ENTRETIEN - Équipe de France, Benjamin Pavard : "Tout ce qui m'arrive, je le mérite"

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EXCLU GOAL - Avec la Coupe du monde dans un coin de sa tête, Benjamin Pavard entend bien rendre à Didier Deschamps la confiance qu'il lui a accordée.

Calme et détendu, Benjamin Pavard, qui fêtera ses 22 ans le 28 mars, nous a rejoint mardi à Clairefontaine. Convoqué par Didier Deschamps quatre mois après sa première sélection, le défenseur de Stuttgart a pu goûter à l'effervescence médiatique qui règne autour de lui. Pour Goal, l'ancien Lillois dit vivre "un truc de fou" et précise qu'il mérite tout ce qui lui arrive. Un discours à la fois lucide et ambitieux, avant les deux matches à venir (Colombie, Russie), derniers rendez-vous avant la liste pour la Coupe du monde.

Lors de votre entrée en équipe de France, vous avez montré que vous n'aviez pas froid aux yeux. D'où vous vient cette force tranquille ?

Benjamin Pavard : Quand j'étais petit, j'étais plutôt quelqu'un de stressé. Avant de me mettre dans un match, il fallait que je réussisse ma première passe, sinon je ratais mes 15-20 premières minutes. Avec mes parents et mon agent, on a bossé sur ça même si dans la vie, je suis quelqu'un de vraiment zen. Je ne me pose pas de question, je ne me mets pas de pression particulière. Avant un match, il y a forcément un petit stress, mais quand je suis sur le terrain je ne fais gaffe à rien et je joue mon football.

C'est une facette de votre personnalité qui doit vous aider, ici à Clairefontaine... 

C'est sûr. Souvent, quand on arrive dans un nouveau groupe, on a peur. Ça peut aussi être le cas quand on joue au Stade de France. Moi, je connaissais du monde, le groupe m'a mis à l'aise d'entrée, le staff aussi, et tout s'est vraiment bien passé.

En novembre, vous étiez la surprise. Aujourd'hui, ce n'est plus vraiment le cas. Cela change-t-il quelque chose dans votre approche du rassemblement ?

Pas du tout. Je suis toujours le même. J'ai toujours continué à bosser aux entraînements, à me donner à fond lors des matches. Il n'y a pas de pression supplémentaire. Ce rassemblement, je l'aborde un peu comme le premier.

Lundi, vous êtes arrivé à l'entraînement aux côtés de Lucas Hernandez, qui découvre le château. Avez-vous un rôle de grand frère auprès de lui ?

Dans l'idée, on peut dire ça (rires). Après, avec Lucas, on se connaît, on est de la même génération. Il est nouveau, mais il connaissait déjà Antoine Griezmann avec lequel il joue à l'Atlético. C'est quelqu'un de vraiment sympa, on partage la même chambre et il s'est bien intégré au groupe.


"Pourquoi ne pas faire la même carrière que Thuram ?"


Vous êtes capable de jouer à tous les postes de la défense. Comment arrivez-vous à gérer ces changements permanents ?

Que je joue à droite, à gauche ou dans l'axe, pour moi c'est un petit peu la même chose. Un défenseur doit d'abord bien défendre. Forcément, au poste de latéral, je suis amené à plus attaquer, mais pour moi, c'est pareil. Je peux très bien évoluer à tous ces postes.

Passer "central gauche" à Stuttgart peut-il être un problème dans l'optique de la Coupe du monde ?

On peut se poser cette question, mais pour moi ce n'est pas un problème. Avant, il y avait Lilian Thuram. Lui aussi jouait en défense centrale en club et arrière droit en sélection. Moi, je me sens bien en défense centrale, et je prends plaisir aussi à droite. Donc, pourquoi ne pas faire la même carrière que lui ? 

Vous allez donc devoir marquer un doublé en demi-finale de Coupe du monde, comme Lilian Thuram vingt ans plus tôt...

(Rires) On va essayer. Mais il y a déjà deux matches amicaux à jouer, et on regardera la prochaine liste ensuite.

PS Benjamin Pavard

Avant que Didier Deschamps ne dévoile la liste de mars, on a beaucoup parlé de Mathieu Debuchy (Saint-Etienne). Est-ce que vous suivez les prestations de vos concurrents directs ?

Je suis le football en général. Je peux très bien regarder un match de National comme de Ligue 1, ou les autres championnats. Je savais que Mathieu Debuchy faisait ses matches, mais ça ne m'a pas mis de pression. Je m'occupe de moi et je suis très heureux d'être de nouveau appelé par le sélectionneur.

Aujourd'hui, vous êtes la doublure de Djibril Sidibé (Monaco). Comment se passe votre cohabitation ?

J'ai beaucoup à apprendre de lui. Aux entraînements, je regarde beaucoup ce qu'il fait pour que j'évolue également à ce poste de latéral droit.


"La concurrence ne me fait pas peur"


Vous voir n°1 en équipe de France dans un futur proche vous paraît-il utopique ?

Chaque chose en son temps. Aujourd'hui, Djibril Sidibé est devant moi, mais dès que j'aurai la moindre minute à jouer, que ce soit une, cinq ou vingt minutes, je me donnerai à fond, comme je l'ai toujours fait. Mon objectif est d'être performant, tout simplement.

Si près du Mondial, on imagine qu'il n'est pas question pour vous de rater ce rendez-vous...

C'est sûr que c'est dans un coin de ma tête, mais avant il y a deux matches amicaux. Si le coach fait appel à moi, j'espère que je ferai le boulot. Il va aussi falloir que je sois performant en club d'ici la fin de la saison. Après, le sélectionneur fera son choix. 

Vous avez tout de même conscience qu'en étant là, pour ce rassemblement, vous avez une belle opportunité de marquer le coup...

C'est vraiment une belle confiance du sélectionneur, mais rien n'est joué. Imaginons que je joue, que je ne fasse pas mon match, il y a aussi d'autres joueurs qui sont performants et qui peuvent prendre la place. On a parlé de Mathieu Debuchy, mais il n'y a pas que lui. Le sélectionneur a d'autres noms en tête et c'est normal. Maintenant, c'est à moi d'être performant pour garder cette place, mais la concurrence ne me fait pas peur.

Que représente cette Coupe du monde pour vous ?

Pour moi, c'est un truc de fou. Il y a quelques mois, je ne m'attendais vraiment pas à ma première sélection. Aujourd'hui, je suis appelé de nouveau. Je suis vraiment content, ça prouve la confiance du sélectionneur et je vais tout faire pour lui rendre cette confiance qu'il m'a accordée.

Benjamin Pavard PS

Tout est allé très vite et pourtant vous restez calme, serein, hermétique à la pression...

Je ne suis pas quelqu'un qui triche, je me donne toujours à fond et ce qui m'arrive aujourd'hui, je le mérite. Je ne pensais pas que ça allait arriver aussi vite, mais j'ai tout mis en œuvre pour. Si je suis si calme, c'est parce que je me dis qu'il faut relativiser. Lundi, par exemple, j'ai rencontré un gamin en fauteuil roulant. Pour moi, la vie est belle, je fais le meilleur sport du monde et je me dis qu'il y a d'autres problèmes bien pires en dehors. Il faut rester zen et profiter de la vie.

Depuis votre première sélection, sentez-vous plus d'effervescence autour de vous, notamment dans votre vie de tous les jours ?

Disons que ça a changé pour le football et en dehors. Les gens viennent, disent qu'ils ont toujours cru en moi. Certains m'appellent "frero". Et moi, je me rends compte aussi de ceux qui comptent vraiment, ceux qui étaient là quand ça allait moins bien. Forcément, ça a changé depuis ma première sélection, mais je suis entouré des bonnes personnes. Que ce soit mes parents ou mon agent. Ils sont là depuis le début et ils ont toujours cru en moi.


"Les gens pensaient que j'allais me planter..."


Le fait que vous ayez intégré les A valide aussi un choix que tout le monde n'avait pas forcément compris, votre départ à Stuttgart, en D2 allemande...

C'est en partie vrai, mais on ne peut le savoir qu'après, que c'était un bon choix. Les gens pensaient que j'allais me planter. Finalement, on est montés, on a fini champions. J'ai été performant et je n'ai fait que progresser. J'enchaîne les matches en Bundesliga, on a bien redressé la barre avec le club et tout se passe très bien.

Quand vous dites "les gens pensaient que j'allais me planter", à qui pensez-vous ?

À personne en particulier. Beaucoup de gens m'ont demandé pourquoi j'allais en D2. Mais moi, j'avais besoin de jouer, de gagner en maturité parce qu'à Lille si j'avais un problème, papa et maman étaient là. J'ai découvert une nouvelle culture, une nouvelle langue. Aujourd'hui, je suis obligé de me débrouiller tout seul et ça m'a permis de grandir.

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En équipe de France, votre parcours dénote avec ceux des autres puisque vous ne jouez pas dans une équipe "Ligue des champions". Comment vivez-vous cela ?

Quand on regarde la Bundesliga, on ne voit souvent que le Bayern ou Dortmund. Stuttgart fait forcément moins rêver, mais c'est un très bon club. Le stade est rempli à chaque fois. Il fait 60 000 places. En deuxième division, il faisait 55 000. Pour moi, et mes partenaires en sélection aussi, je pense, ce n'est pas un problème.

Quand vous les voyez dans les plus grands clubs européens, ne vous dites-vous pas que c'est la prochaine étape à franchir ?

Des clubs comme le Barça, le Real, le Bayern ou Dortmund, ça fait rêver, mais je ne me pose pas encore la question. Je suis bien à Stuttgart, j'ai un contrat. Il y a une fin de saison à gérer, le maintien à assurer, la sélection aussi. On verra tout ça à l'avenir.

Propos recueillis par Benjamin Quarez (avec J. Quelen)

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