Le mercato a été agité pour le PSG durant cet été. Et le moins que l'on puisse dire, c'est qu'entre le fair-play financier, les montages de dossiers ou autres, il est difficile de s'y retrouver. Si vous aussi vous avez commencé à faire des calculs sur l'amortissement de Neymar, cette interview est faite pour vous. Virgile Caillet, expert en marketing sportif est là pour répondre aux questions que tout le monde se pose.
Tout le monde parle de fair-play financier mais peu savent ce que c'est exactement.....
Virgile Caillet : C'est un dispositif qui a été mis en place par l'UEFA sous l'impulsion de Michel Platini. L'objectif est de préserver une équité dans les compétitions européennes, notamment la Ligue des Champions, parce qu'il y avait une montée en puissance d'investisseurs. Cela a été créé d'une part pour ne pas fausser la compétition et d'autre part pour éviter l'arrivée d'argent qu'elle n'aurait pas su tracer. La règle d'or de ce fair-play financier est simple : le club ne doit pas dépenser plus que ce qu'il gagne. Il autorise tout de même un déficit financier de 30 millions d'euros sur trois ans. Toutes les équipes qui participent à la Ligue des Champions sont scrutées à la loupe.
Quelles sont les conséquences directes de ce fair-play financier ?
Il en a deux. D'abord on a préservé l'inéquité qui existait auparavant. Il y a avait dix ou quinze gros clubs, les plus gros, les plus forts et qui disposaient des plus gros budgets. Comme on a figé les positions en ne permettant pas aux autres clubs d'investir plus, ils ne peuvent pas se rapprocher des élites européennes. Et l'autre conséquence est que, pour éviter les contraintes du fair-play financier, les clubs s'appliquent à développer au maximum les recettes additionnelles : activation du marketing, sponsoring, recettes jour de match, qui vont permettre de dépenser plus.
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Est-ce que le nouveau jeu est d'essayer de contourner ce fair-play financier ?
Le fair-play financier s'applique à des comptes de résultats. Cela veut dire que les dépenses 2017-2018 doivent être compensées par des recettes sur la même saison. C'est là qu'entrent en jeu l'imagination et la créativité des experts financiers qui vont essayer de lisser dans le temps le coût des transferts et d'accélérer le processus de recettes de certains transferts. Mais ce n'est pas propre au PSG, on focalise dessus mais tous les clubs sont dans la même logique ! Prenons le cas Dembelé : c'est 105 millions d'euros + 45 millions de bonus. Ce n'est pas innoncent. Les bonus seront payés l'an prochain et le fair-play financier ne comptabilise pour cette saison que les 105 millions d'euros.
Comme pour le cas Neymar ?
Il est difficile de répondre car on a peu d'éléments sur le montage financier et les experts réfléchissent à la manière de monter ces dossiers. Par exemple : imaginons que Qatar 2022 paie Neymar 200 ou 250 millions d'euros pour qu'il devienne son ambassadeur et qu'il y ait une clause qui demande à ce que le joueur brésilien soit libre de tout contrat. Donc Neymar paie lui-même sa clause libératoire et est libre de s'engager pour le PSG. Dans ce cas-là précis, le PSG n'a aucun transfert à sa charge vis-à-vis du fair-play financier. D'après les éléments dont nous disposons, c'est bien le PSG qui a payé ces 222 millions d'euros mais c'est pour montrer, à travers l'exemple, comment un transfert aussi onéreux peut ne rien coûter au club.
Au final combien coûte Neymar au club pour l'UEFA ?
Très simple. Neymar coûte 222 millions d'euros sur 5 ans, donc c'est 45 millions par an de charge pour le PSG. Cela peut paraitre énorme comme dépense mais si vous vendez Matuidi 20 millions d'euros à la Juventus et Aurier 25 millions, vous les avez vos 45 millions ! Vous savez tout est calculé d'avance. Le PSG a déjà été santionné par le fair-play financier et je ne veux pas croire un seul instant que les dirigeants puissent s'embarquer dans ce genre de deal sans avoir pris soin de mesurer, d'analyser et simuler toutes les options.
Comment amortir ces transferts ?
Là est la question. On peut justifier un Neymar puisqu'il va générer des retombées financières importantes sur six mois, un an. En revanche l'addition Neymar-Mbappé va demander aux experts financiers de trouver la solution. Mais il y en a, à commencer par les primes sportives. En Ligue des Champions, si vous allez en 1/4 de finale comme l'a souvent fait le PSG ces dernières années, c'est 50-55 millions d'euros. S'ils vont en finale c'est 80-85 Rien qu'avec ces primes, on a un potentiel de 30 millions d'euros de revenus immédiats.
Avec ces transferts faramineux, voyez-vous un PSG bénéficiaire ou au moins qui pourrait rééquilibrer ses comptes ?
Cela peut être compliqué mais c'est faisable. Imaginez que la réussite sportive soit là : renégociation de tous les contrats de sponsoring avec des exclusivités sectorielles et régionales dans tous les pays et continents, on va pouvoir augmenter les abonnements, on va aussi pouvoir monétiser des tournées en Chine ou ailleurs...Donc là rapidement l'augmentation des revenus serait de l'ordre de 50 à 100 millions d'euros. Mais le point crucial sera cette réussite sportive.
On parle beaucoup d'une soi-disant crainte de l'UEFA de réellement sanctionner le PSG s'ils ne respectent pas le fair-play financier...
L'UEFA ne peut pas se permettre d'être laxiste, il en va de sa crédibilité. En plus de cela, derrière il y a l'ECA (European Club Association). Elle réunit tous les plus grands clubs, fait pression et est présidée par Rummenigge (Président du Bayern Munich). Il faut bien comprendre que ce n'est pas propre au PSG : il y a quatre à cinq clubs qui ont dépensé plus de 250 millions d'euros ! On se focalise sur le PSG parce qu'on parle de deux stars : une qu'on pensait intransférable et l'autre que tous les grands clubs courtisaient. Et jusqu'à présent tous ces clubs étaient dans un petit club fermé, qui trustaient les demi-finales et finales de Ligue des Champions. Et ils voient apparaitre des ovnis, le PSG, Manchester City ou encore l'AC MIlan, de retour avec ses actionnaires chinois et qui commencent à bouleverser l'ordre établi et évidemment ils ont une réaction protectrice.
Cette inflation dans le milieu du foot n'a rien à voir avec le PSG selon vous ?
En l'espace de deux ou trois ans, un joueur qui valait 10 millions d'euros en vaut 50 aujourd'hui. Les clubs français ralent mais quand on vend Tolisso 50 millions ou bien encore Mendy à 57 millions, cela prouve qu'on est dans la dérégulation. Et cette dérégulation n'est pas liée au PSG, elle vient de l'arrivée massive d'argent grâce aux droits TV en Premier League qui a incité même les petits clubs à acheter des joueurs dans tous les sens, puis de les prêter. Et un certain nombre de clubs qui avaient les moyens sont rentrés dans cette logique de surrenchère. Quand le PSG donne 222 millions d'euros au Barça pour la clause libératoire de Neymar, Dortmund sait que Barcelone a dans sa poche cet argent et qu'ils recherchent absolument un remplaçant. Donc ils vont payer très cher Dembelé et entretenir cette surenchère.


