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Du Camp Nou au Bernabéu… L'histoire des transferts interdits entre Barcelone et le Real Madrid

Le retour sur le devant de la scène de Marc Cucurella, fraîchement transféré au Real Madrid, ravive l’un des sujets les plus sensibles du football espagnol : le passage du FC Barcelone à son rival éternel. car ces deux maillots incarnent non pas seulement deux clubs, mais deux identités opposées, et quiconque effectue ce passage se transforme aussitôt, aux yeux de la moitié de l’Espagne, d’idole en « traître ».

Si ce passage d’un club à l’autre reste rare, plusieurs grandes stars l’ont pourtant effectué : le Portugais Luís Figo, le Brésilien Ronaldo Nazário, dit « le Phénomène », et le Camerounais Samuel Eto’o. Pourtant, ce passage direct de la Catalogne à la capitale demeure une exception, et chaque épisode a donné lieu à une histoire singulière, marquée par la colère et la controverse.

  • Le coup d’envoi est donné : Albinés franchit la ligne défendue

    L’Espagnol Alfonso Albíniz, né à Barcelone en 1886, est considéré comme le premier joueur de l’histoire à avoir porté les maillots des deux rivaux, le Real Madrid et le FC Barcelone. Il débute sa carrière à Barcelone en 1902, avant de rejoindre le Real Madrid la même année, à une époque où la rivalité n’avait pas encore revêtu la dimension politique et culturelle d’aujourd’hui.

    Malgré un football encore balbutiant, son choix crée la notion de « passage interdit » : la presse espagnole rapporte qu’il revient au Barça en 1906, avant de revenir au Real Madrid et d’endosser à nouveau le maillot blanc. Il devient ainsi l’un des premiers symboles du joueur itinérant entre les deux rives, à une époque où la fidélité club était bien plus souple qu’aujourd’hui.

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  • Schuster… la première « bombe » du mercato

    Il a fallu attendre 86 ans pour que l’histoire se répète. En 1988, la star allemande Bernd Schuster devenait le premier joueur à passer du FC Barcelone au Real Madrid, un transfert retentissant compte tenu de la renommée de ce meneur de jeu blond.

    Schuster n’était pas un joueur ordinaire : il était le maestro du milieu de terrain blaugrana pendant huit ans. Son départ gratuit vers la capitale a été perçu comme une véritable provocation par le président catalan de l’époque. La polémique a pris une nouvelle dimension lorsque Schuster a achevé sa « série de trahisons » en devenant, toujours à ce jour, le seul joueur de l’histoire à avoir porté les maillots de Barcelone, du Real Madrid puis de l’Atlético de Madrid, s’aliénant ainsi les trois grands publics du football espagnol.

  • Laudrup… D’un quintuplé à un autre

    À la fin des années 1980, le Danois Michael Laudrup figurait parmi les meilleurs milieux de terrain au monde. Après quatre saisons couronnées de succès avec le FC Barcelone, il décide, en 1994, de rejoindre le Real Madrid. Ce choix faisait suite à un contentieux avec Johan Cruyff, qui l’avait écarté au profit de Romario lors de la finale de la Ligue des champions 1994.

    L’ironie, qui a immortalisé son nom dans l’histoire du Clásico, veut qu’en 1994 il ait d’abord joué pour le Barça et écrasé le Real 5-0, avant de revêtir seulement 364 jours plus tard la tunique blanche et de mener les Merengues à une victoire identique sur le même score. Ce doublé a fait de Laudrup un symbole de professionnalisme froid, un joueur respecté par les deux camps malgré l’amertume suscitée par son transfert.

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  • Luis Figo : la « traîtrise éternelle ».

    Aucun transfert dans l’histoire du football espagnol n’a eu un impact aussi retentissant que celui de Luís Figo. Ce talentueux Portugais était alors capitaine du FC Barcelone et l’un des meilleurs joueurs du monde, avant de surprendre tout le monde en décidant de rejoindre le Real Madrid en 2000.

    Estimé à 60 millions d’euros, ce transfert ne fut pas seulement un acte sportif, mais une véritable déclaration de guerre. Lors de son premier Clásico au Camp Nou, il a été accueilli par des têtes de cochon, des pétards et des cris de « traître », un qualificatif qui le poursuit encore aujourd’hui. Le joueur lui-même a reconnu avoir perdu l’affection d’une ville entière, mais avoir gagné en retour sa place dans le projet des « Galácticos », couronné par une Ligue des champions.

  • Ronaldo, le phénomène… un tricheur hors du commun.

    Surnommé le « Phénomène », ce « traître » reste respecté par les supporters des deux clubs, sans doute parce qu’il a fait escale en Italie entre ses deux passages en Espagne. Après une saison « extraordinaire » sous le maillot du Barça, Ronaldo a rejoint la « dream team » madrilène en 2002.

    Il y inscrit 47 buts en 49 matchs lors de l’exercice 1996-1997, avant de partir suite à des différends contractuels. Son arrivée en Espagne par la porte madrilène, cinq ans après son départ pour l’Inter Milan, a atténué la colère catalane, puisqu’il n’avait pas rejoint directement le rival. À Madrid, il a formé un duo redoutable avec Zidane et Raúl, démontrant que le talent exceptionnel transcende les rivalités.

  • Saviola, le dernier des passants. Ainsi s’achève l’ère d’un joueur qui a marqué les esprits par sa classe et sa discrétion.

    L’Argentin Javier Saviola, qui a rejoint le Real Madrid en 2007 après avoir déjà porté le maillot du club catalan, est le dernier à avoir osé passer directement d’un club à l’autre. Bien qu’il figure parmi les rares joueurs à avoir évolué dans les deux équipes, il n’a pas réussi à laisser une empreinte durable dans l’une ou l’autre.

    Arrivé à Barcelone en 2001 avec l’étiquette de « nouveau Maradona », il n’a jamais trouvé la stabilité, étant souvent prêté. Son passage au Real, concluant en 2007 sans indemnité de transfert et presque dans l’indifférence des médias, confirmait déjà son statut de joueur déclinant. Ses deux saisons ternes chez les Merengues illustrent parfaitement que le passage d’un rival à l’autre n’assure pas la gloire, mais peut même précipiter le déclin.

  • Kokorila… Le combat pour l’appartenance commence.

    Le Real Madrid a officialisé la venue du latéral gauche Marc Cucurella en provenance de Chelsea, une arrivée surprise qui constitue un véritable coup de tonnerre sur le marché des transferts. Un véritable séisme sur le marché des transferts, puisque le natif d’Alella, en Espagne, a commencé sa carrière à La Masia, le célèbre centre de formation du FC Barcelone, où il a gravi les échelons des équipes jeunes avant d’effectuer quelques apparitions avec l’équipe première.

    Le défenseur catalan a ensuite quitté le club pour rejoindre Brighton, puis Chelsea, où il s’est imposé comme l’un des meilleurs arrières gauches du continent, notamment grâce à son pressing haut et à sa contribution efficace aux actions offensives.

    Parallèlement, Claudia Rodríguez, l’épouse du joueur, a clos la polémique sur ses couleurs de cœur en publiant sur Instagram une vieille photo où, bébé, il porte déjà un maillot du Real Madrid.

  • Pourquoi les transferts restent-ils si rares ?

    Les raisons sont autant culturelles et politiques que sportives. En Catalogne, le Real Madrid incarne le centralisme espagnol, et réciproquement dans la capitale. Un joueur en transit se transforme aussitôt en outil de propagande, sommé de prouver sa double allégeance à chaque match ; une pression psychologique que peu d’athlètes parviennent à soutenir.

    La plupart des stars optent donc pour une étape intermédiaire : Samuel Eto’o a débuté au Real avant de s’illustrer à Majorque puis de rejoindre Barcelone, tandis que Luis Enrique a suivi le parcours inverse. Cette « pause » atténue la stigmatisation de la trahison. Si, comme le suggèrent les rumeurs, Cocorela rejoignait directement le Real en provenance de La Masia, il deviendrait le premier à franchir ce pas depuis plus de vingt ans, relançant ainsi l’éternelle question : s’agit-il d’une trahison de l’histoire… ou simplement du professionnalisme à l’ère du capital ?