Saudi chaos GFXGetty/GOAL

Grève de Ronaldo, trahison de Benzema : la Saudi Pro League au bord de l'implosion

Il y a trois ans, Cristiano Ronaldo débarquait en pionnier. Il jurait fidélité au projet jusqu'en 2034, vantant une ligue "très compétitive". Aujourd'hui, l'ambassadeur est devenu le premier rebelle. En refusant de s'aligner lundi soir, CR7 a envoyé un message dévastateur : le "fair-play" financier à la saoudienne est une mascarade.

Le Portugais, auteur de 91 buts en 95 matchs mais toujours sans titre de champion, a vu son équipe d'Al-Nassr s'effondrer en janvier (trois défaites en dix jours). Il réclamait des renforts majeurs. À la place, il a vu son club signer deux inconnus, pendant que le rival Al-Hilal, déjà leader, s'offrait cinq recrues, dont Pablo Mari et surtout Karim Benzema. Pour Ronaldo, la coupe est pleine : la compétition est truquée.

  • Karim Benzemagetty

    L'affaire Benzema : un transfert qui pose question

    Le transfert de Karim Benzema d'Al-Ittihad à Al-Hilal est l'étincelle qui a mis le feu aux poudres. Le Ballon d'Or 2022, pourtant auteur du doublé la saison passée, a rejoint le leader "gratuitement", Al-Ittihad ne payant que ses droits à l'image. Une transaction économiquement illogique entre deux concurrents directs, mais politiquement explicable : les deux clubs (ainsi qu'Al-Nassr et Al-Ahli) appartiennent au même propriétaire, le PIF.

    Ce mouvement interne ressemble moins à un transfert qu'à une réallocation de ressources par la maison-mère pour assurer le titre à son club phare du moment, Al-Hilal. Pour les supporters d'Al-Ittihad (et Ronaldo), c'est une trahison institutionnalisée. Le PIF, qui voulait créer une "Super League" compétitive, se retrouve accusé de manipuler son propre championnat en déshabillant Paul pour habiller Jacques.

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  • Al Nassr v Al Taawoun: Saudi Pro LeagueGetty Images Sport

    Al-Hilal : le favoritisme du "Golden Sponsor"

    L'iniquité ressentie par Ronaldo ne vient pas seulement du PIF, mais aussi du financement privé. Le mercato luxueux d'Al-Hilal (qui avait déjà dépensé 80 M€ l'été dernier sur Theo Hernandez et Darwin Nunez) a été entièrement financé par le Prince Al-Waleed bin Talal, un "sponsor doré".

    Pendant qu'Al-Nassr devait composer avec des restrictions budgétaires, Al-Hilal jouait avec un carnet de chèques illimité. Cette disparité de traitement, au sein d'une ligue qui se veut centralisée, crée un déséquilibre flagrant. Ronaldo, qui affirmait récemment qu'il était "dur de rivaliser", a fini par conclure que le combat était perdu d'avance si les règles changeaient en cours de route.

  • Cristiano Ronaldo Joao Felix NassrGetty

    Le PIF face à ses contradictions

    Cette crise révèle les limites structurelles du modèle saoudien. Posséder les quatre plus gros clubs permet de faciliter les transferts de stars (comme Chelsea avec Strasbourg), mais cela tue la crédibilité sportive quand ces clubs s'affrontent. Le conflit d'intérêts n'est plus théorique ; il fausse le championnat.

    En se mettant en grève, Ronaldo force le PIF à se regarder dans le miroir. La ligue ne peut pas se permettre de voir sa plus grande star bouder, d'autant que le titre se joue dans un mouchoir de poche (Al-Nassr est revenu à un point malgré tout).

  • Al Nassr v Al Taawoun: Saudi Pro LeagueGetty Images Sport

    Un retour sous haute tension

    L'ironie du calendrier veut que le prochain match, ce vendredi, oppose Al-Nassr à Al-Ittihad. D'un côté, l'équipe de Ronaldo (s'il revient) ; de l'autre, l'ancienne équipe de Benzema, furieuse d'avoir perdu sa star.

    Le retour de CR7 est impératif pour l'image de la ligue, mais le mal est fait. En voulant tout contrôler, l'Arabie saoudite a créé un monstre où les stars dictent leur loi et où l'équité sportive semble optionnelle. Le "grand disrupteur" du football mondial a fini par créer le chaos chez lui. Si Ronaldo ne joue pas vendredi, la crise ne sera plus seulement sportive, elle sera existentielle pour le projet Vision 2030.

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