Trente ans. Trente ans que le club de l'Union Sportive Municipale Senlisienne attendait un 32e de finale et qui plus est, un duel face à une Ligue 1. En 1987, Rouen était venu sortir les joueurs de l'Oise et deux ans auparavant, c'était l'OM qui avait su s'en sortir aux tirs au but. Depuis ? Pas grand chose, presque le néant pour ce club qui compte pourtant dans le département avec ses 450 licenciés et ses 270 000 euros de budget. La patience a porté ses fruits avec le grand retour de la Coupe de France à Senlis. Ce dimanche (17h30), ce sera le FC Nantes de Claudio Ranieri qui pointera le bout de son nez.
5000 à 6000 spectateurs attendus
Dans les mots du président Éric Guillot, il y a tout du David contre Goliath dans cette affiche. Quatre divisions d'écart, 60 millions de budget de différence et surtout une formation nantaise qui se montre extrêmement difficile à manier. "On a été invités à Amiens pour voir leur match, histoire de prendre des notes, indique le dirigeant. C’est très très tactique, avec un gros bloc défensif où personne ne dézone. Maintenant il ne va pas falloir être impressionnés et avoir du répondant physique et technique ! J'ai énormément de respect pour leur entraîneur, mais Claudio Ranieri ne sera pas sur le terrain ! Le respect s’arrêtera au début du match, il faut leur rappeler qu’on est des petits et que la qualification, personne ne leur donnera."
Getty ImagesDerrière ce discours passionné et combatif, il y a un gérant d'une entreprise de peinture. Éric Guillot se définit comme un amoureux du ballon rond. Abonné au Parc des Princes pendant 30 ans, il a trouvé en l'USM un projet à la fois personnel mais aussi collectif, celui de refaire de ce club une structure qui compte dans l'Oise. À force de persévérance et de ténacité, il a permis à son club de retrouver le National 3 (anciennement CFA 2) et surtout de s'offrir un beau choc face aux Canaris. "J’ai em***** tout le monde dès juin en disant que les 32es de finale devaient être l’objectif. On a eu de la chance au tirage au sort en tombant notamment contre trois formations de Régionale 1 mais il faut savoir les gagner, sur des pelouses difficiles et des stades qui avaient tout du traquenard."
Logiquement, l'engouement monte petit à petit avec un stade qui sera pratiquement plein. À cet instant, un peu plus de 5 000 billets ont été vendus mais le président en attend encore 1 000 pour que la fête soit encore plus accomplie. Toutefois, l'organisation de cette rencontre est conséquente entre la sécurité, les bénévoles, l'accueil des supporters nantais. Une somme de 20 000 euros a été dépensée en tout selon le président pour que tout soit prêt, soit un peu plus de 13% du budget du club. "On a une manne financière de la fédération qui est allouée. J’espère que Nantes nous laissera sa part même si nous ne pleurerons pas pour la récupérer. En tout on pourrait gagner 67 000 euros, ce qui n'est pas négligeable pour les équipements et futurs investissements."
"Au boulot, on ne me parle que de ça"
Côté terrain, les joueurs savent déjà qu'ils devront livrer une grosse bataille durant 90, voire 120 minutes. Pour être au point physiquement, les hommes de Bruno Roux ont repris l'entraînement juste après Noël, avec deux matches amicaux en prime pour se préparer de manière optimale. Pour Mickaël Ferreira, gardien et capitaine de l'USM, l'impatience commençait à lui piquer les jambes. "Nous sommes super excités. Depuis que nous savons pour le tirage, c'est une vraie fierté de pouvoir se confronter à une Ligue 1." Logiquement, c'est tout l'entourage des joueurs qui est tourné vers cette affiche. Éducateur, postier, comptable, étudiant ou encore paysagiste, ce sont différents métiers qui se retrouvent trois fois par semaine pour l'entraînement.
Mickaël Ferreira est lui dans l'automobile. De manière incontournable, la semaine de travail a été orientée vers ce 32e de finale. "À mon boulot, on ne me parle que de ça, que de cette affiche. Les collègues du garage sont venus régulièrement me voir pour m'assurer de leur présence. Cela fait toujours plaisir." Dans les cages, il aura la lourde responsabilité de faire face aux attaquants des Canaris, pas les plus efficaces de l'élite certes, mais tout de même rodés à ce genre d'exercice. "Je ne me suis pas pris la tête, assume le gardien. Je n'ai pas regardé des vidéos de ces joueurs avec leurs habitudes..." Garder une forme d'insouciance et partir vers l'inconnu, c'est aussi ça l'esprit de la Coupe de France.


