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Euro 2016, Croatie, l’empire du milieu

Après une première copie très séduisante contre la Turquie (1-0), plus encore dans le contenu que dans le résultat, la Croatie a dû concéder un match nul contre la République tchèque (2-2). Cette petite désillusion la place dans une posture assez inconfortable pour le dernier match de ce premier tour contre l’Espagne, déjà qualifiée, et impressionnante, elle aussi. Mais même avec l’absence probable de Luka Modric, victime d’un problème musculaire, l’équipe d’Ante Cacic a pourtant les atouts pour inquiéter la Roja. Son milieu est d’une densité rare.

Un système pour valoriser le milieu

L’organisation tactique de la Croatie résume à elle-seule la variété et l’influence de ses milieux. Articulée en 4-2-3-1, l’équipe s’appuie sur un Luka Modric positionné à un poste de meneur reculé pour optimiser la qualité de son jeu long. Le joueur du Real est associé au milieu défensif de la Fiorentina, Milan Badelj, dont l’abattage est précieux. Plus haut, Ivan Perisic et Marcelo Brozovic sont tout aussi utiles pour plonger sur les ailes et créer des brèches, ou être à la finition. Ivan Rakitic, lui, évolue dans un rôle de meneur axial avancé. Son poste est inhabituel – même s’il l’avait occupé à Séville – mais il le met autant en valeur.

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Statistiques en Liga d'Ivan Rakitic et Luka Modric cette saison.

Rakitic et Modric sont deux leaders techniques incontournables de cette sélection, et ce n’est pas un hasard si ces deux rivaux en Liga se partagent les responsabilités. Mardi, Luka Modric devrait être absent, mais les possibilités restent nombreuses. Même si en Croatie, le métronome du Real est très attendu. "Les supporters ici attendent beaucoup quand il joue pour la Croatie", souligne Ante Buskulic, journaliste pour Goal Croatie. "Ils veulent qu’il gagne le match à lui-seul parce qu’il est un joueur du Real. Quand il ne joue pas comme il a joué contre la Turquie, il est critiqué".

Aux bons souvenirs du Mondial 98…

Niveau popularité, Modric ou Rakitic ne sont pas aussi reconnus que d’anciennes gloires locales. Question de tempérament. Ante Buskulic toujours. "Il est à noter qu’à l’exception des enfants – qui portent d’avantage leurs maillots – Modric et Rakitic ne sont pas aussi populaires que des idoles comme Boban et Suker. Modric est très timide et parle rarement dans les médias. Rakitic, lui est plus ouvert aux médias et plus avenant, mais on est loin de Boban ou Suker…".

La dernière fois que la Croatie a foulé les pelouses de l’Hexagone pour un grand tournoi, c’était en 1998. Elle comptait dans ses rangs les Boban, Prosinecki ou Asanovic, preuve que la richesse de son milieu a quelque chose de culturel. Mais cette génération-là avait réalisé une prouesse en terminant troisième du Mondial remporté par les Bleus. Ce type d’épopée fait l’histoire d’un peuple. La Croatie actuelle n’en est pas encore là, mais les comparaisons pleuvent déjà, même si le contexte n’est pas tout à fait le même.

Croatie 1998Getty

1998 - La "dream team" : Ladic, Bilic, Stimac, Stanic, Soldo, Asanovic (en haut). Boban, Jarni, Prosinecki, Suker, Simic (en bas).

Quelles solutions sans Modric ?

Pour continuer sa route avec une voie dégagée, la Croatie aura besoin de passer ce dernier obstacle en évitant un revers contre l’Espagne. Le temps presse déjà pour Luka Modric, 30 ans. Le milieu regardera certainement ce choc depuis les tribunes. Ante Cacic trouvera-t-il une alternative ? Qu’il altère son système ou pas, le sélectionneur a plusieurs options envisageables. Sa dernière carte est celle de la jeunesse. Une génération dorée à laquelle appartiennent Mateo Kovačić (22 ans) et le tout jeune Ante Coric (19 ans). Élégants, clairvoyants, ces valeurs montantes du football croate peuvent aussi prendre la lumière dans cet Euro. Rakitic pourrait ainsi redescendre d’un cran et laisser sa place à un des deux milieux.

"Les gens voient vraiment Kovačić comme un top joueur en Croatie. Mais pour cela, il doit jouer... Et dans cette optique probablement quitter le Real. Pour Coric, nous croyons aussi qu'il est promis à une grande carrière, et les deux sont comparés à Modric, en raison notamment de leur morphologie : ce sont deux joueurs frêles et petits", conclut Ante Buskulic. Dans le même style, Alen Halilović, petite perle du Barça prêté cette saison au Sporting Gijón, est resté à la maison. Son absence de la liste des 23 n’est pas passée inaperçue. Cette abondance de biens dans cette zone se marie à la philosophie d’une équipe joueuse, orpheline de son stratège, mais qui a les armes, en attendant les prochaines conquêtes, pour trouver le juste milieu. 

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