Mario BaslerGetty Images

Bières, Marlboro et coup franc en lucarne : Mario Basler, le dernier punk du FC Hollywood

La nuit précédant le match le plus important de sa vie, Mario Basler n'était pas au lit en train de visualiser le trophée. Il était au bar de l'hôtel. « J'étais assis là jusqu'à 3h30 du matin, alors que tout le monde dormait », raconte-t-il. Quand Uli Hoeneß et Ottmar Hitzfeld ont tenté de l'envoyer se coucher, craignant pour sa forme physique, sa réponse fut cinglante : « Non, je ne vais pas au lit, je dois encore boire des petites bières. Si je ne le fais pas, on ne pourra pas gagner demain. »

Le lendemain, au Camp Nou, Basler était titulaire. Il a ouvert le score d'un coup franc direct magistral dès la 6e minute. À la 89e minute, il est remplacé sous les ovations. Le score était de 1-0. Pour lui, le match était fini. Ce qui s'est passé dans les arrêts de jeu – les buts de Sheringham et Solskjaer – n'est qu'une note de bas de page. « En fait, je suis vainqueur de la Ligue des champions », aime-t-il répéter aujourd'hui. Il a joué, il a marqué, il a gagné son duel. Le reste n'est que littérature.

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    La fête de la défaite : danser sur les tables

    Si la défaite a plongé le Bayern dans un deuil profond, Basler, lui, n'avait pas l'intention de laisser le résultat gâcher sa soirée. Alexander Zickler, son coéquipier, se souvient de l'après-match comme de « la plus belle fête que j'ai vécue au Bayern ». Une affirmation surréaliste compte tenu du scénario tragique.

    « Mario Basler trouve toujours un moyen de lancer ce genre de choses », explique Zickler. Basler confirme : « La fête était une sensation, on a vraiment mis les gaz. On a bu, ri et dansé jusqu'à ce que la piste brûle. Ou plutôt les nappes, car on dansait sur les tables. » Rentré au petit matin, Basler a prouvé ce soir-là qu'il était imperméable à la pression comme à la dépression. Il avait fait son job, et pour le "Rebelle", c'était une raison suffisante pour célébrer, trophée ou non.

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    Le visage du "FC Hollywood"

    Mario Basler n'était pas juste un fêtard ; il était l'âme du "FC Hollywood" des années 90, cette équipe du Bayern remplie d'ego surdimensionnés (Matthäus, Effenberg, Kahn) et de talents inouïs. Arrivé en 1996 après avoir été meilleur buteur de Bundesliga avec le Werder Brême (en marquant notamment trois corners directs !), il a apporté sa folie à Munich.

    Mais son génie sur le terrain ("Classe mondiale jusqu'au cou", disait un de ses coachs) était en guerre permanente avec son hygiène de vie. Uli Hoeneß a même dû engager des détectives privés pour le surveiller. Entre les sorties en discothèque pendant ses arrêts maladie et son amour immodéré pour la Marlboro, Basler était ingérable. Il vivait sa vie sans filtre, refusant de se plier aux exigences du professionnalisme naissant, compensant ses excès par une frappe de balle surnaturelle..

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    La chute dans une pizzeria

    Comme souvent avec ce genre de profil, la fin ne pouvait pas être banale. Elle n'a pas eu lieu sur un terrain, mais dans une pizzeria de Ratisbonne. Quelques mois après la finale de 1999, alors qu'il était en rééducation, Basler s'est retrouvé impliqué dans une bagarre nocturne avec son coéquipier Sven Scheuer. C'était l'écart de trop.

    Le Bayern, lassé, l'a suspendu puis transféré à Kaiserslautern. À seulement 30 ans, sa carrière au très haut niveau prenait fin brutalement. « Il aurait pu devenir une légende ici », regrettera plus tard Uli Hoeneß avec amertume. Mais devenir une légende "lisse" n'a jamais intéressé Basler. Il a manqué l'Euro 96 sur blessure (laissant ses coéquipiers gagner sans lui), a raté la Coupe du Monde 98, mais il a gardé ses souvenirs de soirées arrosées au Gin-Tonic avec la sélection, se moquant des Anglais qui « buvaient comme s'il n'y avait pas de lendemain ».

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    Le critique de la "Génération Gel Coiffant"

    Aujourd'hui reconverti en consultant TV et humoriste avec son spectacle "Basler ballert" (Basler tire à balles réelles), l'ancien milieu de terrain est devenu le gardien du temple des "vrais hommes". Il porte un regard acerbe sur le football moderne, qu'il juge aseptisé.

    « Si je devais jouer aujourd'hui, je deviendrais fou », assure-t-il du haut de ses 56 ans. « Ils passent une heure devant le miroir, mettent du gel, des bandeaux... Et ils ne peuvent pas s'entraîner pendant deux jours parce qu'ils viennent de se faire tatouer. » Pour Basler, qui pouvait enchaîner clopes, alcool et finale de Ligue des champions, cette fragilité est incompréhensible. Il reste le témoin d'une époque où le talent suffisait à excuser tous les excès, une époque qu'il a brûlée par les deux bouts, exactement comme ses cigarettes.

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