Ralf Rangnick a fait ses premiers pas dans le football anglais en 1979. A 21 ans, alors qu'il fait ses études outre-Manche, il endosse le maillot de Southwick, club de quatrième division et prend un choc face avec un joueur beaucoup plus épais que lui. Résultat : une côte cassé mais un amour du football british toujours intact.
Quarante-deux ans plus tard, Ralf Ragnick (63 ans) renoue le contact avec l'Angleterre. Pas à la tête d'une équipe amateure mais aux manettes d'un des plus grands clubs du pays : Manchester United.
Encore plus que tout autre entraîneur, l'ancien technicien de Leipzig et Hoffenheim a toujours rêvé de l'Angleterre et entretient une passion folles avec ces championnats.
Avant que Thomas Tuchel ne prenne la tête de Chelsea, il avait notamment discuté avec la directrice générale des Blues, Marina Granovskaia, de la possibilité de prendre la direction de l'équipe, avant de refuser une proposition d'intérim de quatre mois.
Son histoire d'amour avec le foot anglais commence à Brighton
Et même lorsque Manchester United l'a contacté il y a quelques semaines,le technicien allemand a eu de nouvelles réserves alors que les Red Devils lui proposait un poste d'intérimaire. Pour six mois, cette fois.
Mais la propostion d'Ed Woodward, de devenir consultant pour les deux prochaines saisons a fait pencher la balance et lui a permis de toucher du doigt l'une de ses ambitions de toujours.
Son histoire d'amour avec le football anglais commence alors qu'il fréquente l'université du Sussex. Rangnick étudiait alors l'anglais et l'éducation physique à l'université de Stuttgart et passait son année à l'étranger à Brighton.
L'étudiant est devenu un habitué du Goldstone Ground (NDLR : le stade de Brighton) mais se rendait souvent à Londres pour voir Arsenal et Tottenham ou faisait parfois le voyage jusqu'à Liverpool pour voir Everton en action à Goodison Park.
"Ralf était un fan des Anglais, nous expliquait Peter Zeidler, l'ancien entraîneur de Sochaux, qui a fait ses études avec Rangnick. Il regardait surtout les matchs anglais. Entraîner en Angleterre était un rêve pour lui."
"Il pouvait vous donner tous les clubs de la troisième division anglaise"
Aujourd'hui à la tête de Saint-Gall en Suisse, Peter Zeidler a passé trois ans en tant qu'assistant de Rangnick à Hoffenheim entre 2008 et 2011. Et se souvient des déplacements qu'il effectuait avec ce dernier pour aller voir des matchs ou évaluer des joueurs. "Quand on arrivait, à l'aéroport Rangnick achetait toujours un journal anglais pour regarder les résultats. Il pouvait vous donner tous les clubs de la troisième division anglaise", se souvient Zeidler.
Plus de quarante ans après, cette obsession est toujours. Et alors qu'il était à la tête du Lokomotiv Moscou, en tant que directeur des sports et du développement, il parlait toujours à ses amis d'une expérience en Angleterre.
"Il y a quelques semaines, il me disait que nous devrions prendre un club de deuxième ou troisième division et faire la même chose qu'avec Hoffenheim ou Salzbourg et Leipzig, raconte Zeidler. Il est fasciné par l'Angleterre, par la langue et par le football anglais. Dans ce genre de contexte, on a toujours tendance à exagérer, à dire que c'est un rêve qui se réalise. Mais, pour lui, c'est la vérité."
Considéré en Allemagne comme l'un des pionniers du contre pressing, Rangnick a aussi la particularité d'avoir bati sa réputation sur le scouting, le recrutement et l'éclosion de jeunes joueurs. Naby Keita, Dayot Upamecano, Diadie Samassekou, Marce Sabitzer... la liste est longue. Là encore cette inspirtation lui est venue d'Angleterre. Et un peu de France.
Une admiration pour Arsène Wenger
"Il a toujours admiré le Arsenal d'Arsène Wenger et son utilisation des jeunes joueurs. Quand nous étions à Hoffenheim de 2008 à 2011, il a toujours voulu faire ce que faisait Arsène," souligne Zeidler.
Avant de s'appuyer sur les jeunes de l'académie, il lui faudra redresser l'équipe première. S'il a rencontré les joueurs à Carrington, le centre d'entraînement de MU, quelques jours avant de prendre en main l'équipe, Rangnick avait déjà une idée précise de la tâche qui l'attendait puisqu'il a assisté à leurs cinq derniers matchs de Premier League.
Il était notamment présent lors de la victoire 3-2 contre Arsenal et a passé la majeure partie du match à prendre des notes. Auprès de ceux qui l'ont croisé depuis qu'il est arrivé à Manchester, le technicien a fait plutôt bonne impression. Et face à la presse, il a donné le sentiment d'être un homme calme, intelligent drôle, comme en atteste sa boutade sur le recrutement d'Erling Haaland. Mais surtout un entraîneur qui a déjà une connaissance précise du club.
Une caractéristique qui n'étonne pas ceux qui ont collaboré avec lui ou joué sous ses ordres. Dans leur bouche, les mêmes mots reviennent pour le décrire celui qui considère que le travail acharné est la clé de la réussite.
"Il est très exigeant. Comme tous les bons entraîneurs que j'ai connus, il utilisait les pertes de balle pour vous enseigner, explique Andreas Beck à Goal, qui a travaillé avec Rangnick à Hoffenheim Lorsque Ralf a intégré la Bundesliga, il a définitivement innové. Avec Hoffenheim, nous avons pratiqué un jeu de pression incroyable. C'était un style offensif, sans temps de respiration, toujours en train de chasser l'adversaire."
Tic-tac et règle des huit secondes
C'est que l'entraîneur germanique est méticuleux dans les détails et dans la mise en œuvre de sa philosophie. Dans ses clubs précédents, il avait installé un compte à rebours sur le terrain d'entraînement, qui était utilisé pour un jeu appelé "la règle des huit secondes".
Dès que les joueurs entendaient le tic-tac, ils devaient récupérer le ballon dans les 8 secondes, ou tirer au but dans les 10 secondes lorsqu'ils avaient le ballon. Il n'y avait aucun moyen de se cacher.
Ce style pressant que tant de grandes équipes pratiquent a inspiré au plus haut et fait désormais le succès de Liverpool sous la direction de Jurgen Klopp. Malgré tous les discours sur le fameux "gegenpressing" de Rangnick, ce dernier a mis l'accent sur le contrôle du ballon, un aspect qui fait défaut à United depuis longtemps.
"Chaque fois que je suis venu dans d'autres clubs au milieu de la saison, ce qui a été le cas à Stuttgart ou à Schalke à deux reprises, vous devez vous assurer que vous avez la plus grande chance de gagner le prochain match, a-t-il expliqué. C'est de cela qu'il s'agit et ensuite, étape par étape, laisser les joueurs participer.


