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Coupe d'Afrique des Nations

CAN - Madjid Bougherra : "J'aurais aimé gagner un trophée avec l'Algérie"

10:30 UTC+2 23/06/2019
Madjid Bougherra Algeria
Madjid Bougherra, l'ancien capitaine de l'Algérie, s'est confié à Goal pour évoquer la dernière CAN qu'il a disputée avec les Fennecs en 2015.

L'Algérie fait aujourd'hui son entrée en lice en Coupe d'Afrique des Nations en défiant le Kenya (22h). En Egypte, les Verts ont comme pour ambition d'aller loin, et éventuellement conquérir ce trophée qui leur échappe depuis 1990 et le sacre à domicile.

Par le passé, des équipes algériennes avaient les armes pour pouvoir régner sur le continent, mais ils ont échoué pour des raisons diverses. C'est le cas de la génération qui a disputé les deux phases finales de Coupe du Monde (2010 et 2014). En 2010, les Verts avaient échoué en demi-finale. Et, cinq ans après, c'est en quarts qu'ils ont baissé les armes, suite à un revers contre la Cote d'Ivoire.

Parmi les acteurs lors de ce tournoi disputé en Guinée Equatoriale, il y avait Madjid Bougherra. Le solide défenseur, et qui officie aujourd'hui comme coach à Al-Fujairah (D1 émiratie), disputait à l'occasion sa dernière compétition avec son pays. Il espérait terminer en beauté, mais cette élimination contre les Eléphants l'en a empêché. C'est un petit manque, mais qui reste insignifiant face à tous les bons moments vécus avec la sélection. C'est ce qu'il raconte dans l'interview qu'il nous a accordée. Un entretien réalisé dans le cadre d'un projet "Rétro" de la CAN et qui retrace, avec un témoin par édition, les différentes participations des Fennecs à l'épreuve continentale depuis 1968 (les liens disponibles en bas de l'article).


"En 2015, tout était réuni pour qu'on réussisse notre CAN""


Vous souvenez dans quel état d'esprit et avec quelles ambitions avez-vous attaqué la CAN 2015 ? Sachant qu'elle intervenait quelques mois seulement après le Mondial réussi au Brésil

Oui, je m'en souviens très bien. On était en confiance. On sortait d'une Coupe du Monde "positive". On avait encore le même groupe et les mêmes joueurs. Donc on était sur une bonne dynamique. Donc cette compétition, on l'a pris avec beaucoup d'ambition. Essayer d'aller au moins en demi-finale. Il y avait une volonté de confirmer. Avec le soutien du peuple aussi. Tous les facteurs étaient réunis pour réussir cette CAN.

Sur le plan personnel, il s'agissait de votre 5e tournoi international avec la sélection. Vous étiez le capitaine. Dans quel état d'esprit étiez-vous ? Y avait-il cette envie de terminer en beauté ce parcours en sélection ?

Oui, c'était ma dernière CAN et je l'avais prévu. J'avais dit que je m'arrêtais. Un an et demi avant, j'avais dit que je continuerai jusqu'à ce tournoi et après je laisserai la place aux jeunes. Depuis l'arrivée de Christian Gourcuff, je jouais très peu, donc j'étais patient. L'opportunité est venue de jouer à partir du match contre le Ghana et finir tous les matches. J'ai eu le plaisir et la chance de jouer avant de quitter la sélection. Ça c'est bien passé l'ensemble. Et je voulais surtout gagner une Coupe d'Afrique et sortir avec un trophée. Ça n'a pas été possible, mais il n'y a aucun regret. J'ai tout donné pour l'Algérie et la sélection et ça a été une énorme fierté. Mon plus beau cadeau c'était de porter ce maillot. Il y a eu 11 belles années passées avec la sélection, avec des hauts et des bas. Grâce à Dieu, j'ai eu la chance de finir par des résultats positifs.

Après le Mondial 2014, vous n'avez pas envisagé la retraite ? C'était aussi finir sur une bonne note…

Non, justement. J'avais programmé d'aller jusqu'à la CAN 2015. Certes, on avait fait un bon Mondial mais je ne voulais pas m'arrêter sur ça. J'avais promis et dit une chose. Et puis, la sélection, on ne la choisit pas que dans les bons moments. J'y étais lors des moments difficiles, ça m'a forgé et beaucoup aidé. Et non donc, j'avais mis un point d'honneur de finir jusqu'à cette CAN.


"Les premiers matches de la CAN sont toujours difficiles"


Parlons de la compétition. Lors des deux premiers matches, il y a ce sentiment que vous gagnez le match où vous n'êtes pas au mieux (contre l'Afrique du Sud) et où vous perdez celui que vous deviez gagner (contre le Ghana). Êtes-vous d'accord avec cette analyse ?

Les premiers matches de la CAN sont toujours difficiles. Statistiquement et si on regarde les CAN que notre sélection a jouées, on n'a pas beaucoup gagné nos premiers matches. C'est toujours délicat de commencer une compétition. Là, cette fois-ci, on a eu l'opportunité de gagner ce premier match. Mais peut-être pas avec la manière. Mais dans une compétition comme ça, il n'y a que le résultat qui compte. Et pour le Ghana, c'est vrai qu'on avait fait un bon match et qu'on a pris un but à la dernière minute. Donc oui, cette analyse est correcte. Mais c'est aussi le charme de la Coupe d'Afrique.

Puis, il y a le troisième match contre le Sénégal. Vous le négociez parfaitement bien (2-0). Etiez-vous sûrs de vos forces ? À aucun moment, vous n'avez redouté une élimination précoce ?

Moi, personnellement, grâce à mon expérience, je n'ai pas douté. J'étais très relax, confiant et motivé. En sachant en plus que c'était ma dernière CAN, donc on avait vraiment envie de se qualifier. Il y a eu un état d'esprit magnifique sur ce match et une grande solidarité. On a vraiment senti un groupe uni. Et c'est ce qui nous a aidés. On a eu la chance de marquer en premier, et moi j'ai eu la chance de faire cette passe décisive. Ce but-là nous a un peu boostés la confiance et enlevé un peu de doute. Mais, le Sénégal reste toujours une équipe difficile à jouer et coriace. Heureusement qu'on a gagné ce match-là.

Viens ensuite le quart de finale contre la Côte d'Ivoire. Un remake de celui de 2010. Comment l'abordez-vous ? Sereins ? Confiants ? Peut-être un peu d'appréhension aussi, vu que c'était le favori du tournoi en face ?

Là, il y avait un peu plus de pression, c'est clair. Parce qu'on avait vraiment envie d'atteindre les demi-finales. En plus, il y avait la Cote d'Ivoire, qui était sur le papier très forte sur le papier. Mais dès le début du match, on a commencé à être en confiance, car on a eu beaucoup de possession de balle. Et eux, ils nous attendaient plus qu'ils ne nous attaquaient. On avait fait un bon match. On avait pris deux buts évitables, je pense. Le troisième, ça ne compte pas vraiment car on était tous montés pour essayer d'égaliser. Ils ont marqué en premier, on a égalisé. Et on a quelques actions où on pouvait marquer ce deuxième but. Moi, dans ma tête, je savais que le vainqueur de ce match était parti pour aller au bout. Des regrets sur les deux buts ? Oui. Mais pas de regrets sur l'état d'esprit et sur ce que nous avons donné. En rentrant en Algérie, on a senti que les supporters étaient contents de nous. Parce qu'on avait mouillé le maillot et joué comme une équipe.

Avec le recul, qu'est-ce qui vous a manqué sur ce match-là contre la Côte d'Ivoire ?

C'est difficile à dire, même aujourd'hui. Vu qu'on avait la possession du ballon et la maitrise du jeu, peut-être qu'il y a de la déconcentration sur les situations concédées. Mais sinon, il n'y a pas de regrets.

Au final, quel bilan tirez-vous de cette compétition ? Le positif l'emporte sur le négatif ?

Franchement, beaucoup plus de choses positives. On était sur la continuité de la Coupe du Monde, on a montré certaines qualités et on a montré un état d'esprit et une solidarité. Après voilà, dans un match, il y a des situations qui arrivent, comme les buts qu'on a concédés. Que ça soit contre le Ghana ou la Cote d'Ivoire. Et qui font la différence entre les grandes équipes, si je puis dire. La preuve, la Cote d'Ivoire a gagné et est allé au bout.


"Que les supporters aient été contents et fiers de moi, ça n'a pas de prix"


Et sur le plan personnel, comment évaluez-vous votre long et riche parcours avec la sélection ?

Si je dois évaluer mon parcours, sur le plan humain, c'était quelque chose d'exceptionnel. J'ai appris à connaitre beaucoup de personnes, et de joueurs avec qui j'ai gardé beaucoup d'affinités. Des gens que j'ai croisés aussi dans le staff et dans l'administration. Mais surtout les supporters. Ils ont été une source de motivation. Et c'était une fierté que les supporters soient contents de mes performances. Ça, ça n'a pas de prix. Et sur le plan sportif, le seul regret c'est de ne pas avoir gagné quelque chose. Mais le côté positif, c'est que j'avais commencé avec beaucoup de résultats "négatifs". Mais avec notre génération, on n'a rien lâché pour faire partie de l'histoire et c'est ce qu'on a fait.

Durant cette période de vaches maigres entre 2004 et 2008, n'avez-vous jamais douté ou craint de ne jamais vivre de grandes émotions avec la sélection ?

C'est vrai qu'on a connu des périodes très difficiles. Mais au fond de moi, et au fond de tous mes coéquipiers, comme Belhadj, Ziani, Djebbour, Mansouri et les autres, on avait vraiment cette force mentale pour continuer à supporter cette pression. Et de montrer à nos supporters qu'on pouvait leur apporter du bonheur. On avait cette maturité de surpasser tout ça. Et grâce à Dieu, on y est arrivés.

Dernière question, votre but contre la Côte d'Ivoire en quart de finale de de la CAN 2010 ou celui contre le Burkina-Faso en 2013 qui vous envoie au Mondial, si vous ne deviez garder qu'un seul de ces deux-là, ça serait lequel ?

Le but contre la Côte d'Ivoire, car il est spécial. On perd, on revient au score, et en plus on s'était qualifiés trois mois avant pour le Mondial. On va en demi-finale. Ce sont des émotions fortes. Car en marquant à la 90e minute, on pense à tous les supporters qui sont derrière leurs écrans, c'est quelque chose d'extraordinaire. Donc ça serait celui-là.

(*) Retrouvez les 17 épisodes "Rétro" de la CAN spéciale Algérie, réalisés en format podcast par notre journaliste Naim Beneddra avec le témoignage de 17 acteurs différents, sur les liens suivants : de 1968 à 2000  et de 1996 à 2017.