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L'histoire d'Andriy Shevchenko, l'homme qui a mis l'Ukraine sur la carte du footbal

Quand je pense à mon enfance et aux couleurs rossonere, un nom et un numéro surgissent immédiatement : 7, Andriy Shevchenko. Son arrivée à Milan, alors que j'allais avoir 10 ans, fait partie de la fascination que ce footballeur, aussi élégant que létal, a toujours exercée sur moi. L'élégance du geste alliée à la cruauté devant le but ont fait de lui l'un des meilleurs attaquants de l'histoire, à la charnière des deux siècles. Et son histoire personnelle fait de lui l'un des derniers grands héros du XXe siècle.

  • Fils de Kiev

    Raconter le Shevchenko intime n'est pas chose aisée, tant les chiffres se mêlent aux mots, les statistiques à l'esthétique. Fils de l'Union Soviétique, né dans un village à 100 kilomètres de Kiev, sa vie est indissociable de cette ville, aujourd'hui martyrisée par les bombes. C'est au Dynamo, le club du régime, et sous la férule du maître Valeriy Lobanovskyi, que tout a commencé, que le talent a germé et fleuri. Même si, au tout début, il y a eu les terrains vagues entre les immeubles de l'ère communiste.

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  • De son père à Tchernobyl, les premiers obstacles

    Inimaginable de penser qu'à 10 ans, il a raté un test de dribble pour entrer dans une école de sport. Mais son talent est inné, et un recruteur du Dynamo le repère. Son père, militaire, ne voulait pas qu'il devienne footballeur et rêvait pour lui d'une carrière dans l'armée. Et puis, il y a eu la catastrophe de Tchernobyl, qui a suspendu toutes les activités sportives et forcé sa famille à quitter leur maison. Autant d'obstacles qui auraient pu briser son rêve avant même qu'il ne commence.

  • Un destin italien

    Pourtant, l'Italie était déjà dans son destin. En 1989, à 13 ans, il remporte un tournoi international en Italie avec le Dynamo, inscrivant 10 buts, dont 5 en 20 minutes en finale. L'année suivante, il remporte la "Ian Rush Cup" au Pays de Galles et reçoit des mains de la légende galloise une paire de crampons. Un prédestiné, déjà.

  • Lobanovskyi et la cigarette

    Shevchenko est déjà un prototype de champion, mais son hygiène de vie n'est pas encore celle d'un professionnel. Le "Colonel" Lobanovskyi, son maître, va s'en charger. Pour lui faire passer l'envie de fumer, lui qui fumait presque un paquet par jour, il lui administre une injection de nicotine si forte qu'aujourd'hui encore, la simple vue d'une cigarette lui donne la nausée. Des années plus tard, en champion d'Europe, il viendra déposer la Ligue des Champions, puis le Ballon d'Or, sur la tombe de son mentor.

  • Le Tsar de l'Est et le Ballon d'Or

    La rigueur et l'application inculquées par le Colonel seront les fondations de sa carrière. Des heures et des heures passées à frapper au but. Des années plus tard, Gennaro Gattuso, son coéquipier à Milan, dira de lui : « Je n'ai jamais vu un joueur capable de cadrer avec un tel pourcentage ». Oleg Blokhine en 1975, Igor Belanov en 1986, Andriy Shevchenko en 2004. Les trois Ballons d'Or ukrainiens ont tous été façonnés par la main patiente de Lobanovskyi.

  • Les "jumeaux du but"

    L'autre grande rencontre de sa vie est celle avec Serhiy Rebrov, son "jumeau du but". De deux ans son aîné et totalement différent de lui, ils se complètent à la perfection. Ensemble, ils inaugurent l'âge d'or du Dynamo des années 90, remportant cinq championnats et menant le club au cœur de l'Europe, avec une campagne de Ligue des Champions magique qui les révèle au plus haut niveau.

  • La légende de "Sheva"

    Ce que Shevchenko accomplira ensuite avec l'AC Milan appartient à l'histoire du football. Il met l'Ukraine au centre de l'Europe, remporte la Ligue des Champions et le Ballon d'Or, et entre dans le mythe. Des buts, des trophées, et une humilité jamais démentie. Son départ fut un déchirement, son retour une déception, mais ce numéro 7 reste gravé dans le cœur des supporters, et pas seulement pour ses exploits sur le terrain.

  • AC Milan's Ukrainian forward Andriy ShevAFP

    Le Roi de Milan, comme Van Basten

    Au milieu de toutes les statistiques, il y en a une qui l'a rendu immortel aux yeux des supporters milanais, à l'égal d'un Marco van Basten : avec 14 buts dans le derby contre l'Inter, dont un décisif lors de la demi-finale épique de 2003, il est le meilleur buteur de l'histoire du "derby della Madonnina". Le Tsar de l'Est était devenu le Roi de Milan. Le seul capable de rivaliser avec Ronaldo, le Fenomeno. Un chant, pour le célébrer, résonne encore parfois à San Siro : « Il n'est pas Brésilien, mais quels buts il marque... Laisse le Fenomeno là-bas, ici, il y a Sheva ».

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