Man Utd old boys GFXGetty/GOAL

Le piège INEOS : pourquoi Manchester United doit rappeler Solskjaer (et oublier les coachs stars)

À la fin, Ruben Amorim a craqué parce qu'il refusait d'être une marionnette. Premier entraîneur de l'histoire du club nommé "Head Coach" et non "Manager", il a découvert brutalement la réalité sémantique de ce titre : il n'avait le dernier mot ni sur les transferts, ni même sur sa tactique. Quand Jason Wilcox, le directeur technique, lui a suggéré de changer son système, le Portugais a explosé.

Thomas Tuchel avait vu le piège venir à des kilomètres. Courtisé l'été dernier, l'Allemand a décliné en apprenant qu'il n'aurait pas le contrôle du recrutement. « Je ne me ferai plus jamais ça », aurait-il confié. Le constat est terrible pour INEOS : leur structure moderne et technocratique est devenue un repoussoir pour l'élite du coaching mondial. Si United veut survivre à cette crise, il doit changer de cible. Il ne faut plus chercher le meilleur tacticien du monde, mais celui qui acceptera de travailler dans ces conditions impossibles. Et ce profil a un visage : celui de l'ancien.

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    Le poids du maillot écrase les "outsiders"

    « Le maillot de United pèse des tonnes », confiait récemment Phil Jones. C'est une vérité que les "outsiders" sous-estiment systématiquement. David Moyes, Louis van Gaal, José Mourinho, Erik ten Hag et maintenant Amorim : tous sont arrivés avec des CV brillants, et tous ont été engloutis par la lessiveuse d'Old Trafford. Ils ne comprennent pas que dans ce club, chaque mot est amplifié, déformé et retourné contre vous.

    Ten Hag a souffert des analyses de Jamie Carragher ; Amorim a fini par citer Gary Neville dans ses conférences de presse, obsédé par la critique. Ils ont perdu leur énergie à se battre contre les fantômes médiatiques du club. Seuls ceux qui ont grandi à l'intérieur, comme Ole Gunnar Solskjaer, Darren Fletcher ou Michael Carrick, sont immunisés. Ils n'ont pas besoin d'un cours accéléré sur la pression mancunienne ; c'est leur langue maternelle.

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    L'apaisement plutôt que la guerre

    Au-delà de la pression, il y a la gestion humaine. Amorim a perdu le vestiaire en qualifiant son équipe de « pire de l'histoire » et en s'attaquant publiquement à des jeunes de l'académie. Une hérésie à United. Solskjaer, lui, n'a jamais jeté un joueur sous le bus en trois ans. Il savait que le club se nourrit de positivité, pas de conflits permanents.

    On oublie souvent que sous le Norvégien, United a enchaîné deux qualifications consécutives en Ligue des Champions (une première post-Ferguson) et a atteint des finales. L'ambiance à Old Trafford était électrique, positive, unifiée. Fletcher, qui assure l'intérim, ou Carrick, possèdent cette même ADN : ils savent que pour réussir ici, il faut aimer les joueurs plus que son propre système tactique.

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    La faillite n'est pas qu'une métaphore

    Il y a aussi une réalité financière glaciale. United a brûlé 42 millions de livres en un an pour virer Ten Hag, son staff, Dan Ashworth (après 5 mois !) et maintenant Amorim. La dette du club atteint le record effrayant de 1,29 milliard de livres (1,72 Md$). Le club ne peut tout simplement plus se permettre de recruter un coach star à 15 millions par an pour le virer douze mois plus tard.

    Les légendes du club ne viendront pas pour l'argent. Elles viendront pour la mission. Elles coûteront moins cher en salaire, ne demanderont pas des enveloppes mercato de 200 millions à chaque fenêtre, et offriront une patience que les mercenaires du banc de touche n'accordent pas. C'est un choix de raison économique autant que sportive.

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    Accepter d'être un soldat d'INEOS

    C'est peut-être le point le plus crucial : Solskjaer et ses pairs accepteront la structure. Là où un Tuchel ou un Emery entreraient en guerre avec Wilcox et Vivell pour imposer leurs cibles mercato, un "ancien" travaillera en harmonie avec la direction sportive, par amour du blason.

    Cela peut ressembler à un retour en arrière, à l'époque du bricolage sentimental d'Ed Woodward. C'est vrai. Mais Sir Jim Ratcliffe a construit une machine si rigide qu'elle ne peut fonctionner qu'avec des rouages dociles et passionnés. United a essayé la méthode "moderne" avec des coachs à forte personnalité, et cela a fini en guerre civile. Après deux ans à essayer de réinventer la roue et à détruire l'âme du club, il est temps de revenir aux racines. Si United ne peut pas être le meilleur club du monde tactiquement, qu'il redevienne au moins Manchester United spirituellement.

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