ENTRETIEN - Roman Pavlyuchenko : "Ça sera la plus belle Coupe du Monde de l'histoire"

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L'ex-attaquant de la Sbornaya, Roman Pavlyuchenko, s'est confié à Goal à quelques jours de Mondial. Il revient notamment sur sa belle carrière.

La Coupe du Monde 2018 démarre dans une semaine. Le compte à rebours final est lancé. Pour prendre son mal en patience et aussi faire honneur au pays hôte, Goal vous propose une série d'interviews exclusives avec d'anciennes légendes du football russe. Après celui d'Oleg Salenko, voici notre entretien avec Roman Pavlyuchenko, l'un des anciens buteurs de la Sbornaya (21 buts en 51 capes).

Âgé aujourd'hui de 36 ans, Pavlyuchenko se rapproche de la fin de son parcours footballistique, surtout qu'il est inactif depuis plusieurs mois. Mais, et tout en préparant sa reconversion, il garde encore un petit espoir de connaitre un ultime challenge. Peut-être pour revivre une partie des émotions qu'il a vécues lorsqu'il était au sommet de sa carrière. Comme en 2008 lorsqu'il avait été l'un des principaux protagonistes de l'excellent Euro réalisé par la Russie. Dans l'interview qu'il nous a accordée, cet ancien attaquant revient sur les plus beaux moments de sa carrière, mais aussi sur ceux moins radieux, ainsi que sur l'expérience qu'il a vécue à l'étranger, du côté de Tottenham (2008-2012). Enfin, il évoque bien sûr ce Mondial à domicile, une compétition qu'il pressent comme étant la plus belle de l'histoire.


"L'Euro 2008 reste inoubliable pour moi et toute la Russie"


Pour commencer, comment allez-vous ? Comment ça s'est passé pour vous depuis votre départ d'Ararat FC ?

Depuis que j'ai quitté Ararat, je suis un peu en dehors du football. Je reste sans club. J'ai reçu des propositions de différents clubs, mais elles ne me convenaient pas et je les ai déclinées. C'est pourquoi je suis sans équipe actuellement. Et en ce moment, j'étudie pour être entraineur. Mais je n'en ai pas encore fini avec le football. J'ai envie de jouer pendant au moins une saison encore.

Peut-on vous revoir encore au plus haut niveau ? En Division 1 russe par exemple ?

S'il y a des propositions et qu'on fait appel à moi, alors peut-être que vous me verrez. Sinon, ça sera la fin.

Est-il vrai que vous avez reçu une offre d'un club indonésien ? Est-il toujours possible que vous y jouez ? 

Oui, c'est vrai. Je ne me souviens plus du nom du club parce que c'était difficile à retenir. Mais oui, j'avais des offres d'Indonésie, de Thaïlande. Mais, j'ai refusé parce que c'était trop loin. Pour jouer là-bas, je devais faire emménager toute ma famille, ma femme et les enfants. Et quitter Moscou, ça me posait un gros problème. C'est pour ça que je n'ai pas donné suite.

Beaucoup d'anciens joueurs de Spartak Moscou deviennent entraineurs. Pourquoi ce phénomène d'après vous ?

Peut-être que parce que la plupart d'entre eux, lorsqu'ils terminent leurs carrières de joueurs, veulent rester dans le football. Moi, j'ai du temps libre. Alors, je me suis dit pourquoi ne pas passer mes diplômes. Qui sait ce qui se passera dans cinq, dix ans. Du moment que j'ai du temps libre, j'aimerai donc bien apprendre (le métier d'entraineur).

Vous étiez l'un des principaux acteurs de l'Euro 2008, le dernier tournoi où la Russie a vraiment brillé. Est-ce le meilleur moment de votre carrière ?

J'ai eu beaucoup de bons moments. Mais c'est vrai que l'Euro 2008 est un tournoi très spécial pour moi et toute la Russie. On a quand même fini demi-finaliste. C'était un superbe tournoi, et nous nous sommes très bien comportés. On a été performants. Et, forcément, des compétitions comme celles-là, ça ne s'oublie pas. Ni pour les joueurs, ni pour les supporters. Ça reste dans toutes les mémoires.

Pourquoi cette belle équipe de Russie n'a plus réussi à s'illustrer sur la scène internationale ?

Nous ne sommes pas qualifiés pour la Coupe du Monde, alors qu'on a plutôt bien joué pendant les éliminatoires. Ensuite, il y a eu cette défaite contre la Slovénie en barrages (ndlr, en 2009). Ça nous a privés du Mondial. À un moment donné, tout s'est enchainé dans le mauvais sens avec notamment le départ de Guus Hiddink. Et c'est vrai qu'après 2008, la Russie n'a plus vraiment brillé. Nous espérons que la donne va changer avec cette Coupe du Monde à domicile. Que ça nous soit favorable, et que l'équipe se produise avec dignité et de bonne manière.


"La non-qualification pour le Mondial 2010 nous a fait beaucoup de mal"


Vous avez donc personnellement disputé des phases finales de l'Euro, mais pas de Mondial. Y a-t-il des regrets ? L'élimination contre la Slovénie justement vous reste-t-elle encore en travers de la gorge ?

Vous savez, cela fait longtemps et j'ai probablement déjà oublié. Mais, c'est vrai qu'au moment où on a connu cet échec, ça a été un énorme coup dur. J'ai pu déceler la désillusion des joueurs, du staff et aussi de tous nos supporters. C'était un coup dur pour le football russe. C'était douloureux et embarrassant. Mais aujourd'hui c'est de l'histoire ancienne. 

Quelle est votre opinion sur l'équipe russe en ce moment ?

C'est difficile à prédire ce qui va se passer à la Coupe du Monde. J'espère que notre sélectionneur va bien préparer l'équipe. Moi, j'ai le pressentiment que tout se passera bien et que notre sélection sera performante. Vu qu'on joue à domicile, il est impératif de sortir du groupe. Je pense vraiment que tout ira bien, surtout que nous aurons nos fans avec nous et qui vont remplir nos stades. Normalement, ça devrait aller. 

Pensez-vous que la sélection russe puisse créer la surprise, comme vous, vous l'avez fait en 2008 ? Ou ça sera plutôt compliqué car l'équipe actuelle n'est pas du même niveau ?

Et pourquoi pas ? Tout est possible ! Bien sûr, les demi-finales et les finales, c'est trop loin. Nous devons d'abord penser à s'extirper de notre groupe et voir comment ça va se passer ensuite. Par conséquent, l'objectif numéro un est donc d'atteindre les huitièmes de finale. Si on n'y arrive pas, ça sera une tragédie. Parce qu'à l'heure qu'il est, tout le pays et tous les supporters attendent des victoires. On doit répondre présent.

Pensez-vous que Stanislav Cherchessov est l'homme qu'il faut pour guider cette sélection russe ? Vous qui le connaissez bien vu que vous avez évolué sous ses ordres au Spartak.

Aujourd'hui, la Russie n'a pas autant de talents que l'Angleterre, l'Espagne ou l'Italie. Mais notre sélectionneur sait mieux que quiconque qui sont les joueurs les plus en forme car il les regarde et les observe tous. Et c'est lui qui choisit ceux qui sont susceptibles de briller et de répondre à ses attentes. L'entraineur a un objectif, et il sait qui convoquer dans le but de l'atteindre. S'il y avait quelqu'un d'autre, il est possible qu'il aurait fait appel à d'autres joueurs. Cherchessov convoque ceux sur lesquels il peut compter et qui sont les plus à même à obtenir de bons résultats.

D'après vous, quels sont les joueurs russes qui pourraient s'illustrer durant cette Coupe du Monde ?

Peut-être Aleksandr Golovin, le jeune du CSKA Moscou. Il est très adroit dans ses frappes et sait faire la différence. Alexei Miranchuk du Lokomotiv Moscou est aussi un très bon jeune footballeur. Et il y a d'autres joueurs qui pourraient se révéler.

On a l'impression que la Russie manque aujourd'hui d'attaquants de qualité, comme vous vous l'étiez par exemple. Etes-vous d'accord ?

Et bien, Fedor Smolov sait aussi marquer des buts et il l'a prouvé lors des matches amicaux. Ce qui compte surtout c'est que notre équipe parvienne à se créer des occasions. Si c'est le cas, on aura certainement des gars devant qui pourront conclure. Il y a Artem Dzyuba aussi. Il a aussi marqué beaucoup de buts dernièrement. Non, je ne me fais pas de soucis. Des finisseurs, on en a.

Le football russe a-t-il connu des progrès lors des 20 dernières années ? On pense notamment à la formation. 

Bien sûr qu'il y a des progrès. Le football ne stagne pas, il évolue année après année. Tout change et il y a des avancées. Moi, j'ai la certitude que la Russie est prête pour cette Coupe du Monde. J'ai même le sentiment que ça sera la meilleure Coupe du Monde de l'histoire. Parce que le pays a construit plusieurs grands et beaux stades. Tout a été mis en œuvre pour que ça soit un Mondial parfait. C'est déjà ce qui s'est passé avec les JO de Sotchi, et on a vu que c'était une grande réussite.


"Patientez encore un peu et vous verrez un club russe soulever la Ligue des Champions"


Quels changements faut-il apporter au système de la formation en Russie pour que ce pays puisse enfin rivaliser avec les grands pays européens ?

Je pense qu'aujourd'hui il n'est pas très utile de comparer la Russie avec l'Angleterre, l'Espagne et les autres pays. Ce n'est que ces dernières années que la Russie a commencé à ouvrir des écoles pour les enfants, construire des stades, et accorder donc beaucoup d'attention au football. Auparavant, ce n'était pas le cas. Le football des jeunes n'était pas la priorité. En prenant l'exemple de l'Angleterre, là-bas cela fait des années qu'on s'attelle à bien former les jeunes et les préparer pour le haut niveau. De ce point de vue-là, la Russie commence à peine à combler son retard. Et cela situe toute la différence qui existe entre les deux pays. Mais, le football russe avance. D'ici quelques années, tout sera dans l'ordre. Patientez encore quelques années et vous verrez un club russe en finale de la Ligue des Champions.

Que pensez-vous de l'Equipe de France ? Peut-elle remporter la Coupe du Monde ?

En fait, tout le monde peut. Il y a tellement d'équipes qui en ont les capacités. Je peux citer la France, bien sûr, mais aussi l'Espagne, l'Argentine, le Brésil et l'Allemagne. Ce sont les principaux prétendants. Au sein de la sélection française, je vois qu'il y a encore beaucoup de stars du football européen. Alors pourquoi pas ? La Russie aussi peut gagner. Les surprises peuvent se produire (rires). Aujourd'hui, toutes les sélections jouent bien. Et il y en a donc une qui va triompher.

Parlons de Tottenham, vous suivez toujours ce club ?

Oui, je le suis. Il y a même encore plusieurs joueurs avec qui j'ai joués. Donc oui, je suis l'équipe et je suis toujours curieux de voir comment elle se comporte. J'ai aimé cette équipe et ses supporters. J'ai passé trois ans et demi là-bas. Quelque part, c'est aussi mon club de cœur. Et donc forcément, je continue de les suivre.

Comment évaluez-vous le passage que vous avez eu chez les Spurs ?

Je l'évalue de manière très positive. Nous avons eu une très bonne équipe. D'ailleurs, Tottenham a toujours eu de bonnes équipes. Un très bel effectif. Lorsque j'étais là-bas, tout était bien. Nous nous sommes notamment bien comportés en Ligue des Champions où nous avons atteint les quarts de finale. Et en championnat, on a aussi été performants. Vraiment, Tottenham a toujours eu des équipes de grande qualité. Dans leur progression, ils n'ont pas connu de coup d'arrêt. Aujourd'hui, ils occupent constamment les 4e, 5e places en Premier League. Ils sont toujours au top. Et par conséquent, c'est un top club.

Que pensez-vous de l'équipe actuelle de Tottenham ? Est-ce que son jeu s'est amélioré en comparaison avec la période où vous y jouez ?

Vous savez, Tottenham a toujours eu un football très séduisant. Cette équipe est très offensive, et produit un bon jeu de passes. Ils jouent un football spectaculaire. Les joueurs vont et viennent mais le style reste le même. Personnellement, je l'ai toujours aimé. Quand Tottenham s'est intéressé à moi, j'ai toujours dit que ce style me convenait. Et il me semble aujourd'hui que ce style a perduré et n'a pas beaucoup changé.

A Tottenham, vous avez été confronté à la barrière de la langue. Il se dit que vous n'avez pas fait assez d'efforts pour apprendre rapidement l'anglais. Est-ce vrai ?

Non, ce n'est pas vrai. J'ai pris des cours. Il est clair qu'apprendre toute la langue en l'espace de six mois, c'est irréaliste. La première année, c'est sûr que c'était dur et c'est pourquoi j'avais un interprète. Mais c'est normal. Au bout d'un an, j'ai commencé à communiquer calmement, à comprendre et il n'y avait pas de problèmes. Mais la première année, c'est sûr que c'était très dur. 

Il y a beaucoup de joueurs russes qui s'exilaient en Angleterre à votre époque. Pourquoi à votre avis ?

Parce que nous avons brillé à l'Euro 2008 et c'est ce qui nous a ouvert la porte de la Premier League. Il y avait moi Arshavine, Zhirkov, Bilyaletdinov.

Et qu'est-ce qui vous a empêché de laisser une trace encore plus marquante dans ce championnat ?

Je ne peux pas parler des autres, mais me concernant, je pense avoir quand même réussi mon passage là-bas. J'ai marqué beaucoup de buts, disputé beaucoup de matches. Je ne suis pas resté à l'écart. Certes, il y a eu une époque où j'étais remplaçant car d'autres joueurs sont venus, mais il y avait beaucoup de concurrence avec des gars comme Adebayor, Van der Vaart, Crouch, Defoe, etc…Et malgré la présence de tout ce beau monde, j'ai joué et j'ai marqué. Donc, pendant trois saisons, je pense que ça s'est plutôt bien passé. J'ai marqué 41 ou 42 buts pour Tottenham. Je crois que c'est un bon bilan. Et j'en suis content.

Quel est le moment le plus mémorable que vous avez connu en Angleterre ?

Tous les matches que j'ai vécus, ça reste de bons souvenirs. Parce que quand j'ai fait la découverte du stade, j'ai vu une enceinte pleine et de fervents supporters. J'ai vu comment les fans soutenaient leur équipe, même si celle-ci perdait. Le stade, l'ambiance, c'était vraiment super. J'ai donc pris du plaisir à chaque match que j'ai disputé. Quoi de mieux pour un footballeur que de jouer dans une enceinte pleine. De plus, les supporters chantaient des chansons à mon honneur à chaque rencontre. 


"Si Harry Kane veut aller encore plus haut, il doit rejoindre un club comme le Barça ou le Real"


Parlez-nous de Harry Redknapp. Quelles étaient vos relations avec lui ?

Nous avions de très bonnes relations. Sur le plan professionnel, elles étaient excellentes. Il n'y a jamais eu d'accrochages entre lui et moi. Je faisais ce qu'il demandait. Non, sincèrement, que des bons moments de travail passés avec lui.

On dit de lui que c'est un coach sévère, rigide…

Non, pourquoi ? Quand on perdait ou qu'on produisait de mauvaises prestations, il lui arrivait certes d'entrer dans le vestiaire et nous crier dessus. Mais c'était surtout une personne gentille, qui aimait plaisanter et rigoler. Non, tout était normal et l'équipe se sentait de façon normale avec lui. L'atmosphère était bonne.

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Que pensez-vous de Harry Kane, avec qui vous avez brièvement joué ? Le considérez-vous comme le meilleur attaquant en Europe ?

Oui, nous avons joué ensemble. Il était jeune à l'époque, il s'entrainait avec nous et a disputé des matches de Ligue Europa. Il faisait alors ses débuts. Et aujourd'hui, comme vous le constatez, il marque beaucoup de buts. Beaucoup de clubs le veulent et pour cela je ne peux que lui dire "bien joué". Je l'observe et je vois toute l'efficacité qu'il affiche. Ça fait vraiment plaisir, surtout que j'étais à ses côtés lors de ses premiers pas. Je suis très content pour lui. C'est un grand joueur de Tottenham aujourd'hui.

Pensez-vous qu'il doit quitter Tottenham pour progresser ?

Si le Barcelone et le Real Madrid l'appellent, alors oui il doit y aller. Mais si c'est pour rejoindre une équipe qui occupe le milieu de tableau en Espagne ou en Italie, ce n'est pas la peine. Mais il doit d'abord savoir ce que lui veut. Mais c'est sûr que si le Barça et le Real se présentent alors c'est normal de vouloir y aller. Tottenham est un grand club, mais il ne joue pas les finales de Ligue des Champions. S'il veut aller encore plus loin, il faut bien sûr rejoindre de plus grands clubs.

Propos recueillis par Naim Beneddra

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