Adil Rami Valere Germain Payet Marseille 1492017 UELAA

Avec un projet global bien différent, l'OM espère vite rattraper l'AS Monaco

Champion de France et demi-finaliste de la Ligue des champions pendant que l'Olympique de Marseille accrochait la 4e place, l'AS Monaco semblait la saison dernière à des années-lumières du club marseillais. Racheté quelques mois plus tôt par l'Américain Frank McCourt, l'OM s'était engagé dans une opération reconquête pompeusement intitulée "OM Champions Project". Fin août à l'occasion de la 4e journée de L1, la rouste mémorable infligée par l'ASM à l'OM (1-6) confirmait cette impression de grand écart entre les deux rivaux méditerranéens. Pourtant, cinq mois plus tard, c'est bien l'OM qui occupe la 3e place avec un point d'avance sur l'ASM. Le premier étant par ailleurs toujours engagé en Europa League tandis que le second a été piteusement sorti de la Ligue des champions dès la phase de poules. Alors est-ce suffisant pour affirmer que Marseille a rattrapé son retard sur Monaco ? Voici quelques éléments de réponse avant que les deux clubs ne s'affrontent sur le pré du Vélodrome dans un test grandeur nature qui livrera une partie du verdict.

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L'actionnaire

Rybolovlev-McCourt. Un Russe contre un Américain. Mais entre eux, pas de guerre froide. Pas mal de similitudes mais pas le même profil. L'oligarque a racheté l'AS Monaco au bord du National en 2011 tandis que le Bostonien a raflé un OM à l'agonie en août 2016. Devenu richissime grâce au potassium, Dmitri Rybolovlev figure parmi les 200 plus grandes fortunes du monde selon le magazine Forbes avec plus de 7 milliards d'euros en poche. Frank McCourt est un magnat de l'immobilier qui a fait jackpot grâce à la vente des Dodgers un club de baseball pour la somme record dans le sport de 2 milliards de dollars. Sa fortune est difficile à estimer mais elle n'atteint pas la moitié de celle de Dmitri Rybolovlev. Néanmoins niveau investissement, on peut comparer les deux patrons. Le Russe a injecté plus de 250 millions à ses débuts avant de tirer le frein à main. L'ASM se finance avec ses énormes plus-values. McCourt a quant à lui investi 130 millions en un an sur les 200 promis. Et son OM est déjà candidat au podium.

L'organisation

En six ans, Rybolovlev a modifié plusieurs fois son organigramme. Directeur sportif, conseiller, coach... Une chose ne change pas depuis 2013 : Vadim Vasilyev est l'homme fort du club. En concertation avec le boss, Vadim, qui parle un excellent français, gère. Devenu incontournable dans les instances du football, le souriant quinquagénaire a su imposer une vraie vision à l'ASM. Les départs de Luis Campos puis d'Antonio Cordon, remplacé par Michael Emenalo (ex-Chelsea), n'ont rien bouleversé. A l'OM, depuis un an, le triumvirat Eyraud-Zubizarreta-Garcia, préside à la destinée du club. Tous les services ou presque ont été renouvelés depuis le rachat par McCourt. Pour l'heure, l'organisation fonctionne et monte en puissance. Cette saison, Monaco affiche un budget de 170 millions d'euros quand Marseille avance environ 120 millions. L'objectif affiché par McCourt est d'atteindre 300 millions à moyen terme.

Andoni Zubizarreta Marseille OM Ligue 1Getty Images

La stratégie

C'est sans doute la grande différence entre le Monaco d'aujourd'hui et l'OM. L'un a trouvé son rythme de croisière, l'autre débute son projet. Après avoir lourdement investi sur des joueurs de renom (Falcao, James, Moutinho...), l'ASM a changé de cap en misant sur la revente de joueurs. James, Martial, Kondogbia, Mendy, Carrasco, Silva, Bakayoko et bien évidemment Mbappé ont rapporté des centaines de millions d'euros au club monégasque. En ce sens, le départ de Guido Carrillo cet hiver pour 22 millions d'euros est révélateur d'une forme d'anticipation. A l'OM, pour l'instant, on est encore dans la phase d'investissement. Au rachat par McCourt, le capital joueurs flirtait avec le néant. A en croire Eyraud, le trading n'est pas l'Alpha et l'Omega de la stratégie marseillaise. Contrairement à Monaco, l'OM peut s'appuyer sur des leviers qui peuvent générer des ressources. Le club espère multiplier par 2,5 ses revenus d’ici à cinq ans. D'abord le stade Vélodrome, dont le club entend récupérer la pleine exploitation. Les supporters sont un atout considérable sur lequel ne peut s'appuyer Monaco. Louis II sonne creux et la passion autour du club est incomparable avec celle du club phocéen. L'OM effectue un gros travail autour du marketing (vente de maillots...) et sponsoring (Orange, Puma). Enfin évidemment, l'OM compte fortement sur la future répartition des droits TV et sur une qualification pour la Ligue des champions. Enfin, on ne peut le nier, l'OM s'est aussi doté d'un effectif qui peut générer quelques belles opérations. Thauvin, Sanson, Amavi voire Zambo Anguissa pourraient rapporter quelques millions prochainement.

L'effectif

Exercice délicat que de comparer deux effectifs en milieu de saison. Celui qui finira devant l'autre sera forcément le meilleur, c'est une Lapalissade. Sur les cendres du groupe demi-finaliste de la C1, l'AS Monaco a réussi à conserver une base compétitive. Des valeurs sûres comme Subasic, Jemerson, Glik, Sidibé, Moutinho, Fabinho, Lemar ou Falcao constituent la colonne vertébrale du onze. Leur rendement est une autre affaire... A leurs côtés, les jeunes Lopes, Jorge, Tielemans ou Baldé sont appelés à grandir. L'ensemble est cohérent même s'il est évidemment moins impressionnant que l'an dernier. A l'OM, on a clairement misé sur l'expérience pour cette première saison pleine sous pavillon américain. Mandanda, Rami, Abdennour, Payet et Gustavo encadrent des Thauvin, Sanson, Amavi et Zambo Anguissa. Garcia a trouvé son équilibre. Sur les 12-13 joueurs majeurs, il y a match entre les deux équipes. C'est sans doute la profondeur de banc qui joue en faveur de l'ASM. Même si cela reste à démontrer car le turnover de Jardim est moins brillant que la saison dernière. Garcia a réussi à concerner tout le monde. Lorsqu'un Lopez, un Njie ou un Ocampos entre le niveau reste stable. La grosse différence se situe sur le poste d'avant-centre.  Germain et surtout Mitroglou ne jouent pas dans la même catégorie que le Tigre Falcao.

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L'entraîneur

D'un côté Leonardo Jardim, Portugais de 43 ans, champion de France 2017 et demi-finaliste de la Ligue des champions. De l'autre, Rudi Garcia, Français de 53 ans, auteur du doublé coupe-championnat avec Lille en 2011. Niveau palmarès et compétence, les deux entraîneurs n'ont rien à envier à l'autre. Monaco et Marseille sont bien servis. En place depuis 2014, Jardim est le second coach de l'ère Rybolovlev après Claudio Ranieri. Deux fois troisième et une fois premier, le Portugais a surtout démontré une capacité d'adaptation exceptionnelle. Malgré les changements de son effectif et la vente de ses meilleurs éléments, il a toujours su conserver un niveau de jeu et des résultats. Garcia, lui, est le premier entraîneur de l'ère McCourt. Choisi notamment pour son expérience à l'AS Rome, le technicien est la pierre angulaire du projet contrairement à Jardim qui n'est qu'un rouage de l'ASM. Comme son collègue, Garcia a fait preuve de polyvalence face aux événements. Il a su changer sa tactique quitte à renier certains principes comme son sacrosaint 4-3-3. Les deux hommes se sont croisés quatre fois. Bilan : quatre victoires pour Jardim avec à chaque fois au moins 4 buts inscrits !

Maxime Marin

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