Wayne Rooney a raison : pourquoi le Manchester United de 2008 aurait "pulvérisé" l'Arsenal d'Arteta
C'est la séquence qui a enflammé les réseaux sociaux cette semaine. Après la victoire impressionnante d'Arsenal contre l'Inter Milan (3-1), Theo Walcott a osé demander à Wayne Rooney comment le Manchester United de 2008 se comporterait face à l'actuelle machine de Mikel Arteta. La réponse de Rooney a été immédiate et brutale : « Ouais, on les aurait écrasés (battered). » Si Arsenal réalise sa meilleure saison depuis 22 ans, dominant la Premier League et l'Europe, la comparaison avec l'une des plus grandes équipes de l'histoire du football anglais semble prématurée, voire irrespectueuse. Analyse poste par poste d'un duel hypothétique où les hommes de Ferguson, emmenés par un Cristiano Ronaldo au sommet, n'auraient fait qu'une bouchée des Gunners actuels.
Il faut de l'audace, ou peut-être de la naïveté, pour comparer une équipe qui n'a encore rien gagné à une machine de guerre qui a tout raflé. L'Arsenal de 2026 est magnifique, c'est indéniable. Leaders de Premier League, invaincus en Ligue des Champions, vainqueurs autoritaires de l'Inter à San Siro... les hommes d'Arteta pratiquent un football intense et "arrogant", selon les mots de Cristian Chivu.
Mais l'arrogance ne remplace pas l'armoire à trophées. Le United de 2007-08 n'était pas seulement une bonne équipe ; c'était un rouleau compresseur qui défendait son titre national et marchait sur l'Europe. La réponse sèche de Rooney à Walcott n'était pas de la nostalgie mal placée, c'était un rappel à l'ordre.
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La muraille Van der Sar contre l'élève Raya
Le premier point de divergence se trouve dans les cages. David Raya est excellent, probablement en route pour son troisième "Golden Glove". Son jeu au pied est essentiel au système d'Arteta. Mais Edwin van der Sar était une autre espèce de gardien. Le Néerlandais possédait tout ce que Raya a, avec en plus une domination aérienne totale.
Là où Raya peut parfois subir la pression physique dans sa surface, Van der Sar la nettoyait avec une autorité naturelle, cueillant les corners comme des fruits mûrs. Sa capacité à sortir les arrêts décisifs dans les moments critiques (comme ce tir au but d'Anelka à Moscou) reste inégalée. Face à la paire Ferdinand-Vidic, télépathique et brutale, même la charnière Saliba-Gabriel, aussi brillante soit-elle, doit s'incliner au jeu des comparaisons historiques. Vidic aurait mangé l'espace, et Ferdinand aurait lu les trajectoires avant même que les attaquants d'Arsenal ne fassent l'appel.
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L'attaque la plus électrique de l'histoire
C'est ici que le fossé se creuse réellement. L'Arsenal d'Arteta est une équipe "fonctionnelle", qui cherche le contrôle et le gain marginal. Viktor Gyokeres, malgré son talent, peine à s'adapter pleinement, et les statistiques de Saka et Martinelli sont en baisse cette saison. United 2008, c'était le chaos organisé, une foudre qui frappait de partout.
Le trio Rooney-Tevez-Ronaldo reste probablement le meilleur trident offensif de l'histoire de la Premier League. Ils ne se contentaient pas de marquer ; ils harcelaient, permutaient et tuaient les matchs en transition. Ronaldo, avec ses 42 buts cette saison-là, était injouable. Ajoutez à cela un Rooney altruiste et un Tevez enragé, et vous avez une attaque que la défense d'Arteta, habituée à gérer le tempo, n'aurait pas pu contenir. La vitesse de transition de ce United, avec un Patrice Evra en piston, aurait fait exploser le bloc compact des Gunners.
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Scholes et Carrick : les maîtres du temps
Au milieu, Arsenal affiche un trio moderne et séduisant avec Odegaard, Rice et la recrue estivale Martin Zubimendi. C'est fort, technique et complémentaire. Mais face à Paul Scholes et Michael Carrick ? C'est une leçon de football qui s'annonce.
La paire mancunienne possédait une intelligence tactique et une qualité de passe capables de désamorcer n'importe quel pressing. Ferguson avait l'option de verrouiller avec un 4-5-1 en utilisant le poumon Park Ji-Sung ou la hargne d'Owen Hargreaves et Darren Fletcher. Ils auraient étouffé Odegaard et coupé les lignes de passes de Zubimendi. United avait cette capacité caméléon de s'adapter à l'adversaire pour mieux le détruire, une flexibilité que le système parfois rigide d'Arteta ne possède pas encore.
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Ferguson vs Arteta : le maître et l'apprenti
Enfin, il y a le facteur X : le banc de touche. Mikel Arteta est un superbe tacticien, mais il reste un manager émotionnel, parfois tendu dans les grands rendez-vous (les nuls récents contre City et Liverpool en témoignent). Sir Alex Ferguson, en 2008, était au sommet de son art, un monstre de psychologie capable de transformer ses joueurs en animaux sauvages.
Ferguson adorait ces matchs. Il aurait joué avec les nerfs d'Arteta, aurait instillé ce "siege mentality" qui rendait United invincible. Pour Ferguson, un match nul était une défaite. Pour cet Arsenal, c'est parfois un bon résultat. Cette différence de mentalité est la raison pour laquelle Rooney peut rire au nez de Walcott. Tant qu'Arsenal n'aura pas soulevé les trophées majeurs, ils resteront de beaux prétendants. United 2008 était le roi.