Frank De BoerGetty Images

Ajax - De Ligt, l'ADN du club, son futur... Les confessions de Ronald De Boer

Vainqueur de la Ligue des champions en 1995 avec l'Ajax Amsterdam, Ronald De Boer, désormais entraîneur des U19 du club demi-finaliste de Ligue des Champions, est forcément sollicité par les différents médias ces derniers jours, alors que la formation hollandaise est enfin de retour sur le devant de l'affiche. Après avoir donné son envie sur la potentielle arrivée de Van de Beek au Paris Saint-Germain, le Hollandais a accordé un long entretien à France Football ce mardi. L'occasion pour lui de se confier sur de nombreux sujets, tels que le philosophie de l'Ajax, mais aussi la C1 ou encore la force de sa jeune génération. 

Sur ce que signifie être un joueur de l'Ajax Amsterdam...

J'ai toujours dit que tout partait de la technique et de la vision du jeu. L'aspect physique est moins à prendre en compte. Tout commence avec le cerveau. Ensuite, ce sont les pieds qui reçoivent le signal. Il ne faut pas avoir peur, avoir l'instinct, sentir les choses, prendre des initiatives. C'est très important.

Le fait de jouer sans peur, même en Ligue des Champions... 

Il y a deux aspects : le premier, c'est que personne ne nous attendait à ce niveau, particulièrement quand on a joué contre le Real ou la Juventus. Mais nous n'avions rien à perdre. A l'inverse, eux avaient tout à perdre. Et maintenant, l'équipe joue avec toute la confiance qu'elle a emmagasinée. Tout ce qu'elle a montré jusqu'ici ne disparait pas. Et c'est exactement cela qu'on attend de nos joueurs.

Les similitudes avec l'Ajax de 1995 ?

Personne n'espérait quoi que ce soit de nous. C'était pareil en 1995, c'était notre première en Ligue des champions et nous l'avons gagnée directement. Il y a aussi le fait qu'on évolue avec beaucoup de joueurs nationaux. A l'époque, nous n'avions que trois ou quatre joueurs étrangers. Mais c'était pareil pour une équipe comme le Milan (contre qui l'Ajax a disputé la finale de 95, NDLR). Il fallait jouer avec plus de joueurs nationaux. Maintenant, City ou le Barça peuvent acheter les meilleurs joueurs à chaque poste. Je pense que le niveau de ces clubs est beaucoup plus élevé qu'à mon époque, dans le sens où ils ont plus d'argent et peuvent se renforcer. Avec toutes les équipes impliquées et cet argent, je pensais qu'on ne rejouerait plus une demi-finale, sauf avec de la chance au tirage.

Frank De Boer Ajax 2013Getty

"J'ai joué avec Erik ten Hag, il était déjà un penseur sur le terrain comme joueur"

La préparation des jeunes joueurs pour intégrer l'équipe première ?

Déjà, n'importe quel joueur a en tête qu'il peut intégrer l'équipe première. C'est toujours comme ça qu'on a procédé, c'est notre philosophie. Chaque coach de l'Ajax veut utiliser ses jeunes gamins. Et ces jeunes savent exactement ce qu'on attend d'eux, ils s'entraînent tous les jours pour cela. Quand je jouais, je savais ce que je devais faire comme attaquant, comme milieu ou comme ailier droit. C'est pareil aujourd'hui. Ce n'est pas si difficile, mais il faut garder un niveau constant.

Comment cela se traduit-il techniquement ?

On leur demande de prendre des initiatives, surtout dans le jeu de possession. On leur demande de créer des situations de duel en un contre un, particulièrement pour les attaquants, pour dribbler. Au milieu aussi, nous voulons des joueurs capables de dribbler des adversaires. C'est important pour créer le surnombre. Particulièrement quand ils sont jeunes, dès 8-9 ans, nous travaillons pour qu'ils soient les plus créatifs possible. Puis vers 12 ans, ils entrent plus dans un processus collectif.

Sur le phénomène Matthijs De Ligt et ses qualités de leader...

C'est naturel, tu ne peux pas apprendre ce genre de choses. Tout commence à l'entraînement, quand tu travailles dur, qu'après tu joues des matches, que tu performes régulièrement... Alors tu peux dire aux autres joueurs comment agir. Si tu es mauvais, tu ne peux pas dire aux autres comment faire. Il est né leader. Mais il l'est de façon positive, ce n'est pas un gars qui hurle. On lui fait confiance pour ça.

Matthijs de Ligt Ajax 2018-19Getty Images

L'importance de faire appel à des anciens joueurs de l'Ajax pour intégrer le staff...

Ces gens-là comprennent le jeu parfaitement et savent ce qu'on attend d'un joueur de l'Ajax. Ils ont l'ADN Ajax. Mais il faut aussi de la structure, avec des coaches qui n'ont pas forcément l'ADN mais qui amènent autre chose au club. J'ai joué avec Erik ten Hag, il était déjà un penseur sur le terrain comme joueur, ce n'était pas un joueur physique. Il a toujours aimé les combinaisons et la technique. Le football c'est du divertissement, il ne faut jamais oublier qu'il faut divertir le public. Le résultat aussi est important, mais ça doit être un mix. Si vous avez des résultats sans le divertissement, les gens vont vous dégager.

La potentielle inquiétude à l'approche du prochain mercato... 

Si l'aspect de ces réussites est positif, il y a aussi une facette négative. Parce que forcément, tout le monde veut ces jeunes. C'est difficile de dire non à des grosses sommes d'argent. Il faut trouver un remplaçant au joueur qui part, alors on recommence notre processus. Et voir si ça marche de nouveau, si la qualité est au rendez-vous au bon moment. Je pense que ça sera très difficile la saison prochaine, il y aura au moins cinq départs. Mais l'Ajax a l'habitude de bien faire, de trouver les bons joueurs.

Publicité
0