Les fans du Hertha Berlin n'ont pas eu grand-chose à célébrer ces dernières années. La décennie en Bundesliga s'est achevée par une relégation humiliante en 2023, quatre ans seulement après l'arrivée du milliardaire Lars Windhorst, qui promettait de rivaliser avec Madrid ou Londres. Aujourd'hui, Windhorst est parti, laissant une dette de 40 millions d'euros et un club détenu majoritairement par 777 Partners. Mais le salut est venu de l'intérieur. Stefan Leitl, l'entraîneur, a transformé le Hertha en une machine disciplinée, n'hésitant pas à lancer un gamin de 16 ans dans le grand bain : Kennet Eichhorn.
Getty/GOALLe nouveau Toni Kroos est né à Berlin : qui est Kennet Eichhorn, le prodige de 16 ans que l'Europe s'arrache ?
L'enfant de Bernau qui décidait les matchs seul
Né en 2009 à Bernau, à dix kilomètres de Berlin, Eichhorn a le football dans le sang. Dès l'âge de six ans au SV Mühlenbeck 1947, il était déjà une anomalie. « On voyait tout de suite que Kenny décidait des matchs à lui tout seul », raconte son premier coach, Mike Vielitz. « Il était incroyablement ambitieux, demandant même de s'entraîner trois fois par semaine au lieu de deux. »
Plus que son talent, c'est son leadership précoce qui marquait les esprits. Là où les autres enfants jouaient pour eux, lui organisait déjà le jeu pour les autres. Repéré par le Hertha en 2017 pour intégrer les U9, il n'a jamais caché son amour pour la "Vieille Dame" : « Le Hertha, c'est comme ma famille. La première fois que je suis entré au Stade Olympique, cela a allumé un rêve en moi. »
L'été où tout a basculé
Son ascension dans les catégories de jeunes a été fulgurante, culminant avec un titre régional U15 et une domination sans partage. Mais le vrai tournant a eu lieu cet été. Face à une pénurie de milieux de terrain (Seguin, Demme et Klemens blessés), Stefan Leitl a convoqué l'adolescent de 15 ans pour la pré-saison. Trop jeune pour jouer les matchs amicaux légalement, il a tout de même bluffé tout le monde à l'entraînement.
« Ce que ce gamin peut faire est étonnant. Il est lucide, pas du tout arrogant », s'est émerveillé le vétéran Toni Leistner. Face à l'intérêt pressant de l'Eintracht Francfort, le Hertha a dû accélérer pour lui faire signer son premier contrat pro jusqu'en 2029 le 4 juillet dernier. Une signature vitale pour l'avenir du club.
Des records de précocité en cascade
Leitl n'a pas attendu. Après une apparition sur le banc contre Schalke, Eichhorn est entré en jeu contre Karlsruhe, devenant à 16 ans et 14 jours le plus jeune débutant de l'histoire de la 2. Bundesliga. « Je me fiche qu'il ait 16 ou 17 ans. C'est un talent immense », a tranché son coach.
Depuis, les records tombent. Plus jeune titulaire de l'histoire du championnat lors d'une victoire 3-0 à Hanovre (où il a réussi 86% de ses passes et gagné 6 duels), il a ensuite effacé Jude Bellingham des tablettes en devenant le plus jeune buteur de l'après-guerre en Coupe d'Allemagne (DFB-Pokal) lors du carton 6-1 contre Kaiserslautern. Capitaine des U17 allemands, il est passé du statut de promesse à celui de titulaire indiscutable (8 titularisations sur les 12 derniers matchs) en un claquement de doigts.
GettyLe métronome : pourquoi la comparaison avec Kroos est justifiée
Si Eichhorn affole les compteurs, c'est par son style qu'il fascine. C'est un pur numéro 6, un "Regista" capable de dicter le tempo, d'aspirer la pression adverse pour mieux ouvrir le jeu. Sa première touche est soyeuse, sa vision panoramique. Il ne court pas partout ; il fait courir le ballon.
Cette élégance naturelle lui vaut inévitablement d'être comparé à Toni Kroos. Même Felix Kroos, le frère de la légende du Real Madrid, a validé : « Les comparaisons ne sont jamais utiles, mais la façon dont Eichhorn joue est remarquable ; il irradie de calme. » Comme Toni, Kennet semble avoir un radar intégré et une immunité totale à la pression. Il est l'architecte de la remontée du Hertha.
Getty Images SportUn diamant qui doit encore être poli
Bien sûr, à 16 ans, le produit n'est pas fini. Si sa "tête" est déjà celle d'un vétéran, son jeu défensif trahit son âge. Son timing dans les duels est parfois suspect, se jetant trop tôt ou reculant trop. Il doit encore apprendre à canaliser son agressivité et à tenir sa position sans ballon.
Cependant, ces défauts sont normaux pour un adolescent plongé dans le monde brutal du football professionnel. L'enjeu pour Stefan Leitl sera de gérer son temps de jeu et son développement tactique pour ne pas brûler les ailes de son jeune aigle.
GettyLa clause à 12 M€ qui rend fou le marché
L'Europe entière a les yeux rivés sur Berlin, et pour une bonne raison : selon Sky Germany, Eichhorn dispose d'une clause libératoire active dès l'été prochain fixée à... 12 millions d'euros. Une somme dérisoire pour un tel potentiel. Manchester United, le Real Madrid, le Barça, mais aussi le PSG, le Bayern et Dortmund ont déjà envoyé leurs scouts ou pris des renseignements.
Pourtant, le clan Eichhorn prône la patience. Felix Kroos conseille de rester : « S'il reste deux ou trois ans de plus, sa valeur pourrait monter à 60 millions. » La priorité du joueur est le temps de jeu, chose que les géants européens ne peuvent lui garantir immédiatement.
Getty ImagesQuel avenir pour le prodige ?
Avec le Hertha Berlin bien placé pour remonter en Bundesliga, le scénario idéal semble être une continuité dans son club de cœur au plus haut niveau allemand. Rien ne presse. Eichhorn a le talent pour devenir le prochain grand milieu de terrain de la Mannschaft. S'il est bien entouré, le transfert de rêve viendra naturellement. Pour l'instant, Berlin profite de chaque minute de son nouveau joyau, conscient qu'il ne restera pas éternellement un secret bien gardé.