Solskjaer United Ronaldo gfxGetty/GOAL

Le fantôme de CR7 : comment le retour du Roi a tué Solskjaer (et pourquoi sa seconde chance sera la bonne)

« Comment allons-nous défendre ? » C'est la première question posée par Kieran McKenna, alors adjoint, quand Solskjaer lui a annoncé le retour possible de Cristiano Ronaldo. Dans l'euphorie générale, personne n'a voulu écouter le futur coach d'Ipswich. Solskjaer, aveuglé par la nostalgie et la perspective d'entraîner son ancien coéquipier, a ignoré l'avertissement.

Avec le recul, le Norvégien l'admet : « C'était probablement un mauvais choix pour nous tous. » Si le retour de Ronaldo a offert des moments de frisson et des buts en Ligue des champions, il a surtout dynamité les fondations du projet. Avant CR7, United était une équipe de pressing haut, dynamique, collective. Après lui, elle est devenue une somme d'individualités au service d'un soliste de 37 ans incapable de presser. Ce péché originel a coûté son poste à Solskjaer, mais l'histoire pourrait lui offrir une chance de rédemption.

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    L'équilibre brisé et le cirque médiatique

    L'impact de Ronaldo a été immédiat et dévastateur pour la structure de l'équipe. Ed Woodward avait rappelé du personnel de vacances pour gérer l'annonce, prouvant que le marketing primait sur le sportif. Sur le terrain, l'équipe s'est désagrégée. « Sans le ballon, nous avons dû changer les rôles auxquels nous étions habitués », confesse Solskjaer.

    Pire que la tactique, c'est l'autorité du manager qui a été sapée. Ronaldo, dans sa quête éternelle de records, refusait la rotation. Quand Solskjaer a osé le mettre sur le banc contre Everton, le cirque a commencé : Sir Alex Ferguson critiquant le choix en public, Khabib Nurmagomedov s'en mêlant... Le vestiaire a compris qui était le vrai patron. Les egos sont sortis du bois, et le collectif, marque de fabrique des premières années Ole, a volé en éclats.

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    L'anti-Amorim : ramener la joie (et Bruno Fernandes)

    Pourquoi Solskjaer réussirait-il là où Ruben Amorim a échoué ? Parce qu'il est son exact opposé. Amorim a braqué son vestiaire en critiquant publiquement Rashford et Garnacho, créant un climat de peur. Solskjaer est un unificateur. Nemanja Matic l'a dit : « Ole est le premier coach avec qui je ne me suis pas battu quand je ne jouais pas. » Il sait gérer les humains.

    Sous Solskjaer, Bruno Fernandes a connu sa période la plus faste (26 buts, 19 passes décisives en deux saisons). Le style de jeu du Norvégien, basé sur des transitions rapides et une liberté créative, conviendrait parfaitement aux qualités actuelles d'Amad Diallo ou Bryan Mbeumo. Après la rigidité tactique d'Amorim et la froideur de Ten Hag, United a désespérément besoin d'un manager qui fait aimer le football à ses joueurs.

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    La leçon de l'hubris : ne plus jouer aux héros

    Cependant, pour que ce retour soit un succès, Solskjaer doit avoir appris de sa chute finale. Son erreur fatale, outre le recrutement de Ronaldo, fut l'hubris. À la fin de son mandat, il a cru pouvoir regarder Manchester City et Liverpool dans les yeux, en essayant de jouer d'égal à égal. Le résultat fut une boucherie (0-5 contre Liverpool, 0-2 contre City sans toucher le ballon).

    « Nous devions être Manchester United, ne pas défendre, attaquer... Ils n'étaient pas prêts », regrette-t-il aujourd'hui. S'il revient, il devra accepter le pragmatisme. United n'est pas prêt à dominer. Il doit redevenir cette équipe de contre-attaque létale qui avait battu le City de Guardiola à plusieurs reprises.

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    Un bilan réhabilité

    Il est facile de se moquer de Solskjaer, mais les faits sont têtus. Il est le seul manager post-Ferguson à avoir enchaîné deux podiums consécutifs (3e puis 2e). Il a redonné le sourire à un club déprimé par Mourinho. Il a construit une équipe qui, avant l'arrivée parasite de Ronaldo, semblait prête à franchir un cap.

    Aujourd'hui, le contexte est différent. Il n'y a plus de superstar vieillissante pour dicter la compo. Il n'y a plus d'illusions de grandeur immédiate. Il y a juste un groupe traumatisé qui a besoin d'un père, et un club qui a besoin de retrouver son âme. Solskjaer a les épaules pour ça, à condition de laisser ses rêves de grandeur au vestiaire et d'écouter, cette fois, les leçons du passé.

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