ENTRETIEN - Faitout Maouassa (Nîmes) : "J'ai retrouvé de vraies sensations cette saison"

Commentaires()
Le latéral gauche de Nîmes, prêté par Rennes, tire un premier bilan positif de sa saison. Il croit en ses chances de disputer l'Euro Espoirs cet été.

Il a quitté la Bretagne pour le Sud de la France l'été dernier. Prêté sans option d'achat à Nîmes par le Stade Rennais, Faitout Maouassa (20 ans) s'est remis d'aplomb avec un temps de jeu à la hauteur de ses attentes. Une saison qui lui a permis de retrouver ses sensations au poste de latéral gauche qui n'était pas nécessairement le sien à Rennes. En milieu de semaine, il nous a accueilli chez lui. Une interview pleine de sincérité où il revient sur ses moments difficiles. Il remercie ses partenaires et le staff de Nîmes, avec l'espoir maintenant de bien terminer la saison pour convaincre Sylvain Ripoll de le convoquer pour l'Euro Espoirs.

Vous n'aviez jamais joué autant sur une saison en Ligue 1 (23 matches, 1 778 minutes de temps de jeu). Nîmes étant maintenu, quel bilan tirez-vous de cette saison en prêt ?

Faitout Maouassa : J'ai beaucoup joué à Nîmes, et c'est vrai que je n'avais encore jamais joué autant sur une saison. C'est quelque chose qui fait du bien. Ici, j'ai retrouvé de vraies sensations dans une très bonne équipe. Je sens que j'ai progressé.

Quelles sensations vous procure ce retour en pleine lumière avec le Nîmes Olympique ?

C'est incroyable. Ça fait tellement de bien de faire ce qu'on aime. C'est pour jouer dans de beaux stades, avec de bons supporters, contre des grands joueurs que je suis devenu footballeur, et le fait de retrouver ça cette saison m'a permis de reprendre confiance en moi.

On a l'impression de vous voir jouer depuis des années, et pourtant vous n'avez pas encore 21 ans. Comment avez-vous géré les moments difficiles à Rennes et avez-vous doûté ?

Forcément, il y a une période où on doute, où on se dit qu'on est passé du coq à l'âne pour le coup. Je suis arrivé en juin, j'ai été transféré pour 7 millions. On parlait beaucoup de moi, j'étais jeune, je n'avais pas encore 19 ans. C'était très compliqué, mais mon entourage, ma maman, mon frère et mes sœurs étaient là. Ils m'ont beaucoup aidé.

Avez-vous senti le poids des 7 millions d'euros de votre transfert ?

Pas vraiment. Au début, ça se passait super bien. Le coach Christian Gourcuff me faisait confiance. L'ancien président René Ruello me mettait aussi en confiance. Ce qui fait qu'à la préparation d'avant-saison, je me sentais super bien, mais après ça s'est compliqué. J'ai eu des problèmes familiaux, c'était dur et tout m'est revenu en pleine figure, dont les 7 millions d'euros. On attendait beaucoup de moi et je n'ai pas pu répondre aux attentes.

Pensez-vous avoir grandi par le biais de ces événements sportifs et extrasportifs ?

Oui, je pense que ça m'a beaucoup aidé à grandir. Et comme je le disais, le fait que ma maman, mon frère et mes sœurs soient toujours là, qu'ils ne m'aient pas lâché, m'a aussi permis de gagner en maturité.


"Le foot, c'est ce que j'aime le plus, je ne pouvais pas lâcher"


Qu'avez-vous trouvé à Nîmes que vous n'aviez pas au Stade Rennais ?

Déjà, du temps de jeu (sourire). Mais aussi un groupe... Je ne dis pas qu'à Rennes il n'y avait pas un groupe. Mais ici, c'est différent. C'est une bande de copains que j'ai rejoint, ça se sent sur le terrain. Ils se battent les uns pour les autres.

Doit-on en déduire que vous n'avez pas toujours eu le soutien que vous espériez à Rennes ?

Au niveau des joueurs ? Non, non... Je ne peux pas oublier les joueurs de Rennes. Je m'entends avec beaucoup d'entre-eux, et là-bas je peux dire aussi qu'il y avait un bon groupe, mais à Nîmes la plupart ont été formés dans le même club. Ils ont grandi ensemble dans le milieu professionnel et ça se voit.

Pensez-vous avoir votre part de responsabilité dans la période creuse que vous avez connu à Rennes (53 minutes en Ligue 1 sur la phase retour l'an dernier) ?

Bien sûr. Il n'y a pas que le staff et les autres. Il y a aussi moi... Je suis passé par une période où j'ai lâché, où je sentais que je ne pouvais pas faire mieux. C'était trop dur pour moi, mais j'ai essayé de me reprendre. Je suis allé chercher du temps de jeu avec la réserve, même si c'était compliqué, parce que le football c'est ce que j'aime le plus. Il ne fallait pas que lâche et je me suis accroché.

PS Maouassa

Aujourd'hui, vous jouez au poste de latéral gauche alors qu'à Rennes vous étiez arrivé comme ailier. Votre regard sur cette problématique a-t-il évolué ?

J'ai été formé comme latéral droit à Nancy, et là je retrouve ce poste de latéral gauche que j'occupais en sélection de jeunes. Pour moi, je suis meilleur à ce poste. Ça me permet de partir de plus loin, et je pense que c'est là que j'ai fait mes meilleurs matches.

Pourtant, quand Christian Gourcuff vous fait venir à Rennes, c'est bien pour jouer ailier gauche, et ça vous avait séduit. Qu'est-ce qui vous a fait changer d'avis ?

Au milieu, je n'étais pas suffisamment en mouvement. Ce n'était pas mon jeu, et ça m'a porté préjudice puisque d'autres joueurs plus toniques ont pris ma place. Au poste de latéral, je dois être beaucoup plus en mouvement. On connaît les latéraux modernes. Ils montent beaucoup, et c'est ce que j'aime le plus.

Sabri Lamouchi pointait du doigt vos carences défensives. Avez-vous l'impression d'avoir progressé dans ce domaine et comment avez-vous travaillé cela ?

J'ai beaucoup travaillé sur les replis défensifs. C'est important aussi pour nous les latéraux parce qu'on monte beaucoup. En arrivant à Nîmes, j'ai demandé au staff de m'aider à m'améliorer sur ça et ils l'ont très bien fait.


"J'ai beaucoup progressé à Nîmes, après on verra..."


De quelle manière ? Y'a-t-il des gens que vous aimeriez remercier à Nîmes ?

Oui, le préparateur physique, surnommé "Cha" (rires). Et tout le staff, parce qu'à mon arrivée à Nîmes j'étais un peu enrobé et ils m'ont aidé à perdre du poids. Ils m'ont donné un programme de musculation, avec des entraînements spécifiques, et aujourd'hui ça m'aide beaucoup.

Combien de kilos avez-vous perdu ?

Deux kilos... Et ça fait une vraie différence.

On a toujours dit que vous alliez à 100 000, mais on a aussi souligné votre nonchalance. Pensez-vous encore devoir progresser sur cet aspect ?

Je dois encore évoluer là-dessus, c'est sûr. Un jour ou l'autre, je tomberai sur une personne qui court plus vite que moi, et là je ne serai pas bien. Cette saison, j'ai un peu gommé cette nonchalance, mais il faut vraiment que je travaille sur ça.

Vous voir rester à Nîmes cet été, est-ce quelque chose d'envisageable en dépit du fait que le club n'a pas d'option d'achat ?

Ce sont des choses que je ne maîtrise pas. Ce qui est sûr, c'est que j'ai beaucoup progressé avec ce groupe. Et vu notre saison, ce sera compliqué pour certains de rester, mais quoi qu'il arrive j'aurais vécu une saison magnifique.

PS Rennes

L'hiver dernier, vous avez montré votre attachement au club en refusant de partir malgré les intérêts de Newcastle et de Nice notamment. Ça valide l'idée que vous vous plaisez ici, non ?

C'était flatteur, ça venait valider de bonnes performances. Mes coéquipiers m'ont beaucoup aidé pour que je sois performant et c'est pour eux aussi que j'ai voulu rester à Nîmes. Mais pour la suite, je ne sais vraiment pas ce qui se passera.

Quid de Rennes, avec qui vous êtes sous contrat et qui est qualifié en Coupe d'Europe ? Avec les possibles départs de Baal, Zeffane voire Bensebaini, vous imaginez-vous là-bas la saison prochaine ?

Ça va dépendre du coach. S'il compte sur moi, j'y réfléchirai, mais dans tous les cas je serai obligé de revenir à Rennes et j'en parlerai avec lui sur place.

En avez-vous déjà discuté avec Julien Stephan et la direction du Stade Rennais ?

Je parle beaucoup avec le Président (Olivier Létang). J'ai aussi vu le coach quand ils sont venus à Nîmes. On s'est parlés, on verra bien.


"L'Euro Espoirs ? J'y crois fortement !"


Olivier Létang avait lui-même mis son veto suite à l'offre de Newcastle cet hiver. Ça aussi, c'est un geste fort.

Ça montre qu'il compte sur moi, et forcément ça fait plaisir.

Le Stade Rennais a connu un grand moment le week-end dernier en remportant son premier titre depuis 48 ans. Comment avez-vous vécu cette victoire ?

J'étais en mise au vert. On était dans la chambre avec Paul (Bernardoni) et je lui ai dit "franchement, si ça va aux tirs au but, je suis sûr que Rennes va gagner". Au final, c'est ce qui s'est passé et je suis vraiment content pour eux. Je tiens à les féliciter, en particulier James (Lea Siliki) parce que je pensais qu'il allait rater son penalty (rires). Non, je rigole ! Juste, félicitations, et c'est de bon augure pour la suite.

Paul Bernardoni, justement, ambitionne de disputer l'Euro Espoirs (du 16 au 30 juin). Vous croyez en vos chances aussi ?

J'y crois fortement. J'ai beaucoup joué cette saison et je sais qu'il y a de la place au poste de latéral gauche. J'espère vraiment faire partie de ce groupe.

Sylvain Ripoll vous a-t-il contacté ?

Je n'ai pas eu de contacts particuliers avec le sélectionneur. Je pense qu'il a beaucoup parlé avec l'entraîneur de Nîmes, Bernard Blaquart. Ils ont dû avoir pas mal d'échanges, mais de mon côté je n'ai pas eu de contacts.

Le week-end dernier, Nîmes a sombré à Lille (5-0). Un match que vous avez débuté sur le banc. Il ne faudrait pas que ça se reproduise afin de mettre toutes les chances de votre côté pour le Championnat d'Europe.

Je ne sais pas si ça se jouera sur les derniers matches. Je pense que toute la saison sera prise en compte, mais c'est vrai qu'il nous reste quatre gros matches contre Monaco, Reims, Guingamp qui joue le maintien, et Lyon. Il va falloir bien finir la saison.

Propos recueillis par Benjamin Quarez, à Nîmes.

Fermer