Le 26 mars dernier, lors de la séance de questions au gouvernement, le député Sacha Houlié a interpellé l'Assemblée Nationale sur les conditions des supporters en France en 2019. Le député La République En Marche, élu dans la Vienne, a notamment insisté sur les questions de l'utilisation des fumigènes et les interdictions administratives de déplacements. Joint par Goal, il a accepté de se pencher sur les multiples sujets qui touchent les supporters tout en évoquant les mesures possibles afin de faire bouger les lignes.
Goal : Vous êtes monté au créneau à l’Assemblée Nationale la semaine dernière face à la sévérité des autorités vis-à-vis des supporters, pourquoi cette prise de parole ?
J’ai été alerté par le fait que le Premier ministre a fait état des lois de sécurité intérieure. Si je n’ai pas d’états d’âme pour les casseurs, on n’a pas fait l’état des lieux pour les supporters de football, avec toutes les interdictions administratives de stade et de déplacement. J’ai décidé de prêcher dans le désert car ce sont des questions connues des supporters mais très peu chez les politiques. Il y a une partie des parlementaires qui n’y connaissent rien, c’est vrai. La ministre des Sports a choisi d’ouvrir des groupes de travail pour voir ce que l’on peut modifier dans la législation, notamment des fumigènes, je pense que c’est une bonne avancée.
On rappelle qu’à ce jour, les fumigènes sont justement interdits dans les stades…
Je plaide pour que l’on puisse en faire usage dans un stade encadré et que les associations de supporters gèrent ça. Il faut que l’on arrête d’être hypocrite sur ce sujet. Il y a des fumigènes froids qui brûlent beaucoup moins par exemple. Il y aura malgré tout des gens qui le feront de manière libre, sans que ce soit régulé. Il faut s’occuper de ce contingent-là.
Les tribunes debout peuvent-elle signifier une avancée concrète pour une meilleure organisation dans les stades ?
Il y a des expérimentations à Amiens, Lens, Sochaux et Saint-Étienne. On a eu les premiers résultats et ils sont plutôt bons. C’est du confort pour les supporters en virage car ces tribunes sont aménagées. Nous sommes à un état embryonnaire de ce dispositif. Tous les clubs ne sont pas intéressés. Ce n’est d’ailleurs pas autorisé en Coupe d’Europe, à part au Celtic Glasgow et dans certains stades allemands. Ces tribunes spécifiques relèvent de la responsabilité de chacun. Si on réussit, les pouvoirs publics auront encore plus envie de collaborer.
PanoramicQuelle vision doit-on avoir en France selon vous pour les supporters ?
On doit commencer par les écouter. Il y a souvent des relations conflictuelles avec les directions des clubs, la LFP et les pouvoirs publics. Les épisodes de 2006 et 2010 au Parc des Princes ont marqué les esprits. Tout n’est pas permis, ce n’est pas la loi de la jungle mais ce n’est pas pour autant qu’il faut tout interdire.
"Il y a eu une pacification des supporters, mais maintenant il faut organiser."
Comment réconcilier selon vous les supporters, notamment les ultras avec les autorités ? Il faut plus de dialogue ?
On a une instance qui doit fonctionner, c’est l’Instance nationale du supportérisme. Je ne peux présumer mais je pense que les choses bougent car il y a un cadre. Moi, je n’ai pas à dire en tant que député ce qu’il faut faire, par contre réunir et plaider des causes, ça oui. C’est ce que j’entends faire. Ce n’est pas évident car pour les préfets il y a eu une pacification des supporters, mais maintenant il faut organiser. C’est un peu ce qu’il s’est passé au PSG après le Plan Leproux. Le processus est assez lent et il faut plus d’éléments tolérés. On est à une période où tout avance.
Les arrêtés préfectoraux n’ont pas cessé de se multiplier depuis plusieurs mois, pourquoi les supporters représentent-il autant d’attention?
Il faut d’abord dire une chose qui inquiète le ministre de l’Intérieur et c’est un fait : il y a un épuisement des forces de polices à travers le mouvement des gilets jaunes. Cependant, quand on voit 10 à 50 personnes qui se déplacent, nous devons être capables de pouvoir encadrer un déplacement. Je ne comprends pas qu’en Angleterre et en Allemagne on puisse avoir plus de 5000 supporters qui se rendent à l’extérieur sans crainte. Il y a probablement là-dessus un défaut de culture du supportérisme en France. Les gens ne se déplacent pas pour faire suer la police mais bien pour encourager leur équipe.
Getty ImagesIl y a aussi l’histoire des chants homophobes qui a interpellé la ministre des Sports, Roxana Maracineanu...
Politiquement on doit le condamner, tout ce qui est homophobe, raciste et antisémite ça ne peut pas exister. On peut par contre trouver des fausses réponses à des vrais problèmes. Si on verbalise tous ceux qui reprennent ces chants, on n’y arrivera pas. Il faut trouver des réponses convaincantes et que l’on peut appliquer.
Êtes-vous optimiste pour l’avenir ?
Je sens que ça bouge, que certaines personnes veulent avancer. Cela dépendra d’où on veut placer le curseur. Certains veulent tout supprimer, au prétexte que cela n’a pas fonctionné mais on prend le sujet à l’envers. Je sens que l’on tient le bon fil.




