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Benjamin Šeško : comment Michael Carrick peut réussir là où Rúben Amorim a échoué

Le premier match de Michael Carrick à la tête de Manchester United fut une euphorie, une victoire dominante 2-0 dans le derby. Presque tout le monde à Old Trafford avait le sourire. Presque. Car Benjamin Šeško, lui, n'est pas entré en jeu. Après des débuts difficiles, l'attaquant, recruté pour 87 millions d'euros, commençait à peine à trouver ses marques. Le voir écarté pour ce match crucial a soulevé des questions sur sa place dans le projet du nouveau coach.

Pourtant, le traitement que Carrick lui réserve depuis son arrivée, tout en douceur et en communication, suggère un changement radical par rapport à la méthode Amorim. Alors que son prédécesseur semblait avoir perdu patience, Carrick a choisi de prendre son temps, de discuter, de mettre le joueur en confiance. Et c'est peut-être précisément ce dont le jeune et talentueux Šeško avait besoin pour enfin lancer sa carrière à Manchester.

  • Benjamin Sesko Michael CarrickGetty

    Le bras autour de l'épaule

    Alors qu'il aurait pu logiquement saluer les héros du derby, la première chose que Michael Carrick a faite au coup de sifflet final a été de chercher Benjamin Šeško. Il a passé son bras autour de ses épaules, un geste simple mais lourd de sens, comme pour lui dire de ne pas s'inquiéter, que son tour viendrait et qu'il faisait partie intégrante du projet. Une image forte, qui contraste radicalement avec le management plus distant et parfois cassant de son prédécesseur.

    Interrogé après le match sur le risque de casser la dynamique naissante du joueur, Carrick a immédiatement éteint l'incendie avec des mots rassurants. « Je ne pense pas que ce soit une perte de dynamique », a-t-il déclaré. « C'était un choix d'équipe pour aborder ce match d'une certaine manière. Ben est dans un bon état d'esprit, il s'entraîne très bien. J'ai été vraiment impressionné par sa finition et son attitude. Je ne vois ça que comme une étape. Il est là pour le long terme ».

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    Une question de profil

    Le nouveau coach a ensuite pris le temps de détailler son raisonnement tactique, une explication qui a dû rassurer Šeško quant à son avenir. Carrick a justifié la titularisation de Bryan Mbeumo par sa capacité à décrocher et à créer des espaces dans un rôle plus libre, en duo avec Bruno Fernandes. Il a ainsi dessiné les contours d'une attaque à géométrie variable, où chaque profil a sa place.

    « C'est juste une question de variété, de forces différentes », a-t-il précisé. « Ben [Šeško] est très bon pour jouer sur la dernière ligne et prendre la profondeur, on l'a vu ces dernières semaines. Matheus [Cunha] a fait une grosse différence en entrant. Nous avons de bonnes options ». Cette explication laisse clairement la porte ouverte à Šeško pour les prochains matchs, notamment le déplacement à Arsenal, où son profil de joueur de profondeur pourrait être bien plus adapté.

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    "Améliorer les individus"

    Lors de sa première conférence de presse, Michael Carrick a défini sa philosophie, une vision qui semble taillée sur mesure pour un joueur comme Šeško. « Ce que j'adore, c'est améliorer les individus. Car si vous améliorez les individus, vous créez une meilleure équipe », a-t-il expliqué. Et s'il y a un joueur qui a besoin d'être "amélioré" et mis en confiance, c'est bien le jeune Slovène, qui traîne derrière lui une réputation de futur crack depuis son adolescence.

    Ses liens avec Salzbourg ont inévitablement conduit à des comparaisons précoces et écrasantes avec Erling Haaland. Mais sa progression n'a pas été aussi fulgurante. Bon à Leipzig, mais pas exceptionnel, il n'a pas encore franchi ce cap qui sépare les bons joueurs des superstars. Le défi de Carrick est donc immense : transformer ce grand potentiel en un rendement de premier plan, ce que ses prédécesseurs n'ont pas réussi à faire.

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    Des débuts difficiles

    Il faut dire que son manque d'expérience en Premier League et ses statistiques correctes mais pas affolantes ont suscité des doutes dès son arrivée, surtout au vu de son prix. Et ses premières semaines ont confirmé ces craintes. L'attaquant a été confronté à la double réalité de la dureté du championnat anglais et de la pression immense qui entoure Manchester United, un club où chaque performance est disséquée.

    Rúben Amorim, son ancien coach, a semblé méfiant, hésitant à le lancer trop tôt dans le grand bain. Même lors du match de coupe à Grimsby, il a été désigné comme le dixième tireur de penalty, un signe de défiance qui n'est pas passé inaperçu. Malgré un premier but contre Brentford, il a souvent alterné le bon et le moins bon, jusqu'à être vivement critiqué par des légendes comme Gary Neville.

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    L'amour vache d'Amorim

    La méthode de management de Rúben Amorim, faite de franchise brutale, n'a pas aidé. En tentant de défendre Šeško, il a en réalité enfoncé le clou. « Il va avoir du mal », avait-il déclaré. « Il n'a pas d'expérience ici. Il arrive dans le club le plus difficile du monde. Si vous n'êtes pas performant chaque semaine, vous vous faites critiquer, et parfois, les critiques ont raison. Il a eu du mal, c'est un fait ».

    Cette approche "à la dure" n'a pas porté ses fruits. Les consignes tactiques, demandant à Šeško de jouer principalement en pivot, ne semblaient pas correspondre à ses qualités de joueur de profondeur. Lors du dernier match d'Amorim, il est apparu totalement déconnecté de ses coéquipiers, illustrant l'échec d'une méthode qui n'a jamais su le mettre en confiance.

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    La touche personnelle peut tout changer

    Le déclic est finalement venu sous les ordres de l'entraîneur intérimaire, Darren Fletcher. Avant le match contre Burnley, Fletcher a pris le temps de parler longuement avec l'attaquant de ses déplacements, de ses appels. Le résultat a été immédiat : un doublé et huit tirs. La preuve qu'un peu de dialogue et d'adaptation tactique peuvent tout changer.

    Michael Carrick doit maintenant suivre cette voie. Se concentrer sur la manière de tirer le meilleur de son attaquant, jouer sur ses points forts, plutôt que d'essayer de le faire entrer de force dans un système. Malgré sa non-titularisation dans le derby, il a clairement indiqué que Šeško faisait partie de ses plans. Seul le temps nous dira si cela paiera. Mais il a déjà montré un contact humain et une approche plus personnelle que son prédécesseur. Et pour un jeune joueur en plein doute, c'est peut-être tout ce qui compte.

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