Lille - Marcelo Bielsa, la croyance comme porte-étendard

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Après un début de saison compliquée, le LOSC vit des jours agités. Au cœur de la tempête, Bielsa. L'Argentin doit trouver la clé pour avancer.

"Je ne démissionnerai sous aucun prétexte, même si l’on doit jouer le maintien toute l’année. La seule possibilité pour que je cesse de travailler ici, je vous réponds une fois pour toutes, c’est que je sois démis de mes fonctions. Et cela ne dépend pas de moi. J’ai une conviction tellement forte au sujet de ce projet et par rapport à ce que je fais, peu importent les circonstances et les résultats, pour ce qui dépend de moi, je vais continuer à travailler avec davantage d’efforts que ce que je fais tous les jours." Mercredi, en conférence de presse avant la rencontre face à Monaco, Marcelo Bielsa, a assumé ses reponsabilités eu égard aux débuts fragiles du projet du LOSC, 17ème du championnat. Face à Monaco, ce vendredi au Stade Pierre Mauroy, les convictions du technicien argentins devraient s'opposer à une esquisse plus mûre. 

Conditionné par le facteur des résultats, aussi bien au moment de juger les joueurs comme le travail des entraîneurs, le football est envisagé de façon la plus sérieuse possible par Marcelo Bielsa. Tout au long de sa carrière de coach, le natif de Rosario a connu des joies, des peines, des triomphes ou échecs. Fatalement, au vu du classement de Lille, et en dépit d'une amorce séduisante face au FC Nantes (3-0), se pose une question : Bielsa est-il capable de s'adapter contre la période de "crise" traversée par son équipe ? Pour Romain Laplanche, auteur de l'ouvrage Le mystère Bielsa (Solar), la réponse est évidente. "Dans n’importe qu’elle situation dans laquelle il s’est trouvée, il s’est toujours adapté et il a fait le dos rond. Il tient à laisser le club dans les meilleures dispositions possibles. Notamment à Bilbao lors de sa deuxième partie de saison de l'exercice 2011-2012 malgré le manque de jus en fin de saison puisque c’était celle lors de laquelle Bilbao avait disputé son nombre record de matches (64, ndlr). Il a toujours fait face aux diverses situations."

La greffe Bielsa met souvent deux saisons à prendre. Une première pour faire connaissance, une seconde pour exploser. "Il n'y a qu'à Newell's que cette tendance ne s'est pas vérifiée. Il gagne l'Apertura 90 dès sa première saison et la saison d’après est moins bonne. Mais à l’époque, l'Apertura n’était pas considérée comme un titre  car pour être titré en Argentine c’était le vainqueur du Clausura contre celui de l'Apertura. Donc lors de la finale, ils jouent contre Boca après une saison moins bonne alors que Boca vient de remporter la Clausura. Newell’s l’emporte finalement aux tirs au but. Même si le tournoi de Clausura était moins bon que leur Apertura, ils ont su gagner la finale nationale", explique Romain Laplanche, renchérissant que Bielsa a connu une situation singulière : "L’Espanyol Barcelone c’est un peu particulier car il reçoit l’offre de l’Argentine peu apès son arrivée. Il a toujours fait face. À Bilbao il a été licencié mais il avait fait face en dépit de la situation frustrante du club. Il n’a pas fui."

Une humilité naturelle, un rapport à la défaite glaçant

Si la conférence de presse tenue mercredi a fait les gros titres à travers les propos de Bielsa à l'encontre de certains journalistes, la communication de l'entraîneur du LOSC se caractérise par une humilité qui peut être perçue à la limite de la dévalorisation dans certains contextes précis. Romain Laplanche estime que ce discours est propre à l'ancien entraîneur de l'OM, mais nécessite une lecture globale. "Il a toujours été comme ça. D’ailleurs à Bilbao lors de sa deuxième saison c’était un discours de frustration perpétuelle. Il mettait en avant les qualités de l’équipe. Il était toujours convaincu de réussir. Dès lors qu’il croit en ce qu’il fait, il va continuer, tracer sa route. Si ses joueurs et le clubs le soutiennent, il va tout mettre en oeuvre pour concrétiser cet espoir. Ses déclarations sur les entraîneurs français m’ont fait penser à son époque de l’OM quand il a affirmé que le championnat français disposait des meilleurs jeunes. Cela démontrait qu’il avait très bien étudié notre championnat", juge-t-il. Bielsa endosse les responsabilités des échecs, comme celui par exemple de ce qu'il considère comme le "plus grand du football argentin" (élimination lors du premier tour du Mondial 2002, ndlr).  "Il a toujours été d’une grande droiture et d’une grande humilité. Sa réthorique est très importante à analyser, il faut comprendre ses déclarations à travers deux lectures. Quand il dit ‘Blanc est meilleur que moi’, il ne dit pas qu’il considère que Blanc est meilleur que lui mais qu’il a démontré qu’il était meilleur que lui car Blanc a été plusieurs fois champion avec Bordeaux et le PSG, c’est un fait. Il dit ces déclarations en se mettant dans cette approche. En étant plus rationnel, c’est évidemment beaucoup plus complexe que ça", observe l'auteur. 

Marcelo Bielsa Lille LOSC Ligue 1

Éminemment cérébral, Marcelo Bielsa n'hésite pas à s'inspirer d'autres sports que le sien avec la finalité de maximiser les chances de victoire, à l'instar par exemple, de Pep Guardiola, amateur de rugby et de basket-ball. Cette quête de connaissances paraît infinie mais constitue un fondement majeur de la méthode Bielsa. "Depuis ses débuts, il est dans cette quête du détail. En Argentine, il avait l’habitude de regarder des matches européens. Le football espagnol, notamment le Barça de Cruyff, comme du football italien. En 1991, il prétendait être le premier à avoir eu l’opportunité de regarder des matches du football européen dans une si grande conséquence. Quand il est au Mexique, à l’Atlas, tous les dimanches à l’aube il avait l’habitude de lire toutes les revues qu’on lui envoyait depuis Rosario, le faisant avec Mario Zanabria. À Newells, il disposait d’un secrétariat technique, du matériel dont il avait besoin. Il recevait Marca par exemple et il revisionnait les matches de l’adversaire. Les joueurs devaient les étudier également. Daniel Carmona, qui était le secrétaire technique du club, disait à l’époque que lorsqu’on était à la 15ème journée, Bielsa l'obligeait à lui envoyer les 14 matches précédents de l’équipe adverse afin de l’étudier au mieux", précise Romain Laplanche.

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D'un point de vue plus général, Marcelo Bielsa use d'une grande psychologie et doit, comme Unai Emery et d'autres techniciens, apprécier le domaine des sciences humaines. Juan Pablo Sorín, qui a évolué sous les ordres de Bielsa sous le maillot de la sélection argentine, a synthétisé son apport dans La Vida por el fútbol, livre de Roman Iucht : "C'est un des entraîneurs auxquels je me suis le plus identifié. Dans le processus d'assimilation et dans le plaisir de faire partie de cette sélection. Il y a eu trois étapes : la première, celle de l'impact et de l'adaptation; la deuxième, celle de comprendre clairement que cet ordre de défendre est en lien avec le fait d'attaquer tout le temps, et la troisième, celle de l'explosion, celle de tout donner et plus que tu ne le penses pour l'équipe." Romain Laplanche abonde : "Son football demande une solidarité extrême entre les joueurs, un sentiment d’appartenance jamais vécu auparavant et qu’ils ne connaîtront peut-être plus jamais."

Méticuleux dans l'approche de son sport, doté d'une éthique sans pareille, Marcelo Bielsa va certainement peser ses mots, comme à son habitude, dans l'optique de convaincre son groupe des bienfaits de sa méthode. Alors que Lille est au bord du gouffre en championnat, la convition du natif de Rosario devrait être un argument prépondérant dans le déroulement de la suite de la saison. Le rapport à la défaite de Bielsa est résumé dans le livre par une anecdote glaçante du technicien, confiée à Clarín, après une défaite 6-0 avec Newell's contre San Lorenzo en Copa Libertadores : "Après cette défaite me sont passées par la tête des choses horribles. Je suis un type né pour gagner ou, du moins, qui fera tout dans le but d'essayer de gagner et qui donnera tout dans le but d'essayer de gagner quelque chose. Je me suis senti blessé, avec l'envie de m'enfermer dans un lieu obscur, et si nécessaire, de renoncer à la vie. Je ne parle pas de mort parce que, dans l'existence des êtres humains, il y a des choses beaucoup plus importantes qu'un résultat sportif, mais plutôt de fuir la vie pour un moment, quelques heures, rejeter cette possibilité qu'elle me donnait de continuer d'exister. Quand nous sommes arrivés à Santa Fe pour jouer contre l'Union en championnat (trois jours plus tard), je me suis enfermé pendant plus de cinq heures dans mon appartement, seul, sans même ouvrir la fenêtre et en évitant toute lumière."  

Entre la révolution tactique, sportive et psychologique, les Lillois ont eu à absorber de nombreux changements depuis le début de l'été. Si tout n'est pas parfait, loin de là, ils devront compter sur la force de conviction de Bielsa pour avancer. La suite de la saison et la première étape du projet "LOSC Unlimited" en dépendent.

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