Phil Neville Jill Scott England 2019

Coupe du monde féminine - Angleterre, la rédemption de Phil Neville

"Vous les femmes, vous avez toujours voulu l'égalité, jusqu'à ce qu'on parle de payer les factures. Hypocrites." Ces propos tenus en 2012 par Phil Neville sur son compte Twitter avaient provoqué la colère de nombreuses supportrices anglaises, quelques jours après la nomination de l’ancien défenseur de Manchester United à la tête des Three Lions féminines. Janvier 2018, la polémique enfle concernant le cas du frère de Gary Neville. On remonte à la surface plusieurs déclarations qui font tâche. "J'ai pensé que les femmes étaient occupées à préparer le petit déjeuner, à s'occuper des enfants, ou à faire les lits." Ses tweets jugés sexistes sont en contradiction avec le poste qu’il va occuper, d’autant plus que son CV en tant qu’entraîneur est peu reluisant : un poste d’adjoint à Valence qui ne durera que quelques mois, en 2015.

Phil Neville fait alors face à un double-procès : son inexpérience doublée désormais d’aprioris qu’il aurait sur les femmes. Autant dire qu’au début de l’année 2018, le scepticisme règne sur ses premiers pas à la tête de l’Angleterre féminine. Certains observateurs ne lui donnent même pas trois mois avant qu’il ne quitte ses fonctions. Celui qui a terminé sa carrière à Everton va demander pardon, histoire de tenter d’arrondir les angles. "Concernant les commentaires faits il y a quelques années, j'aimerais dire clairement qu'ils ne reflétaient pas, et ne reflètent pas, avec exactitude ni ma personnalité ni mes convictions, et j'aimerais m’excuser." Pour prouver sa bonne foi et surtout sa volonté ferme de s’imposer, Phil Neville va s’enfermer dans le travail en vue du Mondial 2019 en France.

Un premier succès fracassant contre les Bleues

Il faut dire que l’ancien international anglais récupère une équipe en plein essor, qui n’a cessé de progresser sur le plan européen (demi-finaliste de l’Euro 2017) et mondial (3e de la Coupe du monde 2015). La dynamique est bonne mais l’ancien protégé de Sir Alex Ferguson est surtout recruté pour mettre en place une vraie identité de jeu après l’ère Mark Sampson dont le style très académique (longs ballons et défi athlétique) a fini par lasser la FA. Neville cherche les joueuses idéales en vue de son projet et va le concrétiser rapidement, dès la She Believes Cup qui rassemble les meilleures sélections au monde. Pour son premier match, en mars 2018, il écrase la France de Corinne Diacre (4-1) avec la manière. Un vrai état d’esprit est né ce jour-là et le coach des Three Lionesses va s’appuyer dessus.

Neville PS

Avec du recul, dans un entretien accordé au Guardian, Phil Neville estimait que l’impact médiatique reçu au début de son mandat a été bénéfique pour son équipe. "Je n’ai pas été touché par cela (les critiques), et en fait, plus nous en recevons, plus cela montre que le jeu devient plus fort aux yeux du public. Dans le passé, une équipe féminine anglaise perdait un match et personne n’écrivait à ce sujet. Maintenant, les gens écrivent sur nous et c’est positif." En tout cas, son staff adhère, à l’image de son adjointe Bev Priestman qui a mis en avant son travail à la tête de la sélection depuis un an et demi. "C’est un entraîneur de classe mondiale, il a une grande intuition et a amené le football féminin anglais à un autre niveau."

Celui qui ferait presque désormais l’unanimité a démarré de manière idéale la Coupe du monde avec un succès (2-1) sur le voisin écossais. L’Angleterre peut se qualifier en 8e de finale dès ce vendredi soir en cas de succès contre l’Argentine (21h), et ainsi affirmer un peu plus son statut d’outsider. Le chemin parcouru par Phil Neville depuis 18 mois est à souligner par son affirmation en tant que guide d’une équipe qui avait de nombreuses réticences sur lui et ses capacités. La preuve encore une fois que le terrain sert toujours de vérité.

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