"L’équipe de France face à l'Islande ? Je crois que le score peut être assez large. Si les Bleus arrivent à ouvrir le score assez rapidement, l’adversaire peut lâcher et la différence entre les deux formations se verra alors au tableau d’affichage." Alors que beaucoup se méfiaient de la menace islandaise, Christian Gourcuff avait vu juste. La petite nation de 330 000 habitants n'a pas réussi à créer - à nouveau - la surprise et a reçu une vraie leçon de la part des Français. 5-2. Griezmann, Pogba, Payet et Giroud par deux fois ont fait trembler les filets adverses pour le plus grand bonheur des supporters.
Un parcours simplifié
Une victoire réjouissante mais pas non plus jouissive. La demi-finale face aux Allemands a de fortes chances d'être différente et les Tricolores en ont parfaitement confiance. De la joie mais pas d'enflammade. C'est un peu le mot d'ordre. "On n'a pas réussi notre Euro encore, confirmait Kingsley Coman. Ce qui est sûr, c'est qu'on a été loin. On n'a pas eu de grosses nations à battre et je pense qu'on aura à coeur de montrer qu'on est tout à fait de taille face à une grosse nation." Comment s'enflammer et tirer des conclusions sur cet unique match alors que les quatre premiers matches ont été poussifs et que les Islandais semblaient exténués après leur victoire improbable contre l'Angleterre ? Lors de ce duel, ils ont laissé leurs dernières forces. La fatigue était bien présente surtout que Lagerbäck et Hallgrímsson ont titularisé le même XI tout le long de la compétition.
S'ils ont réalisé de belles choses, les Islandais ne sont pas des surhommes et la fatigue étant, il est difficile de tenir tête aux cadors européens sur la longueur. Surtout qu'au niveau du temps de récupération, les Français ont été vernis. Ils ont eu un jour et demi de plus que les Islandais pour récupérer avant le quart de finale. Pis, contre l'Irlande, les Tricolores ont eu trois jours de repos supplémentaires dans les jambes que leur adversaire. Un temps de repos précieux pour être plus frais lors de l'instant T.
Si la récupération a été à l'avantage des hommes de Didier Deschamps, que dire du tirage au sort ? Un 8e de finale contre l'Irlande (33e au classement FIFA) et un quart de finale face à la Islande (34e au classement FIFA). Pas de quoi trembler outre-mesure. Les Bleus ont eu le mérite de remporter ces matches même si le premier ne s'est pas déroulé sans quelques difficultés. Il convient néanmoins d'avouer qu'il est plus simple d'éliminer l'Islande que d'être opposé à l'Italie (pour l'Allemagne), à la Pologne de Lewandoski (pour le Portugal) ou à la Belgique d'Eden Hazard (pour le Pays de Galles). Le Bleus ont jusqu'à présent été épargnés mais le duel face à l'Allemagne, la revanche comme certains l'appellent, sera sans aucun doute d'un tout autre calibre.
GettyimagesLe parcours de la France a pour le moment été simplifié mais est-elle prête pour défier l'Allemagne ? Nul doute qu'il y aura un certain écart de niveau entre les équipes affrontées jusqu'à présent (Albanie, Suisse, Roumanie, Irlande et Islande) et les hommes de Joachim Löw. Et la moindre erreur, comme le penalty de Pogba après deux minutes de jeu au Parc OL, pourrait se payer cash. De telles erreurs seront difficilement récupérables contre les Champions du monde en titre alors la bande à Didier Deschamps devra obligatoirement augmenter son niveau de jeu et régler ses problèmes. Car des problèmes, il en reste.
Une défense maladroite et des questions
Si les 5 buts inscrits face à l'Islande rassurent, la défense pose toujours des interrogations. Outre les deux buts encaissés en deuxième période, en partie dus au relâchement; les erreurs se sont également multipliées tout comme les pertes de balles. Patrice Evra a de nouveau réalisé un match très moyen (mauvais dans le duel, de nombreuses fautes de placement, presque fantomatique au marquage) et une performance comme celle-là risque de coûter cher contre l'Allemagne. Umtiti et Sagna n'ont pas été à leur avantage et s'il a marqué un but, Paul Pogba a également eu beaucoup de déchets dans son jeu, toujours tiraillé entre l'offre (un joueur technique adorant le surplus spectaculaire) et la demande (Deschamps lui réclame de joueur simple).
La victoire contre l'Islande est enthousiasmante. Réjouissante. Mais elle n'est en rien un match référence ni même rassurante. Au mieux, elle boostera la confiance des joueurs avant l'Allemagne, mais attention au trop plein de confiance. La France avait battu la Suisse sur le même score en phase de poules de la Coupe du monde 2014 (5-2) et avait finalement été éliminée par la Mannschaft en quart de finale. Une Mannschaft qui avait rendu les Tricolores à l´impuissance la plus totale... Les Bleus ont-ils progressé depuis deux ans ? Difficile pour le moment de tirer des vraies conclusions et il faudra attendre le match de jeudi pour avoir des réponses. De vraies réponses. Car si l'objectif a déjà été atteint, la manière laisse à désirer. Au final, Blaise Matuidi est celui qui résume peut-être le mieux la situation :" on peut aussi se permettre de rêver, sans s’enflammer. On se dit que c’est réalisable. Et on va se donner tous les moyens. Il y a tous les ingrédients pour faire quelque chose de grand." Si la France bat l'Allemagne, cette fois, c'est sûr, elle en sortira grandie.


