Qui aurait pu parier un seul centime sur une telle saison, un tel festival tous les trois jours, une telle orgie de buts tout simplement, de la part d’un joueur qui était jusque-là reconnu comme un bon ailier, mais sans plus en Europe. Mardi soir, en demi-finale aller de la Ligue des Champions, Mohamed Salah a une fois de plus prouvé qu’il avait l’ADN d’un grand dans cette année de tous les records pour lui. À Anfield, dans son nouveau jardin, il a fait poser un genou à terre à son ancienne équipe, la Roma, qui peut tout de même croire à une deuxième Romantada en trois semaines.
Deux buts et deux passes décisives, une prestation homérique pour celui qui a changé de dimension en peu de temps. Dans ses attitudes, ses gestes et les émotions transmises, Mohamed Salah fait bien l’unanimité aujourd’hui. D’Arab Contractors, son club formateur à Chelsea en passant par Bâle et la Fiorentina, sa carrière et sa vie ont été construites avec des coups d’éclat sans pour autant donner de la constance à son jeu. À travers une équipe plus que jamais tournée vers l’offensif, avec un entraîneur qui lui laisse une liberté conséquente sur son côté droit, Salah a su puiser dans ces bonnes conditions l’émergence d’une épopée unique où les buts en deviennent presque banals.
Une icône sur les bords de la Mersey
Dans le couloir d’Anfield avant le coup d’envoi, il a salué un à un ses anciens coéquipiers avec un grand sourire, preuve d’une décontraction détonante à un tel moment de la saison, où la pression et l’exigence peuvent dérégler certains comportements. Lui, est resté le même, irréprochable sur le terrain, audacieux dans ses prises de balle, et époustouflant sur sa finition, que ce soit la frappe enroulée lucarne opposée ou le petit piqué en face-à-face avec Alisson. Là où le paradoxe était le plus saisissant, c’était bien lors de ses célébrations, sans aucune effusion de joie, presque gêné d’infliger ce supplice à un club qu’il connaît si bien. Respectueux jusqu’au bout, Salah a montré que même lors d’un tel événement, la modeste et l’humilité avaient plus que jamais leurs places dans le ballon rond.
Getty ImagesDécomplexé et naturel, celui qui fait chanter aux supporters des Reds : "s’il marque encore quelques buts, je deviendrais aussi musulman", a acquis une popularité inédite sur les bords de la Mersey où l’affection dans la durée est si difficile à gagner d’habitude. Dans la lignée des Torres, Suarez et bien évidemment Gerrard et Carragher, Mohamed Salah est devenu une icône sans pour autant en rajouter. Ses célébrations sont sans excès, ses chambrages timides et ses propos toujours lisses. Comment ne pas sourire en voyant de jeunes écoliers totalement fous et décontenancés quand Salah surgit derrière un rideau pour les surprendre ? Un Pharaon sait prendre soin de ses sujets.
En route pour briser l'hégémonie du Ballon d'Or ?
Qui mieux que lui alors pour enfin mettre fin à la suprématie du duo Ronaldo-Messi sur la distinction personnelle la plus convoitée dans le monde du sport ? L’année en cours n’en est qu’à son quatrième mois mais Mohamed Salah donne l’impression de n’avoir aucune limite, au moment même où l’individualisme est devenu un prisme presque sectaire où seules les statistiques comptent. Oui l’Égyptien affole les compteurs mais il possède aussi cette faculté à transcender ses coéquipiers, les rendre meilleurs ou tout simplement leur donner de la joie, un aspect unique dans une équipe qui a pourtant une solide histoire ancrée en Europe. Si la Coupe du Monde servira aussi de juge de paix pour cette édition 2018, nul doute que Salah est en train de gagner les cœurs de l’opinion publique. Une belle victoire déjà en soit.







