La peur de gagner, le syndrome qui plombe Liverpool ?

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Repassé 2e, Liverpool n'est plus maitre de son destin pour le titre. Les Reds manquent-ils d'arguments sur le plan mental pour finir champions ?

La semaine dernière, après le nul concédé contre Everton (0-0), Jurgen Klopp, le coach de Liverpool, a fermement réfuté l'idée suggérant que son équipe n'était pas au mieux actuellement. Il a aussi balayé d'un revers de la main les suppositions selon lesquelles ses ouailles ont dû mal à supporter la pression qui escorte les équipes luttant pour le titre. Cependant, et même en haussant la voix, le coach allemand ne pouvait chasser toutes les interrogations concernent sa formation. Lors de leur neuf dernières sorties en championnat, les Reds ont abandonné onze points.  C'est trois de plus que durant les 20 premiers matches de l'exercice. Le décalage est trop saisissant pour éteindre tout débat.

Une baisse de régime qui interpelle

S'il y a un point sur lequel l'Allemand avait entièrement raison c'est qu'à neuf journées de la fin, son équipe est encore en très bonne position pour remporter le championnat. Avec un petit point de retard sur Manchester City, il est difficile de dire le contraire. Cela étant, comment ne pas repenser à ces sept points d'avance que les Merseysiders avaient sur les Eastlands au début de l'année et qui ont fondu comme la neige au soleil ? Sept points qu'ils auraient, de surcroit, pu récupérer fin janvier s'ils n'avaient pas fauté contre Leicester City à domicile (1-1) tandis que la victoire leur tendait les bras.

N'en déplaise à son coach, Liverpool s'est bien relâché et cela se vérifie à travers le rendement offensif de l'équipe. Lors de ses quatre dernières rencontres, toutes compétitions confondues, l'équipe a manqué de scorer à trois reprises. Certes, durant la même période, la défense est restée imperméable et il y a eu aussi un festival contre Watford (5-0) au cœur de la série en question, mais le constat selon laquelle Mohamed Salah et ses coéquipiers sont moins performants qu'avant est bien là. L'Egyptien est d'ailleurs celui qui incarne le mieux ce déclin, vu qu'il reste sur quatre titularisations sans la moindre réalisation. Depuis qu'il s'est installé sur les bords de la Mersey, c'est la première fois qu'il connait une pareille période de disette.

Liverpool accuse donc bien le coup, mais à quoi est-ce dû ? À des blessures et des indisponibilités ? On peut l'imaginer, mais l'argument n'est qu'en partie recevable. Oui, les Reds ont eu à faire sans leur défenseur Virigil Van Dijk, mais c'était en Ligue des Champions et non en championnat. Oui, Roberto Firmino s'est blessé, et a raté une période contre MU et une autre face à Everton. Cependant, il est difficile de lier les deux résultats vierges lors des matches en question à cette absence, vu le nombre très réduit de tirs cadrés que l'équipe s'est offert durant les matches en question (4 au total). Et puis, le rival Man City n'a pas non plus été épargné par les soucis physiques, avec les blessures successives de Stones, Laporte et De Bruyne.

Le sprint final, pas la spécialité locale

Est-ce la fatigue qui fait Liverpool a levé le pied ? Là aussi, l'excuse ne convainc pas. En cette deuxième partie de saison, les Reds ne sont plus concernés que par deux compétitions, tandis que City en joue trois et après être allé au bout de la League Cup. D'aucuns souligneront la profondeur du banc qui n'est pas la même entre les deux formations, mais c'était déjà le cas l'année dernière et on se souvient que les Merseysiders avaient bouclé l'exercice en trombe.

Enfin, il y a un dernier point susceptible d'expliquer les difficultés actuelles des Reds et il concerne l'aspect mental. Pas habituée à faire la course en tête, la bande à Klopp peinerait pour assumer ce statut. Et quand on ajoute à cela le fait qu'il y a une grande attente du peuple rouge en raison du fait qu'il n'y a plus eu de titre national glané depuis vingt-neuf ans on ne peut qu'être convaincu par la thèse selon laquelle Liverpool n'est pas aussi bien armé psychologiquement que son concurrent pour signer le meilleur sprint final possible.

Ce n'est d'ailleurs pas la première fois dans l'histoire du club que l'équipe lâche prise au plus mauvais moment. À maintes reprises durant les trois dernières décennies, il y a eu la possibilité de triompher en Premier League mais à l'approche de la fin, LFC rétrogradait vers les places d'honneur. En 1997, c'était un revers à domicile contre MU au mois d'avril qui les a plombés (1-3) alors qu'ils avaient les faveurs de pronostiques pour le titre. En 2002, à cinq journées de la fin, Liverpool est devant Arsenal et se voit champion, mais les Gunners terminent mieux la campagne en ne cédant aucun point durant les deux derniers mois de compétition. Sept ans plus tard, sous la direction de Rafa Benitez, les Reds se présentent de nouveau en position avantageuse à l'entame de la dernière ligne droite. Fin mars, ils sont devant United, mais le rival honni termine également plus fort et Liverpool achève le championnat avec un record de points pour un vice-champion. Enfin, comment ne pas citer la saison 2013/14 où tout est réuni pour que les Merseysiders renouent avec la gloire mais une glissade de Steven Gerrard (contre Chelsea) à trois journées de la fin se révèle être lourde de conséquences et voit l'équipe de Rodgers caler au plus mauvais moment.

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Les joueurs déterminés à tenir bon mentalement

Le poids de l'histoire peut-il encore peser cette saison et inhiber les hommes de Klopp au moment où sonne l'heure des braves ? Une éventualité à laquelle Neil Jones, le correspondant Goal de Liverpool, ne veut pas croire pour l'instant. " C'est vrai que tant que l'équipe n'aura pas remporté de trophées, on ne pourra pas se prononcer sur sa résilience mentale. Cependant, elle a déjà montré qu'elle pouvait supporter la pression des gros matches que ça soit en championnat ou en Ligue des Champions, a-t-il déclaré. Et, elle est suffisamment aguerrie pour devenir le challenger d’une fantastique équipe de Manchester City. La prochaine étape consiste à franchir la ligne d'arrivée en premier. Les attentes des fans ne doivent pas entrer en jeu. Il s’agit de joueurs qui jouent au même niveau depuis six ou sept mois. Anfield est une arme pour Liverpool, pas un obstacle".

Il n'y aurait donc pas à s'inquiéter pour Liverpool concernant la gestion psychologique de cette dernière partie de championnat. Jordan Henderson, le capitaine de l'équipe, a même assuré que lui et ses partenaires se sont promis de ne pas se laisser déconcentrer par les ondes négatives venant d'extérieur : "nous devons réagir sur le terrain et arrêter de trop parler. Nous avons encore beaucoup de matches à jouer, alors c'est à nous de les jouer.  Le football a beaucoup à voir avec le mental. Évidemment, le talent est important, et nous en avons une abondance, mais ce que nous devons montrer le plus lors des neuf prochains matches - et de la Ligue des champions -, c'est notre caractère. Nous pouvons réaliser ce que nous voulons réaliser. Et c'est à nous, sur le terrain, de le montrer."

Ce dimanche, Liverpool accueille Burnley à domicile, et ce avec la nécessité de gagner à tout prix sous peine de se retrouver à quatre points des Citizens. Il devrait donc y avoir un premier élément de réponse concernant les ressources dont dispose cette équipe. Neil Jones en convient, tout en affirmant qu'une victoire des Rouges n'apporterait pas forcément beaucoup d'indices supplémentaires concernant l'issue de cette alléchante bataille pour le titre en Angleterre : "Chaque week-end est décisif car la marge d'erreur est très réduite. Mais pour moi, les questions les plus importantes sont : 1. Liverpool peut-il remporter tous ses matches à l'extérieur  ? 2. Dans sa quête de quadruplé, City va-t-il pouvoir tenir la cadence jusqu'au bout ? Je pense que la réponse à la question de savoir qui va remporter le titre est à chercher dans ces deux inconnues".    

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