Le peuple marocain a retenu son souffle pendant cent-vingt minutes interminables avant de laisser exploser une joie contenue depuis des décennies. Au bout de la nuit et de l'angoisse, le Maroc a arraché son billet pour la finale de la CAN 2025 en écartant le Nigeria aux tirs au but (0-0, 3-2 t.a.b.). Dans un complexe Prince Moulay Abdallah en fusion, les Lions de l'Atlas ont souffert de leur inefficacité avant d'être sauvés par leur ange gardien, Yassine Bounou. Vingt-et-un ans après 2004, le Maroc retrouve les sommets et n'est plus qu'à une marche de briser cinquante ans de malédiction continentale.
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AFPUne domination sans partage, mais sans but
Si la qualification s'est jouée à la loterie, elle ne souffre d'aucune contestation sur le plan du jeu. Pendant deux heures, les hommes de Walid Regragui ont été les seuls à proposer du football. Brahim Diaz (9e) et Saibari (40e) ont allumé les premières mèches, sans réussite. Cette hégémonie technique s'est poursuivie bien au-delà du temps réglementaire, symbolisée par une tête d'Aguerd fracassant le poteau en prolongation et une frappe d'Igamane frôlant le cadre. Les Lions ont tout tenté, ont dominé, mais ont cruellement manqué de tranchant pour tuer le match plus tôt.
AFPDes Aigles aux ailes lourdes
En face, le Nigeria n'était que l'ombre du rouleau compresseur aperçu depuis le début du tournoi. Émoussés physiquement, comme le craignait leur sélectionneur Eric Chelle, Victor Osimhen et ses partenaires ont livré une prestation minimaliste. Incapables d'enchaîner les passes, abusant de longs ballons stériles, les Super Eagles ont joué la montre, espérant un miracle aux tirs au but. Hormis une tentative de Lookman détournée par Bounou (15e), la meilleure attaque de la CAN est restée muette, inoffensive, attendant son sort avec fatalisme.
AFPSan Bounou, le héros de Rabat
L'épreuve fatidique des tirs au but a d'abord fait craindre le pire lorsque le jeune Igamane a manqué sa tentative. Mais dans les grands soirs, il faut des grands héros. Yassine Bounou a enfilé sa cape de sauveur. Impérial, le portier marocain a repoussé deux tirs nigérians, rectifiant l'erreur de son coéquipier et propulsant tout un pays au paradis. Comme face à la RDC en barrage du Mondial, le Nigeria cède face au mental d'acier des Marocains.
AFPRendez-vous avec l'histoire
Cette victoire au forceps, acquise avec les tripes, forge le caractère d'un futur champion. Dimanche, le Maroc défiera le Sénégal dans une finale de rêve. Ce sera l'ultime étape, la plus dure, face au tenant du titre. Mais après avoir survécu à une telle soirée, ce Maroc-là, sûr de sa force et porté par sa baraka, semble prêt à aller décrocher cette étoile qui lui échappe depuis un demi-siècle.



