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« Il marche et observe ce qui l'entoure »… Xavi dévoile le secret de la lecture exceptionnelle des matchs par Messi

Xavi Hernández, légende du FC Barcelone, a rendu hommage à son ancien coéquipier Lionel Messi, affirmant qu’il ne pouvait être comparé à aucun autre joueur de l’histoire du football et le qualifiant de « Michael Jordan du football ».

Dans un article publié par le média britannique « The Athletic », le milieu de terrain légendaire a justifié son point de vue en soulignant le talent exceptionnel de la star argentine, sa longévité au plus haut niveau depuis plus de deux décennies ainsi qu’une mentalité compétitive unique qui le rend, selon ses propres mots, « presque surhumain ».

Ci-dessous, le texte intégral de l’article de Xavi Hernández :

  • Cette première interview pose les bases d’un entretien inaugural, essentiel pour comprendre les enjeux du match à venir.

    J’avais vingt ans lorsque j’ai entendu parler de Lionel Messi pour la première fois.

    L’un de mes formateurs à la Masia m’a alors signalé l’arrivée de ce jeune Argentin, affirmant n’avoir jamais rien vu de tel. Sceptique, je me disais que les talents précoces pullulaient dans le vivier barcelonais et qu’un joueur ne pouvait être jugé avant d’avoir franchi le cap de l’équipe première.

    Il m’a lancé : « Xavi, ce garçon-là est différent. »

    Au fil des années suivantes, j’ai vu défiler ses images sur la chaîne du club : gestes techniques, buts… On le voyait effacer quatre ou cinq défenseurs avant de battre le gardien. Indéniablement talentueux, il restait pourtant, à mes yeux, un simple prodige parmi d’autres, la chaîne ne diffusant que les séquences les plus flatteuses.

    En 2004, ce même coach m’envoie un texto : « L’Argentin dont je t’ai parlé s’entraîne avec vous demain. » Je me dis : « Bon, voyons enfin ce que ce gamin a dans le ventre. »

    Je me souviens de cette première séance : sa maîtrise du ballon, ses dribbles, ses passes, sa complémentarité avec les coéquipiers… Il savait tout faire. Un phénomène.

    Je n’en croyais pas mes yeux, pas plus que les autres cadres de l’équipe – Carles Puyol, Víctor Valdés, Deco ou Ronaldinho. Nous nous regardions, stupéfaits : « Ce n’est pas normal. » À 16 ans seulement, Leo était déjà, d’emblée, pratiquement le meilleur joueur du club.

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    La fougue de Messi

    C’était un jeune homme travailleur et un adversaire redoutable, incroyablement combatif sur le terrain comme en dehors, porté par une soif de réussite inextinguible. À chaque fois qu’il s’avançait vers l’avant, pas de gestes superflus, pas de feintes spectaculaires : il allait droit au but, l’esprit fixé sur un seul objectif. Mon Dieu, la façon dont ce garçon attaquait le but… Un spectacle rare, même à Barcelone, où les talents hors norme abondent.

    Hors du terrain, Leo se montrait timide et renfermé. J’ai partagé ma chambre avec lui lors d’une tournée en Asie, peu après son arrivée en équipe première. Il me demandait la permission simplement pour allumer la télévision. Je lui ai dit : « Du calme, ça va, tu n’as pas à recevoir d’ordres de ma part. » J’ai tenté de le mettre à l’aise.

    Sur le terrain, nous communiquions sans cesse. Il me lançait : « Maki, ce gars me colle trop, cherche-moi dans l’espace derrière lui », puis il filait en profondeur pour échapper à son défenseur. Parfois, je le voyais s’agiter parce qu’il ne touchait pas le ballon. Je lui disais : « Recule, recule. » Il se replaçait près de moi, d’Andrés Iniesta et de Busi (Sergio Busquets), là où le jeu se créait. Plus Leo touchait le ballon, plus l’équipe en profitait. Nous voulions qu’il se sente bien et qu’il s’implique dans le match.

    Jouer avec lui était (et reste) un jeu d’enfant. Si tu ne parviens pas à te comprendre avec Messi, alors tu ne sais pas jouer au football ; c’est aussi simple que ça. Quand tu lui passes le ballon, il te le rend parfaitement, au moment idéal, et toujours sur ton pied fort. Pour un joueur qui aime faire vivre le ballon, évoluer à ses côtés était un pur plaisir. Il a fait de moi un meilleur joueur, et j’ai tenté d’apporter autant que possible en retour.

    C’était un coéquipier exceptionnel. Il a commencé comme un capitaine calme, toujours demandeur de ballon et constamment présent sur le terrain, avant d’assumer progressivement davantage de responsabilités. Lors de mon départ en 2015, il était déjà un meneur d’hommes confirmé, capable d’encourager ses partenaires avant chaque match. Aujourd’hui, avec l’Argentine, il est le capitaine incontesté, tant par ses paroles que par ses actes. Cette soif inextinguible de victoire vient de l’intérieur. On ne voit jamais Messi mal préparé pour un match. Sa passion pour le football est typiquement argentine, extrêmement compétitive, et on ne peut pas y échapper.

  • L’édition de référence

    De nombreuses performances de Messi ont marqué ma mémoire, mais si je devais n’en retenir qu’une, ce serait la demi-finale de la Ligue des champions contre le Real Madrid en 2011. L’aller s’est joué au Bernabéu. José Mourinho nous avait contraints à évoluer sur une pelouse haute, signe évident qu’il visait un match nul et vierge.

    Leo ouvre le score, puis il entame une chevauchée à la Maradona, effaçant un à un ses adversaires. Il se présente seul face à Lassana Diarra, Xabi Alonso, Raúl Albiol et Sergio Ramos, et les bat tous. Ce soir-là, le collectif était en berne, mais nous possédions l’atout majeur : le meilleur joueur de l’histoire. Messi a souvent gagné des matchs à lui seul pour nous.

    Je suis toujours ému en le regardant aujourd’hui. J’ai joué jusqu’à 39 ans, mais je me trouvais alors au Qatar et j’avais depuis longtemps quitté la sélection espagnole. Leo a désormais le même âge, et pourtant il n’a pas changé : sa foulée, son jeu, tout est resté identique. Regardez comment ses pieds continuent de bouger, ces petits gestes rapides… N’importe quel autre joueur aurait pris sa retraite après avoir remporté la Coupe du monde 2022, mais c’est une bête de compétition convaincue qu’elle peut encore soulever le trophée.

    Je suis convaincu que l’Argentine atteindra les phases finales et que Messi, mentalement prêt malgré les doutes sur son état de forme, nous offrira encore son meilleur niveau. Lors de la Coupe du monde 2022, il a prouvé sa compétitivité en inscrivant un hat-trick.

    Son premier but contre l’Algérie était typiquement « Leo » : quand Rodrigo De Paul a levé la tête, il était déjà à la bonne place, là où le ballon devait atterrir. Ensuite, il a regardé derrière lui à trois reprises. C’est l’un de ses secrets : il observe en permanence, évalue chaque mouvement autour de lui et anticipe tout dans sa tête. Il avance lentement, mais son regard scrute chaque détail : la position du milieu défensif, celle du défenseur central, les intervalles libres. Sa compréhension du jeu est exceptionnelle.

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    Capable de jouer à tous les postes

    À Barcelone, nous réalisions de nombreux exercices mentaux, des séances où l’objectif était de repérer les espaces ou le partenaire démarqué. Messi excellait dans cet exercice. Je ne dramatise pas en affirmant qu’il aurait pu occuper le poste d’Iniesta, celui de Busquets, celui de Puyol ou le mien… Il pouvait tout faire, comme le meilleur joueur à chaque poste, et c’est toujours vrai aujourd’hui.

    Après sa performance contre l’Algérie, je lui ai adressé un message pour saluer son incroyable talent ; j’ai simplement ri en constatant l’évidence : il est dingue, vraiment dingue. Mais c’est ça, Leo : toujours présent au bon moment, sans égal, presque surhumain.

    Je répète souvent qu’il est le Michael Jordan du football. Sur un terrain, personne ne peut prétendre lui être comparé : il a surpassé les légendes du passé grâce à sa constance, dominant le jeu depuis deux décennies. Et, encore aujourd’hui, il continue de le démontrer.

    Son mental, hors du commun, fait sa force : il ne tolère pas la défaite et possède le tempérament comme le physique taillés pour le football. Oubliez ses buts contre l’Algérie ; observez son jeu dans sa globalité, sa condition physique, son dynamisme et l’ambition qu’il impose sur le terrain. Sa mentalité de champion restera à jamais inégalée.

    J’ai pu constater dès l’âge de 16 ans qu’il était un talent exceptionnel, mais le fait qu’il ait su perdurer aussi longtemps est tout simplement extraordinaire. Je suis reconnaissant d’avoir joué aux côtés de Leo et d’avoir croisé son chemin dans l’histoire.

    Je ne crois pas que nous reverrons un jour un footballeur de ce calibre.