout donner, c'était ça notre image.

Sentez-vous que l'équipe actuelle du PSG à une âme ?

En tout cas, on sent que c'est une bonne bande de copains. Autant l'année dernière, on pouvait croire qu'il y avait des clans entre les Brésiliens, les Argentins, etc... Là, on sent qu'il y a une joie de vivre, il y a une envie de jouer et gagner ensemble. C'est peut-être comme ça qu'une âme se recrée.

Peut-on savoir où vous allez vivre cette finale ?

Je serai à Saint-Tropez, chez moi, avec de la famille et des amis. Je regrette de ne pas avoir été invité à cette finale, mais bon... 

Le PSG a le droit à 25 "invitations" selon l'UEFA.

Ça veut dire alors que je ne fais pas partie des 25 personnes les plus importantes... Au moins, en 1996, pour la finale de la Coupe des coupes, Michel Denisot m'avait invité. Mais c'est comme ça, vive le Paris Saint-Germain quand même.

Propos recueillis par Benjamin Quarez

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